CRITIQUE DE LA GUERRE-PROCÉDURE
positif ou théorique de la communauté et les faits réels, impartialement constatés, comme ce serait souhaitable dans l'intérêt de la société et de chaque individu. Juge incorruptible, parce qu’impersonnel? Non! chacun cherche à corrompre la victoire par des alliances acquises plus ou moins honnêtement, par des stratagèmes.… Juge sanguinaire, par contre, puisque son prétoire est un champ de carnage et que les arguments qui le touchent le plus sont des morts d'hommes f.
À vrai dire, même au point de vue de nos adversaires, la guerre ne prononce pas une sentence, elle exécute plutôt une sentence prononcée par la partie. Sauf pour les auteurs aux yeux de qui la force est le droit et les coups de canon un plaidoyer, la guerre ne saurait être une procédure, mais tout au plus une voie d'exécution”. Ce n’est même là qu’une apparence : elle ressemble plutôt à Pacte que le gendarme ou un homme quelconque accomplirait de par sa volonté personnelle en dehors de tout mandat, en conformité peut-être, mais peut-être aussi en opposition avec la justice. Elle ne deviendrait voie d'exécution que si elle intervenait à la suite d’un jugement du tribunal international.
La partie, réduite à protéger elle-même ce qu’elle considère comme son droit, est encore moins à même d’exécuter sa sentence que de la conformer à la justice. Elle peut être vaincue. — Pour que la guerre garantisse réellement les droits, 11 faudrait que la victoire se rangeût toujours du côté de la bonne cause : en fait, ce n’est malheureusement pas souvent le cas. Pour saisir les raisons de cette défectuosité, il suffit de comparer ce qui se passe devant un tribunal et sur un champ de bataille. Dans un litige privé, le droit, élaboration de Pesprit, se reconnait par des procédés mentaux; dans la guerre, le succès dépend en grande partie de la force : à ces moyens différents correspondent des éléments de succès entièrement distincts. Supposons en présence deux armées dont lune soit au service du droit, et l’autre au service de l'injustice: tout se réduit entre elles à une
inégalité de puissances physiques et morales ?, avec, en outre,
4. Lacointa, Intr. à Kamarowsky, p. XXII : COUT d’appel du carnage.