Comte L. Kamarowsky, Le trib. intern., p
fondes, nécessaires !, Quelques-uns ont proclamé inutile une pareille étude?.
Les médecins ne se contentent pas de dire d’un mot : les causes de la maladie sont irrationnelles ; ils les fixent en détail avant d'adopter un traitement. La recherche des causes n’est pas moins indispensable aux gouvernants, afin qu’ils puissent attaquer le mal dans sa racine ÿ. Pour combattre un mal, il faut le connaître, et le connaître c’est déjà à moitié avoir déterminé la médication. La thérapeutique vient en dernier lieu et découle des sciences qui précèdent.
L'occasion se présentera mainte fois de profiter de cette remarque au sujet des causeset des buts de la guerre. De leur gravité, de leur urgence, de leur degré de nécessité ou de légitimité dépendront l’opportunité des modifications, la possibilité et l'efficacité d’un idéal, la probabilité d’une évolution. La mesure de leur inévitabilité fournira la nature et les limites d'action des mesures proposées. Si, par exemple, la guerre apparaissait comme un fait entièrement réfléchi et calculé, les moyens à employer à son égardseraient tout autres et plus simplesquesi nous y découvrions une part d’impulsivité. Il importe également de déterminer les causes des guerres, non plus en nature, mais pour ainsi dire en étendue : sont-elles dues seulement aux monarques ou à quelques individualités qu’il suffirait de convaincre ou d’écarter ? ou bien, intéressant des millions d'hommes, sont-elles voulues par eux, auquel cas il faudrait tenter, avec de moindres chances de succès complet, l'éducation de nations entières, Les élever à la réflexion et les convaincre de ce que la raison condamne toute violence internationale? Il s’agit surtout de savoir s’il n’y a pas de distinctions à établir là où les besoins de la propagande ne montrent qu’un phénomène toujours semblable à lui-même et s’il ne serait pas plus exact d'apprécier séparément différentes sortes de guerres plutôt qu’un type abstrait et unique.
Les guerres ont-elles les mêmes motifs aux diverses époques comme dans tous les pays et dans toutes les classes de Ia so-
4. Pradier-Fodéré (Tr. de dr. intern., t. VI, p. 29 s), cite nombre de guerres dues à une cause « factice » telle que les ambitions princières, — H, Dumesnil, La q., p. 419 : la guerre peut être déchaïînée par la seule volonté d’une demi-douzaine de personnes qui dirigent les affaires de l’Europe.
2. Marquis Benj. Pandolf, La Fédér. et la Paix, tr. Usigli, p. 66 s : l’interminable catalogue des prétextes de guerre ferait honneur à notre érudition, mais ne serait d'aucune utilité à notre thèse. « La cause a toujours été unique et les prétextes n’ont aucune valeur rationnelle. »
3. Polybe, Hist. gén., tr. Bouchot, I. III, S vi, €. I; p. 182.
ciété? Sont-elles toutes voulues de la même façon et avec la même intensité? Les unes ne s’imposent-elles pas avec plus de fatalité que d’autres ?
Les solutionsadmises sur ceterrain n’intéressent pas que le mouvement pacifique. Elles ont une importance indéniable pour diverses sciences, comme la morale, la sociologie criminelle et la criminologie. L'histoire, qui doitservir de base, n’a qu’à gagner à lP’élaboration d’une philosophie de l’histoire militaire, de même que: l’histoire naturelle, base de la philosophie naturelle, doit s’inspirer en retour des conclusions de cette dernière. La stratégie et la tactique ne méconnaissent plus, surtout depuisle général von Clausewitz, leur obligation de s'inspirer dela politique, tout'en restant des sciences distinctes. L'économie politiquene saurait être indifférente à des faits qui intéressent à un si haut point la richesse des nations. La science de la législation financière en tirera des maximes touchant le crédit public : selon qu’une guerre sera d'utilité restreinte et passagère ou d'utilité générale et permanente, selon que ses conséquences seront plus ou moins graves, il sera juste et désirable que les dépenses en soient supportées par une ou par plusieurs générations, et couvertes dans une proportion variable par l'impôt et par l'emprunt. Cest une nécessité pour le droit de connaître la raison d’être des institutions et par conséquent de tenir compte des conclusions de la sociologie. Le droit national s’en inspirera pour déterminer les principes de l’organisation de l’armée, les modes de recrutement, instruction des soldats ou même la limitation des armements. Selon les aptitudes et les tendances, que la guerre nécessite, le droit constitutionnel confiera la déclaration soit au chef de l'État, soit à un corps spécial, soit à une assemblée délibérante, soit au peuple tout entier. Par dessus tout, le droit international, dont le réalisme doit se tempérer par un idéal rationnel, à nécessairement à demander à une conception scientifique de la guerre orientation de ses réformes ; il ne peut pas plus se passer d’une notion exacte de la guerre que le droit constitutionnel ne peut omettre l’origine ou les raisons d’être de l’État. Selon que ce phénomène sera jugé bon ou mauvais, ses effets devront être encouragés ou limités. De ses modalités, on tirera la conduite à tenir par les combattants entre eux, à l'égard des non-combattants et envers les neutres !. La guerre est-elle la procédure ou
1. Application par G. de Molinari (Comment se résoudra la quest. soc., p. 295) : selon que la guerre est ou non demeurée inévitable et utile, les neutres sont ou
la sanction du droit des gens ; a-t-elle de justes causes et lesquelles ; ses buts sont-ils atteints ou ont-ils des chances suffisantes de l’être? La solution de ces questions et, si elle est négative, l’encouragement et la réglementation des substituts de la guerre dépendent évidemment de son fonctionnement.
