ABSURDITÉ RADICALE ET IRRÉMÉDIABLE DE LA GUERRE
égaux des deux côtés, c’est dans la différence de l'importance des intérêts politiques que les motifs de paix se rencontreraient : ces intérêts peuvent être plus nombreux ou plus menacés chez Pun que chez l’autre.., c’est là ce qui décide, et dès qu'il en est ainsi, la paix se conclut naturellement à l'avantage de celui à qui elle s'impose le moins impérieusement!. » La partie qui se borne à se défendre, à combattre sans intention positive et seulement pour repousser l’attaque, se propose le but le plus modeste de tous : neutraliser les projets de l'ennemi; pour y parvenir. elle peut se contenter d’un résultat beaucoup moins considérable que l'ennemi qui vise à la détruire, c'est-à-dire à un but positif. Elle est done mieux à même de le fatiguer et d’imposer la paix ?.
Quelle sera la conclusion de ce débat, où le heurt des arguments nous à incliné tantôt vers la limitation, tantôt vers le caractère illimité — principes contradictoires et pourtant logiques, dont on ne saurait nous reprocher l’antinomie, puisqu’elle est dans les choses ? Des éléments contribuent à éloigner la guerre réelle de lextrème violence qu’elle présente dans son type abstrait et absolu : leur réalité est indéniable. Mais, en fait, la tendance à l'eætréme est habituelle. La modération des deux partis, impliquant une sorte de consentement tacite, n’est possible que si aucun ne recherche les « grandes solutions ». Dès que l’un porte la guerre sur ce terrain, l'autre est forcé de le suivre, et, comme, le retardataire se trouve désavantagé, on ne peut idéalement condamner la conduite de l'autre. Il ne reste donc que des intérêts en présence. Or, 1° chacun a avantage à devancer l’autre dans l’emploi des moyens extrèmes, pour augmenter ses chances de succès; 2° chacun ne peut raisonnablement se proposer un but plus restreint qu'autant qu'il est en droit de supposer que, de son côté, l'adversaire ne recherchera pas les grandes déciisons par les armes. Les courses, aussi, s’6-
4. Clausewitz, p. 36 s : le calcul des probabilités, la considération de la dépense de forces, faite et à faire, incitent puissamment à la paix, sans défaite. — La mesure des moyens que l’un emploie varie dans un rapport complexe avec : 10 la valeur subjective de son but, 2 les forces dont il dispose, 3° le mal à causer à l’autre-pour qu’il cède (ce mal est proportionné à la mesure de son but et de ses moyens).
2. Frédéric, qui, à aucun moment de la guerre de Sept ans, n’aurait été en état de renverser la monarchie autrichienne, réussit cependant, par une sage économie de ses forces, à convaincre ses adversaires de l’énormité des efforts qu'il leur faudrait faire pour triompher de lui: ils acceptèrent la paix (ib., p. 40, 42).
loignent de leur concept absolu ; on n’y donne pas continuellement tout son effort : on doit pourtant y mener un € bon train » plutôt que de lutter de lenteur, même momentanément et pour réserver ses forces. Plus encore, dans la guerre, si on la suppose déclarée, un général ne s’abstiendra pas, sans imprudence et danger d’échec, d'adopter la voie la plus énergique, €à moins d’avoir l’absolue certitude que son adversaire veut agir de même. Et encore, qu’il sache bien que, même alors, il s'aventure dans des voies détournées, dangereuses et quil ne perde pas de vue son adversaire, afin de ne pas se laisser devancer par lui si celui-ci se décidait tout à coup à recourir aux moyens énergiques.. L’anéantissement de la force armée de l’adversaire reste donc partout et toujours le plus efficace et le plus important des buts qu’on puisse se proposer à la guerre". »
Ces considérations tendent, dans la généralité des cas. et alors même que le but politique serait moindre, à porter à l'extrême le but militaire et au paroxysme l’acuité d’un conflit dont elles augmentent à la fois le caractère antagoniste et la vitalité. Tour à tour subordonnée aux principes modérateurs, puis émancipée, la guerre demeure un moyen disproportionne à sa fin ultime. Dans l'impossibilité où on se trouve de formuler une règle certaine et non contradictoire d’atténuation, on consacre les principes de nécessité et d'humanité comme des palliatifs : 11s ne sont rien de plus. C’est la faillite presque complète des atténuations systématiques et réglementaires, qui absorbent pourtant une grande partie de l'effort des juristes et des pacifistes. Nous donnerons, par suite, la prédominance aux principes de condamnation et aux procédés de suppression ou de limitation de fréquence des guerres.