LE CONCEPT ABSOLU DE LA GUERRE ONE
— ce n’est qu'une joute sans valeur : l'appréciation du rapport des forces se fait par le combat (sauf dans le cas d’extrème inégalité de puissances ou d’énergie) !. Certains philanthropes ont préconisé € quelque méthode artificielle qui, sans effusion de sang, permettrait de désarmer l’adversaire et de le réduire ; ce serait même là, disent-ils, l'idéal de la lutte. » Cette idée n’est qu'un rêve ; il faut le savoir, car € rien n’est plus dangereux, à la guerre, que les erreurs du sentiment, de la bonté d'âme. » (p. #). — « Rien n’est plus vrai, commente de la Barre-Duparcq ? ;... osons le dire : la guerre doit étre sanglante, et chercher à frapper des coups décisifs. » :
Tel est le concept absolu de la guerre, — concept idéal au point de vue militaire : il consacre la € guerre sans limite », emploi absolu de la force dans toute son étendue. € Toute guerre menée avec une application partielle de la force ne vaut rien (taugt nichts). Toute guerre seulement défensive est la voie du tombeau. Le système de l’épargne de la vie humaine ne vaut rien dans la guerre ?. »
Se peut-il rien de plus contraire au principe d’économie, à l’adaptation et à la proportionnalité du moyen à la fin, cependant admis, comme logiques et utiles, par la plupart de ces auteurs ? D’un côté, on borne l'emploi de la violence à raison du caractère limité du mobile; de l’autre, on le porte à son maxinum, parce qu’un but € absolu » se substitue au premier qu'on ne cesse pas et qu’on ne doit pas cesser de poursuivre! Le moyen doit être limité par le but; or le but est extrême, illimité!
M. Lueder, par exemple, montre d’abord qu’au lieu de chercher à causer à l’ennemi le plus de mal possible, on ne lui en fait pas plus que n’en exige le dessein formé # ; puis il proclame ? qu’au point de vue positif, il est de l’essencede la guerre, moyen extrême pour un but extrême, de poursuivre ce dernier par la plus impitoyable dévastation, par la force déchainée sans merci. Puisque, dit-il encoref, il s’agit, dans la guerre, de tout, des
4, Clausewitz, tr. de Vatry, p. 45.
2. Comment., p. 15 s. — Adde : C. von der Goltz, dans Wissenschaft u. Militärwesen, 1883; Deutsche Rundschau, von Rodenberg, 1883, Bd. 37, S. 46 f.; cité par Hetzel, Die Humanisirung des Krieges, p. 282 : On ne peut vaincre sans tuer.
3. X. [Georg von Raumer], Sechs Dialogen über Krieg u. Handel, 1806; {et dial. — F. Foch, Des prince. de la q., t. I, p. 36 : la guerre moderne emploie la matière humaine sans compter et la force sans ménagement.
4. Der neueste Codif.-Versuch auf dem Gebiete des Vülkerrechts, 1874.