Nous n'avons point la prétention de résoudre tous ces graves problèmes, la plupart d'actualité : une vie y suffirait à peine ; mais 1l n’est pas superflu de mettre en relief leur mutuelle dépendance et leur subordination à une conception générale de la guerre et de dégager Les grandes lignes des théories émises à leur sujet, en laissant à l’art le soin de faire l'application des conclusions de la science et de fournir les préceptes concrets à suivre dans telles circonstances données.
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Si les avis diffèrent au sujet de l’opportunité de l’étude de la guerre, l'accord existe plus généralement, malgré les divergences de détail, sur ce qu’est le phénomène lui-même et sur l’importance du rôle qu’il a joué dans l'histoire de Phumanité : ses apologistes voient en elle la € mère de toutes choses » et ses adversaires ne la combattent qu’à raison de lénormité du mal qu'ils lui attribuent. Les livres d'histoire ne lui font même qu’une trop large place, surtout au point de vue épisodique des dates, des récits de batailles et des faits individuels. Mais, de ce qu’on a quelque idée de la nature d’une chose et de son importance, il est loin de s’ensuivre qu’on connaisse d’une façon précise Les caractères qui permettent de la reconnaître. Faute de cette détermination, on ne s’entend pas, parce qu’on ne parle pas exactement du même objet. Il nous faut aussi, puisque le champ de
non obligés d’en subir les conséquences sans réparation, de s'abstenir de toute mesure préventive et de toute immixtion..
4. Etymologie dans : Ortolan, Règles intern. et diplom. de la mer, 1. LI, c.1, €. HE, p. 5; Fiore, Nouv, dr. int., 1869, &. II, p. 240 ; Pradier-Fodéré, t. VI, p. 590; Calvo, Dr. int., t. IV, p. 45; Ferguson, Manual of int. law, t. II, p. 253. — D’après Grotius (De jure belli, 1. I, ce. 1, $ 2) rokeuos viendrait de no)ûç, qui désignait le grand nombre, ka multitude; bellum, de duellum, que Horace et Plaute emploient pour désigner la guerre, comme bonus de duonus, bis de duis. — Osiander indique fékos, javelot; mais la guerre rappelle plutôt un duel qu’un trait. (Hély, Le dr. de la g., p. 126; Ch. de Mougins de Roquefort, De la solut. jur. des conflits, p. 64). — Un cri poussé pour faire peur à l’ennemi a peut-être donné naissance au guttural werra, wehr, d’où gewehr, armes, würung, embrouillement; en anglais war; en bas latin, querra, transmis à l’espagnol, à l’italien... — Autres hypothèses, références : Jung, La g., p. 26 s. :
nos investigations n’embrasse pas toutes les variétés de luttes entre groupements humains !, restreindre le sens du mot : guerre.
Une définition s'impose. Que!s sont les caractères spécifiques de la guerre ainsi entendue ?
Pour donner au sujet toute son étendue, nous devrons tenir compte des considérations suivantes. D’une part, étant donné qu’il s’agit de définir ce qui est et non d'apprécier ce qui devrait être, nous envisagerons la guerre comme un fait : nous ne retiendrons pas les définitions qui introduisent ici l’idée de la légitimité où dillégitimité, qui trouvera ailleurs sa place‘. Non seulement il y a guerre en l’absence d’une juste prétention, mais il n’est même pas besoin que les hostilités aient été ouvertes régulièrement par une déclaration ou qu’on respecte certalnes règles, ni qu'il y ait un litige pendant, un différend à vider, ou à fortiori une question de droit public. On ne voit pas pourquoi si des États en venaient à se battre à propos d’une question de droit privé leur situation cesserait d’être une guerre. Pour créer cet état, il faut, de toute nécessité, — mais cela suffit — sinon des volontés formelles et réfléchies, qu’on ne rencontre pas à tous les degrés de culture, du moins des désirs antagoniques, en l’absence desquels le conflit n’est pas concevable. Mais il importe peu qu’ils soient relatifs à un droit, à un intérêt public ou particulier ou à un fait quelconque.
On n’a pas à tenir compte non plus (dans une définition) de ce qu’il s’agit d'Etats, de fractions d'Etat, de partis constitués politiquement et réunis sous une autorité souveraine, de forces publiques organisées, d’armées où même de combattants réguliers. La notion de guerre, pour s’appliquer à tous les temps et à tous les pays, doit être beaucoup plus large : elle doit embras-: ser, dans les temps primitifs et chez les sauvages, les rencontres des petites hordes, et aujourd’hui encore, celle des « irréguliers ». Ge qui est intéressant au point de vue sociologique, c’est bien plutôt le caractère collectif que le caractère étatique ou politique.
4. Proudhon (La g. et la paix, t. 1, p. 27) pense qu’aucun lecteur n’a besoin qu’on lui dise ce qu'est, physiquement ou empiriquement parlant, la guerre. « Tous en possèdent une idée quelconque : les uns pour en avoir été témoins, d’autres pour en avoir lu mainte relation, bon nombre peur l’avoir faite. »