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CHAPITRE IV

Recrudescence de l'intensité des guerres.

I. L'ancienne guerre. — II. La guerre moderne, spécialement depuis la Révolution française,

Au point de vue de l’intensité de ses moyens, la guerre primitive se caractérisait par la violence et par la participation active et passive de la tribu entière. Il en résultait une grande barbarie. Plus tard, à des époques variables suivant les pays et sans que ces événements constituent une évolution générale, on vit apparaître de tout autres caractères : peu vitale, peu nationale dans son but, la guerre tend à être moins violente et à se restreindre à une partie de la nation. On laisse le soin de défendre des intérêts médiocres à des armées mercenaires ou de métier, parfois même composées d'étrangers. La passion et la cruauté, sans doute, y trouvaient place !, mais surtout à titre individuel.

Dès l’époque féodale ?, quoique le lien d’allégeance fasse de la querelle du suzerain celle des vassaux, on constate la présence de signes non équivoques de ces caractères. La @ maisnie » du seigneur se composait principalement de € soudoyers », retenus par lui, souvent brutaux, mais n’ayant pas d'intérêt personnel engagé dans la partie. € On aurait tort de se figurer de grandes batailles, des dangers terribles. » Habillés de fer (mailles ou plaques), protégés par leur écu, ces gens étaient

4. Sous la féodalité, puis au temps des Grandes Compagnies, on massacre sans pitié la piétaille, on pille, on.détrousse, on viole, mais cela tient à ce que les guerriers sont des brigands, plutôt qu’à la guerre elle-même et à son but. — Sur les atrocités, au xvi® s. : Laurent, Hist. de l’hum., {. X, p. 378 s, 383 : À Parme, les Italiens dévorèrent le cœur de leurs prisonniers, ils leur ouvrirent le ventre, tout vifs, et y firent manger l’avoine par les chevaux (Du Bellay, Mémoires, dans : Petitot, t. XVII, p. 313); les Suisses prenaient le carnage comme un plaisir : on les vit tuer les malades dans les hopitaux.

2. L'Armée à travers les âges : Langlois, Le serv. mil. en vertu de l'oblig. féod., p.768.

presque invulnérables. Dans les chansons de gestes, quantité de gens sont pourfendus : ce sont des vanteries de gens d’armes. € On se tuait très peu de monde. » Le but principal était de faire des prisonniers et des prises, et on abandonnait le combat pour les mettre en lieu sûr. — La tactique se ressentait de la modicité des intérêts : elle était plus entêtée que vive, et lente, prudente (guerre de siège, opérations localisées). Au lieu de se chercher et de fondre lun sur Pautre, les € combattants » jouaient à & cache-cache ». «Pendant cinq ans, dit l’auteur de Girart de Roussillon, ils ont tenu la campagne sans jamais se rencontrer. » Quelquefois, les adversaires, afin d'éviter les dévastations, prenaient jour et rendez-vous pour un combat décisif, sorte de jugement de Dieu : c’était ce qu'on appelait une € bataille aramie ». À une époque donnée, € les Anglais estimèrent que la stratégie était au dessous de l'honneur militaire : ils se plaignirent de ce que les Français ne voulaient pas les attendre à un endroit et à un moment déterminés !. » Du moins, diverses institutions firent-elles maintenir l’usage de se prévenir de la guerre elle-même (déclarations, hérauts d'armes, quarantaine-le-Roi). Toutes ces formes juridiques, dont s’affublait la lutte, prouvent son peu de spontanéité. Semblable originairement à une rixe, elle se rapprochait alors du duel en ce qu'elle était délibérée et parfois même différée et en ce qu’elle présentait une loyauté, un sentiment chevaleresque qui s’accommodent assez mal avec les questions de vie ou de mort.

Bien que les croisades aient ressuscité la notion de la grande guerre, le service militaire soldé n’en conserva pas moins, de leur temps, plus d'un trait de l'époque antérieure ?. L’apparition des armées mercenaires peut même être considérée comme un signe de la prédominance marquée de l’activité pacifique * ; la guerre, à laquelle une minorité fixe de la population était consacrée, n'interrompit plus le travail et permit le développement des manufactures et du commerce (foires, banques, lettres de change). Un peu plus tard eurent lieu les grandes découvertes.

Le génie pacifique de la Renaissance # est incontestable. Il y à

1. Westlake (Dr. int., p. 293) prétend retrouver aujourd’hui les caractères de la chevalerie. — Pour les raisons inverses, la guerre, plus vitale, est moins courtoise : le Japon, par ex., fit acte de guerre sans déclaration.

2. 1b.,id., Serv. mil. soldé, p. 89 s; Gebhart, Armées merc. de l’Italie, Te AUIER IS

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