NAISSANCE ET FONDEMENT DU DROIT DE LA GUERRE SU
leurs de plus en plus solidaire objectivement de celui d'autrui. La survivance des individus doués d’un caractère moins agressif et plus modéré, la répétition d’actes bienveillants calculés facilitèrent la naissance ou le développement d’instinets et d’habitudes altruistes et de sentiments sympathiques ‘: Ces derniers ayant amené à reconnaître à autrui la personnalité, l’égalité fictive, — condition préalable à l'établissement de tout système de droit —, le sentiment juridique finit par étendre aux autres nations les droits et les devoirs qui, d’abord, avaient été limités à la sienne propre. Un véritable droit internationalse superpose, depuis lors, aux influences précédentes, qui ne cessent pas pour autant d'exister.
L’exagération de toute passion entraîne l’absence de mesure, aussi bien dans les guerres primitives que dans les lésions (crimes) et dans les réactions (peines) de la même époque. Si cet appoint passionnel, composé de haines, de désirs de vengeance, d’appétits violents, n’est pas le seul? aliment de leur atrocité, il en est du moins un des principaux facteurs ; il n’y a donc pas licu de s'étonner de ce que la violence des luttes suive les fluctuations de leur passion et de leur impulsivité. D’une part, depuis l'antiquité, par un mouvement général et lent, mais non continu, leur douceur s’accentue à mesure que la réfleæion s’accroît. D'autre part, lorsque la passion, Pagressivité bénificient d’une reprise momentanée ou durable, la lutte devient plus impitoyable. Là même où la règle est conforme à la modération, la vitalité d’une cause ou l’exaspération la font enfreindre*. L’esprit chevaleresque à dominé surtout lorsqu'on se battait pour des questions non vitales. Le degré de loyauté est en raison inverse de l’importance réelle ou putative du but. On le vit bien lorsqu’aux parades de lItalie du xvrie siècle succédèrent la haine et le fanatisme des guerres religieuses. L'indépendance morale et, souvent, les maints intérêts matériels qu’elles mettaient en
4. L'instinct sympathique, qui fait épargner le vaincu sans qu’on en conçoive lJ’intérêt, précède normalement la notion de Pintérêt : il en remplit le rôle jusqu’à ce qu’elle soit à même de s’en charger. Elle suppose en effet un développement psychologique supérieur, car l’impulsion altruiste est plus simple que l’idée de valeur et que le calcul et la comparaison des valeurs de plusieurs mobiles ou de plusieurs actes.
2, En sens contraire : G. Moynier, Caract. génér. des lois de la g., p. 29.
3. Ce n’est pas seulement un fait humain : les fourmis, selon Huber, ne tuent leurs ennemies que lorsque l’acharnement de la défense leur fait perdre patience et se mettre en colère — Les Kabyles, dit Letourneau (Cf. Hanoteau, Kabylie: t ID. 70); 00e mettent jamais à mort les blessés ou les prisonniers, à moins d’exaspération,
jeu, engendrèrent un zèle extrêmement passionné qui fait ligurer ces dernières Cparmi les plus terribles guerres où la bête qui est en l'homme ait jamais été déchainée. » Plus tard les peuples opprimés qui luttaient pour leur nationalité se sont livrés aux pires extrémités. Dans l’avenir, et sous la mème pression de la passion éveillée par la lutte pour l’existence, € pareille dégradation de la guerre tendrait à se reproduire si le socialisme atteignait la puissance d’une foi militante et si, sur le champ de bataille, elle rencontrait l’idée actuelle de PEtat. il est possible que nous voyions alors dans la guerre une licence semblable à celle que l’anarchisme nous montre dans la paix !. »
Malgré ces retours en arrière, la réflexion gagne cependant du terrain et, avec elle, la modération des hostilités, au moins dans les grandes lignes de l’évolution. On ne peut que déplorer la malencontreuse susceptibilité et la trop délicate irritabilité qui, en matière internationale, métamorphose un incident secondaire, en une question d’amour-propre, de dignité et d’honneur. L’excessive tendance à considérer la maladresse d’un diplomate ou la pétulance d’un journaliste comme une offense nationale rappelle encore trop l’agressivité qui, aux yeux du sauvage, grossit la moindre lésion aux dimensions d’une question de vie. Il faut lutter résolüment contre cette disposition d’esprit, en tempérant toutes les causes impulsives de guerre, par la réflexion ?, en opposant lutilité à la passion. Voilà pourquoi le judicieux Paley * recommandait comme une leçon de prudence de ne jamais séparer l'honneur national de l’intérêt national : € L’honneur peut servir à couvrir d'innombrables folies. La considération de l’intérêt est au contraire un principe sérieux : il calcule les frais et les conséquences, il réfléchit avant de s’enger dans la guerre et s’arrête à temps. »
L’intérét égoïste n’est pas { la seule raison de ménager l’ad-
1. Westlake, Pr. du dr. int., tr. Nys, p. 292. — De même, partout où la guerre reparaît avec son caractère instinctif, « tous les moyens sont bons ». Dans les guerres civiles, on a mis à prix la tète des chefs ennemis, on les a fait assassiner, On a empoisonné les sources...
2. [D'Holbach}, Pol. exl., 1713, p. 197 s : « Donner des lois au désordre, fixer des limites à la colère d’un conquérant et du soldat effréné, c’est sans doute vouloir soumettre le délire à la raison, la passion à la réflexion. Il est pourtant des bornes que la nature prescrit à l’impétuosité des hommes... Le droit des gens : est la morale des furieux qui mettent des limites à leurs folies. »
3. Moral a. pol. phil., t. II, p. 424 (Mézières, Polém., p. 137, — Mérignhac, ib.,
$ 184, Ac. de Toulouse, 1903, p. 115, Conf. de la pair, $ 145). — De Laveleye, p. 191, 197;
Pradier, t. VI, $ 2629, Kamarowsky, p. 320; Langlade, Clause comprom., p. 172. 4. Contra : Brocher, Le dr. de la g., R. dr. int., 1812, p. 393; Vaccaro, Bases soc.
D'AlS0n0e