‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 258 sur 471 · CRITIQUE DU CONCEPT ABSOLU ET DE L’ASCENSION A L’EXTRÊME · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU CONCEPT ABSOLU ET DE L’ASCENSION A L’EXTRÊME

limité : on s’y précipite soi-même tout entier, avec tout ce qu’on possède. — Soit! dira-t-on, mais, dans cette lutte globale, lun des partis finit bien par triompher, et n’est-ce pas celui qui eût emporté dans une lutte réduite à son seul objet? Cette affirmation ne peut être posée en principe. Il n’est pas toujours vrai, en cette matière, que celui-là peut le moins qui peut le plus. Tel qui est inférieur militairement eût été peut être supérieur dans une lutte commerciale, industrielle ou scientifique. I est contraire à la raison que celui-là soit, malgré son aptitude à remplir une fonction spéciale dans la société des nations, exposé à disparaitre à raison de sa faiblesse militaire. Ou bien, si l’on exige que tous soient forts militairement et absorbent leurs efforts dans la préparation de la guerre, le résultat sera opposé à la fois à la division internationale du travail et à l’idéal du progrès vers le maximum de forces sociales convergentes (les efforts militaires de chacun s’annulant entre eux, dans un inventaire des forces sociales). La sélection qui résulte de là viole la sélection rationnelle et produit une 7'égression, car elle favorise Pimpulsif qui, par une tendance à soutenir ses moindres désirs et à réagir contre les plus insignifiantes lésions, comme s'ils étaient vitaux, applique, au mépris du bon sens, de économie et de la morale, la totalité de ses forces à un objet spécial et défini. La substitution du but militaire au but politique n’est d’ailleurs pas la dernière conséquence regrettable de l’ouverture des hostilités. Le but politique lui-même, en tant qu’il subsiste malgré tout, se modifie très fréquemment au cours des opérations. Sous l'influence des résultats acquis qui mettent le vaincu à sa merci, et à raison même de l’emploi des moyens violents qui lui auront coûté trop cher relativement à son but et l’auront exposé à des risques tels que sa vie elle-même aura été en jeu, le vainqueur exigera, comme compensation, des prestations supplémentaires. En aucune occasion peut-être n’est plus vrai le proverbe : l'appétit vient en mangeant !. Le recours aux armes montrait à lui seul qu’il s'agissait d’un conflit sérieux : or, le vaincu du moment sait que sa défaite comportera des suites plus graves encore dont il ne connait même pas l’étendue. La lutte s’exaspère.

D’un autre côté, même issue du calcul, de l’hostilité réfléchie, la guerre ne comporte guère que des rencontres violentes, des

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