HONNEUR, GLOIRE
de destruction : ils tuent pour tuer, ils nuisent sans nécessité, pour le plaisir de nuire : ils ressentent à leur manière cé que dans les sociétés civilisées on appelle la passion de la gloire. » Le désir de renommée militaire, l’amour de la domination et dé la conquête, très fréquents même en dehors du monde dit barbare, ne peuvent non plus se satisfaire que par la guerre, ils sont des désirs de guerre.
Il en est re même dans toutes les guerres entreprises pour des fins appréciées seulement comme signes de valeur guerrière : objets matériels où qualités. Les races sauvages luttent € pour le plaisir de se battre, pour obtenir des chevelures, des têtes et autres emblèmes considérés comme glorieux... Elles ne se rencontrent que pour se battre !. » Par sauvagerie innée et peut-être à la suite de guerres motivées incessantes, les Indiens, Hurons et Iroquois, ne razziaient jamais leurs voisins : ils faisaient la guerre pour avoir des scalps, c’est-à-dire pour la gloire, parfois par jeu ? Il serait peut-être exagéré de dire qu’on a décidé des guerres pour. élever des pyramides et dresser des arcs de triomphe, mais ces considérations ont été d’un grand poids dans l’esprit de monarques fats et vaniteux.
Le désir de faire montre de ses vertus militaires fut du moins un encouragement puissant à faire la guerre ou à y participer, dans un temps où le mot valeur n’avait pas d'autre sens. € La guerre, dit Kant ?, n’a besoin d’aucun motif particulier. Elle semble avoir sa racine dans la nature humaine, passant pour un acte de noblesse auquel doit porter l'amour de la gloire, sans aucun mobile d'intérêt. Ainsi, parmi les sauvages de l’Amérique, comme en Europe dans les siècles de chevalerie, la valeur militaire obtient de grands honneurs, non seulement parce qu’il y a guerre, mais encore pour qu'il y ait guerre et comme moyen de se signaler. De sorte qu’on attache une espèce de dignité à la guerre et qu'il se trouve jusqu’à des philosophes qui en font l’éloge comme d’une noble prérogative de l'humanité.» (La guerre, dit de même un sociologue contemporain, finit par être cultivée pour elle-même, abstraction faite de son but ; on se bat pour se battre, pour prouver son courage. C’est la réalisation de la combativité naturelle à l’homme. Le crime se change en héroïsme par une singulière aberration morale. Gelui qui attaque croit de
À. Sir John Lubbock, L'homme préhistorique, t. IT, p. 226. 2. Letourneau, La g., p. 144, 147$.