‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 272 sur 471 · QUE RESTE-T-IL DE LA GUERRE-RELATION D'ÉTATS ? AO · texte numérisé non relu

QUE RESTE-T-IL DE LA GUERRE-RELATION D'ÉTATS ? AO

part, le peuple qui veut la guerre, qui l’exécute, doit en supporter les conséquences, et il est, en fait, de plus en plus difficile, sinon impossible, d’assurer le respect de la personne et des propriétés de ses membres.

Le principe de Rousseau, ne s’harmonisant qu'avec une situation où les populations sont étrangères à la direction des affaires publiques, deviendra de plus en plus une fiction à mesure qu’elles acquerront cette direction et que l'Etat ira se confondre avec elles. Est-ce ClEtat » qui donne les coups et les reçoit !, ou même le gouvernement, ou comme autrefois, ses agents? Cest et ce sera sans cesse plus exactement la nation elle-même. Si Les peuples ne devenaient pas assez sages pour ne plus se battre, € un jour viendrait où cette barrière de la distinction de Etat et de ceux qu’il contient ne pouvant plus être dressée, les individus, comme aux temps barbares, mais dans Les conditions d'une lutte bien autrement terrible, se trouveraient face à face dans la guerre ?. » Les rencontres internationales de l'avenir, si elles ont lieu, présenteront Çune violence destructive inconnue jusqu’à ce jour : ce sera l’exode de deux peuples, et non plus la lutte de deux armées ?. » 11 serait d’ailleurs presque illusoire de restreindre à ces dernières la notion de régularité : elles tendent à englober, dans le temps de paix, la presque universalité des citoyens, et, dans le temps de guerre, le caractère compréhensif de leur conception, Pélasticité de leur organisation permettent à tous d’y entrer.

«€ Qu'est-ce qui est disponible ? Tout est disponible. » Cette formule du feld-maréchal de Moltke consacre le nouvel état de choses au point de vue actif. — «Tous les membres de PEtat ennemi peuvent être traités comme ennemis dans une guerre publique » ; telle est la maxime qui tend à prévaloir au point de vue passif.

La guerre de tous contre tous ainsi instituée rendrait inefficace et vaine la vieille formule de la guerre-relation d’Etat à Etat, de même que l'ascension aux extrêmes a contrecarré

4. Gabiat, La g. contin., p. 128 : « Les particuliers sont représentés par l’Etat, mais ils n’en supportent pas moins les conséquences de la lutte. »

2, Acollas, Le droit de la querre, p. 19.

3. Von der Goltz, La Nation armée, p. 446 : pas d’autre fin possible que l’extermination ou l’épuisement d’un des combattants. — G. Le Bon, Psych. du soc., p. 331; E. Boutroux, L'Armée, p. 271 : On visera, avec le parti pris de ne rien laisser au sentiment, la ruine et la déchéance définitive de l'ennemi, sa mise à jamais hors d’état de se relever et de prendre sa revanche.

Papplication du principe de nécessité. Les faits emportent la théorie.

Un tel résultat répond à des causes plus profondes qu’un accident, comme la guerre franco-allemande. Leur recherche nous entrainera à montrer comment on est passé de l’ancien état de la guerre au nouveau : ce sera esquisser l’histoire de sa recrudescence d’intensité.

Page 1