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VIOLENCE DE LA GUERRE PRIMITIVE

facilité de la reprise desrelations, c’est-à-dire l'absence ou l’existence, la fréquence, l’intensité, la cessation de la guerre, — Fabsence se comportant comme une cessation renouvelée à tout instant.

La psychologie du primilif et du sauvage est caractérisée par la présence exclusive ou prédominante de désirs dont Pimpulsivité amène à sentir comme antagoniques des actes qui ne le sont pas et comme plus vitaux ceux qui le sont moins. L’unilatéralité empêche de limiter son propre désir à raison de celui d’autrui ou détablir une corrélation dans leur satisfaction. L’irritabilité pousse à l’emploi des moyens violents, dès la moindre lésion causée par autrui, et l’agressivité amène à lui en faire subir d’autres, qui auront sur lui le même effet. Sous ces tendances subjectives se trouve souvent un substratum de dangers réels et extrêmes, d’antagonismes véritables et fondamentaux, et c’est -pourquoi homme n’a pas toujours eu tort d'agir comme si sa vie même était menacée. La guerre primitive et antique fut souvent, dans ses causes, une nécessité, et une nécessité vitale. — Dans sa conduite et ses conséquences, elle menaçait € lexistence privée tout entière de chacun des membres de Etat. La défaite était pour eux l’équivalent de la perte de la vie ou de la liberté, de l’honneur, de Ia famille et de la fortune... Leur propre conservation dépendait donc de celle de l'Etat ; ils étaient eux-méêmes l'Etat. Cette identité de l'Etat et de ses membres vouait au service de l'Etat, d’une façon absolue, l'instinct de la conservation individuelle, car 1l est nécessaire aux jeunes Etats de combattre avec l'énergie du désespoir pour le maintien de leur existence !. »

Toutes ces causes, auxquelles s’ajoutait la fréquence des occasions de développer les aptitudes militaires, interdisent de représenter le guerrier des premiers âges sous des traits cheva-

plutôt : l’énergie du désir de résistance, l’étendue de ce qu’on est disposé à sa. crifier] est en proportion de la valeur ou de l’estimation subjective des biens menacés. »

4. Jhering (1b., p. 231) remarque justement que l'Etat actuel ne possède pas une pareille force de résistance. Il a tort d’ajouter : « La séparation actuelle de l'Etat et des individus se maintient dans la guerre ; l'Etat fait la guerre à l’Etat ; l’existence purement privée, la liberté, la famille, la fortune [?] ne sont pas menacés de périr par suite de sa chute. » — On ne peut guère lutter contre l’Etat sans nuire aux individus ; de plus la confusion de l’Etat avec ses membres tend à se rétablir dans la guerre. — Formule de la reddition à merci, deditio: Deditisne vos, populumque, urbem, agros, aquam, terminos, delubra, utensilia, divina humanaque omnia in meam populique Romani dicionem ? (Tite-Live, 1, 88.) — Cf. Fustel de Coulanges, La Cité antique, p. 246 s : On ne faisait pas seulement la guerre aux soldats, mais à la population tout entière, aux champs, aux moissons...

leresques. La guerre primitive esi sans mesure, Sans humanité, sans loyauté !. Des exemples presque contemporains d’extermination, de cannibalisme, d’asservissement... confirment cette assertion : en Afrique, les combattants tuent sans pitié, femmes et enfants compris, tous les ennemis, même implorants ; en Abyssinie, on pratiquait l’éviration sur l'ennemi à terre; aux Marquises, on scalpait la barbe ; en Nouvelle-Zélande, en Amérique, on scalpait, on torturait ;à Noukahiva, on achevait les blessés et on teignait les lances dans leur sang. L’antiquité ne fut pas moins barbare : une déclaration de guerre équivalait à une condamnation à mort contre des populations entières ?; les villes étaient mises à sac, les prisonniers égorgés. Jusque dans l’Jliade, on voit Agamemnon apostropher véhémentement Ménélas : CEh quoi! faible Ménélas, tu as pitié des Troyens ?.. Périssent plutôt avec Ilion tous les Troyens! % » Henri V d'Angleterre fit massacrer les prisonniers français d’Azincourt... En 1794, la Convention ordonna la mise à mort des prisonniers anglais, hanovriens, espagnols, mais la mesure fut vite rapportée et non exécutée. En pratique, l’absence, et, en théorie, la négation du droit de la guerre étaient à la fois effet et cause de la violence. Effet, parce qu’une telle passion ne permettait pas de concevoir ce droit; cause, parce quil ne la combattait par aucune inhibition et qu’elle trouvait au contraire un aliment dans le préjugé laïc et religieux qu’il est bien de défaire les étrangers, tous envisagés comme ennemis réels ou possibles. À peine considérait-on les « barbares » comme des êtres humains. Loin d'admettre l’idée d'égalité des peuples étrangers, on ne leur reconnaissait aucun droit, aucune personnalité : donc, pas de droit international possible #. La guerre ne connaissait pas de loi : Mars eæleæ ;

1. Contra: Letourneau, La g», p. vi: « Les premières guerres n’ont été que de simples relations juridiques, ordinairement peu sanglantes et réglées comme des duels, » — V. réfut, supra. Il éite lui-même (La g., et L’évol. pol., p. 498 s.) la plupart des observations qui suivent.

2. F. Laurent, op. cit., t. I, p. 9 s, 49. P. 446 : cruauté des Perses.

3. Iliade, vi, #8 s. — Sur les mœurs des Egyptiens, Thraces, Romains (égorgement des Cimbres et des Teutons par Marius) et jusqu’à Gengis-Khan et Tamerlan : Vaccaro, Bases sociol., p. 91 s ; de Roquefort, Sol. jur., p. 17 s.

4. La seule base du droit de la guerre, en dehors des idées d'égalité et de devoir, eût pu être le contrat, Mais lorsque le droit international était, comme à Rome, conventionnel (pax, pactiser), il s’ensuivait que l’état de guerre équivalait « à la négation absolue de tout droit pour les individus avec lesquels on n’avait point pactisé. » (Jhering, b., p. 235.) — Le droit des gens des Romains, d’ailleurs utilitaire et égoïste, était une loi intérieure, les obligeant seulement vis-à-vis d’eux-mêmes. En dehors de leurs frontières, ils ne connaissaient que des barbares et des ennemis.

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