‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 3 sur 471 · Cf. Novicow, Les luttes entre sociétés humaines · texte numérisé non relu

Cf. Novicow, Les luttes entre sociétés humaines

3. Pradier-Fodéré, t. VI, p. 501 : l’idée de justice ne doit pas être un élément de la définition de la guerre.

L'application de ce seul critérium quantitatif enlèvera nécessairement quelque netteté aux limites, mais celles-ci gagneront en exactitude ce qu’elles perdront en précision. Où commence la guerre et où finit-elle? À partir de quel point n’y a-t-il plus meurtre, rixe, brigandage? Pour qu'un conflit cesse d’être individuel et devienne collectif, de même pour faire un tas de blé, suffit-11 d'ajouter à une unité une autre unité, ou deux ou dix? La limite se trouve-t-elle au delà de mille, de dix mille? Tout dépend des circonstances, de l'appréciation forcément arbitraire. Cette imprécision montre combien il est facile de rapprocher la guerre et le crime individuel, puisqu'il existe entre eux toute une série de formes transitoires !. Dans les grandes lignes on peut admettre ces correspondances : la lutte se traduit à l’intérieur par le phagocytisme; entre individus vivants, par de nombreuses formes de €struggle for life », telles que les concurrences commerciales, les concours, les compétitions politiques, les erimes ; entre collectivités d'êtres vivants, par diverses concurrences et principalement par la guerre.

C. Letourneau* admet avec raison que ces groupes peuvent: être indifféremment composés d'hommes où d'animaux, pourvu qu'ils appartiennent à la même espèce, et il distingue par là la guerre de la chasse, forme de la concurrence vitale entre espèces diverses. Mais 1l importe peu, au point de vue de la définition, (en sociologie et non en droit international) que les combattants appartiennent ou non à la même nation. Ge sera donc, à nos yeux, une condition de recevabilité pour toute définition de ne pas mentionner la souveraineté des parties et de pouvoir englober les guerres civiles et privées ?.

Le même sociologue exige, pour qu'il y ait guerre, € une lutte sauvage, pour la vie ou pour la mort ». Il exagère. Les luttes des condottieri où lPon cherchait moins à tuer qu’à faire des prisonniers étaient pourtant de véritables guerres. Pour distinguer ces dernières des joutes armées ou des € manœuvres », il suffit du caractère.de violence réelle. Ici aussi le eritériam est assez vague, mais 1l ne peut en être autrement. Où s’arrête la violence? Il ne suffit certes pas d’une violence mo-

1. Pradier-Fodéré, t. VI, p. 543 : avec les flibustiers, les pirates, il n’y a pas guerre, mais seulement apparence de guerre.

Page 1