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LE DROIT DE LA FORCE

rapporte les paroles que tinrent, aux habitants de la petite ile de Mélos, les délégués des Athéniens qui Passiégeaient : € Dans les affaires humaines, on se soumet aux règles de la justice quand on y est contraint par une mutuelle nécessité; mais, pour les forts, le pouvoir est la seule règle, comme pour les faibles, la soumission... Nous pensons, d'accord en cela avec les traditions divines et l'évidence humaine, que partout où il y à puissance, une nécessité fatale veut aussi qu'il y ait domination. Ge n’est pas nous qui avons posé celte loi; nous ne lavons pas appliquée les premiers ; nous Pavons trouvée établie et nous la transmettrons après nous, parce qu’elle est éternelle. »

La tendance est surtout sensible 6x Allemagne. & Le droit se r'evèle à la conscience germanique comme une force où un pouvoir appartenant à la personne humaine... L'idée de force est lidée-mère et le point autour duquel à évolué toute la vie juridique de l'Allemagne‘. » L’Allemand ineline à confondre le droit avec le fait, à ne pas concevoir le droit en dehors du € droit historique » (alles geltende Recht ist ein Kind der Geschichte); il ne peut comprendre le droit que traduit dans les faits, et non à Pétat d’idée, d’idéal, si même, il ne le nie. La nature, dit-il, n'est pas une créatrice de droits ; elle n’établit aucune différence marquée entre l’homme et les animaux, qui n’ont pas de droits. € Dans la nature, il ne règne qu’un droit, qui n’est pas un droit : Le droit du plus fort, la puissance *. » L’homme ne possède aucun droit inné (das mit uns geborene Recht), pas plus le droit de vivre que le droit à la reconnaissance de sa dignité humaine ou à la liberté d'action et de conscience *., — Faut-il donc assimiler Phomme à Panimal, le règne du droit à celui de la force ?

p. 18): le plus fort a naturellement autorité sur le plus faible, de même que le

plus gros poisson mange le plus petit. — Aristote (Pol., I, 2, $ 17): la force n’est jamais dénuée de mérite. — Spinoza, Tract. pol., 11, 3, éd. Bruderis, 184%, 11, p. 84:

Unamquamque rem naturalem tantum jus a natura habere, quantum polentiæ habet ad existandum et operandum. Tout être reçoit de la nature autant de droit qu’il a de puissance pour la vie et pour l’action. — De même: Schopenhauer, Zur Rechlslehre..., 11, $ 125. I ajoute: [l ne suffit pas qu’on construise une maison pour posséder à toujours un droit de propriété sur elle ; il faut être en état de la protéger. Sinon l’agresseur aurait le droit du poing (Faustrecht). — Bluntschli (Gesch. des allg. Staatsr. u. Pol., p. 104) et Gumplowiez (Rechtslaat u. Sozial., p.140) louent Spinoza d’avoir découvert la connexion intime entre la force et le droit.

4. Aguiléra, L'idée du dr. en All. depuis Kant jusqu’à nos jours, p.5, 341 s.

2, Die Natur ist keine Schüpferin von Rechten.. In der Nalur herrscht nur ein Recht, welches kein Recht isl, das Recht des Stäürkeren, die Gewalt... La force physique fut la première aristocratie. Le puissant, en vertu du droit du plus fort, domine Île faible et le fait travailler (F. von Hellwald, Kullurgesch., 3° éd, L. TL. p. 69.)

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