AFFRANCHISSEMENT DU BUT MILITAIRE
modération. — Pour la conquête, il importe également, selon Jomini, de mesurer l'invasion au but qu’on se propose et aux obstacles qu’on y peut rencontrer. Dans les guerres d’opinions, il est superflu de subjuguer toutes les provinces, et préférable de ne pas alarmer la nation au sujet de son indépendance ou de son intégrité territoriale par des opérations excessives : en Espagne, lors de l’expédition de 1823, au lieu de prendre des places, on réduisit dans leurs sources les éléments de force de Pennemi. S'il s'agit de combattre une nation armée, la difficulté est grande de réussir : déployer d’abord une masse de forces proportionnée à la résistance et aux obstacles prévus ; calmer les passions populaires par tous les moyens possibles ; les user par le temps, déployer un savant mélange de politique, de douceur et de sévérité, appliquer une scrupuleuse justice, tels sont les premiers éléments du succès. Deux maximes générales complètent ces considérations particulières : d’abord, en entrant en campagne le premier soin du chef sera de convenir avec le gouvernement de la nature de la guerre qu’il dirigera ; ensuite, le but proposé contribuera à déterminer la zone d’opérations.
La stratégie de Jomini est peut-être, en partie, devenue caduque et inusitée : les déductions de la logique ne vieillissent pas, êt celles-là sont irréprochables. Les contemporains les moins attardés aux méthodes surannées admettent notamment, comme une application du principe d'adaptation du moyen militaire au but politique, que «la voie de la guerre offensive, et spécialement de la conquête, est l’invasion ! ».
2° Après l’entrée en campagne, € le but militaire se substitue au but médiat ou politique et le fait momentanément disparaître comme n’appartenant pas à l’idée même de la guerre. Il devient le but logique, immédiat de l’action militaire ?. » L’affirmation est contradictoire avec la précédente : la guerre est la servante de la politique, — et pourtant elle est d’une logique également rigoureuse. Une fois la déclaration intervenue, la parole est aux militaires.
3 Quelles conséquences peut-on tirer de cette transformation ?
4. Rüstow, Der Krieg, p. 41. Mais on n’en conclut pas qu’à l’inverse toute guerre défensive au point de vue politique doive l’être au point de vue mililaire: si, en 1866, la Prusse s'était contentée de prendre position dans le Schleswig, l’Autriche eùt été de l'avant, et les événements auraient pris une autre tournure.
..9, Clausewitz, tr. de Vatry, p. #. — Le gal J. von Hartmann (Milit. Nothwendigkeit u. Humanität, Deutsche Rundschau, 1817, €. XIII, p. 1115, 456 5, &. XIV, p. 75) déduit le principe de limitation du but militaire : atteindre la victoire.
Les unes sont initiales, indissolublement liées au changement d'objectif, et existent par lui seul; les autres surviennent au cours de la lutte, presque fatalement.
a) Tandis que le but politique consistait dans l’accomplissement de notre volonté malgré celle, actuelle, d'autrui, c’est-àdire dans la modification de cette dernière, — les opérations militaires visent directement, et dès le début, Pintimidation, le renversement de ladversaire par les armes. Le but militaire, c’est la victoire, la destruction de la puissance de lPennemi, c'est-à-dire de son armée, de ses ressources pour la lutte ; Paction doit tendre sans cesse à le désarmer (wehrlos zu machen) ou, ce qui revient au même, à le renverser (niederwerfen) pour lui rendre impossible toute résistance postérieure !. Rendre un Etat sans défense, cela signifie anéantir sa force et son énergie combatives, conquérir son territoire, y lever des contributions, le dévaster, afin qu’il n’en sorte pas une nouvelle puissance de combat, enfin contraindre sa volonté à la conclusion de la paix. La tendance à la destruction de l’ennemi est inhérente à l’idée de guerre ; victoire est synonyme d’acte d’anéantissement, mise en pièce (Vernichtungsakt, Zertrümmerung) ?. La lutte se manifeste par des dégats, par des blessures, par la mort. En conséquence, la guerre n'a qu'un moyen d'action : la force, — physique ou psychique. Il n’en existe pas d'autre. C’est par essence un acte de puissance, à l’application duquel il n’y à à apporter aucune limite *. Tout principe modérateur, toute idée philanthropique sont absurdes et pernicieux. Les adoucissements subis par lemploi de la force physique dérivent, non du développement de la civilisation (armes à feu...), mais de la modicité des intérêts en présence et d’une compréhension plus exacte de l’utilité substituée à la brutale manifestation de l’instinct. L’intelligence permet de tirer un meilleur profit de la victoire, voilà tout |
La mesure théorique, par le calcul, des forces est très généralement impossible. Les adversaires peuvent s’essayer, se tâter,
1. Montecuculli, etc., dans : Wolf, Das muilit. Echo, p. 112 : Ziel u. Zweck des Krieges. — Marselli, La g., Jel des sc. mil., janv. 1882, p. 255. — Clausewitz, p. 7.
— GW. von Scherff, Die Lehre vom Kriege auf der Grundlage seiner neuzeitlichen Erscheinungsformen, Ein Versuch.., 1897, p. 3.
2. Clausewitz, p. 26 s., 31, 39. — P. 50, 53, il n’envisage également que le « but absolu » de la guerre,
3. Clausewitz, p. 5 s. — P. 4 : La guerre ne connaît d’autres limites à son action que quelques restrictions insignifiantes, qu’elle accepte sous le nom de droit des gens et qui n’affaiblissent pas essentiellement sa puissance. — De la
Barre-Duparcq, ib., p. 14 : Cela fait bondir, mais est exact militairement.