L'Armée à travers les âges : Langlois, p
nemi sérieux ; elles n’aiment pas la poudre, € cette peste », ni le boulet, « diabolique instrument », comme dit Guichardin. Lorsque, le 51 décembre 1494, Charles VIII, roi de France, entre à Rome à la tête de ses troupes, victorieuses sans combat, on est plus scandalisé de son audace que disposé à lui opposer une résistance pressentie inefficace. « Des guerriers qui tuent, quel scandale! ‘» La fougue des Français paraît être de la folie furieuse, € furia francese ».
La bataille a lieu en effigie, le sort s’en décide, pour ainsi dire, par une équation algébrique, une mensuration théorique des forces. On à si peu le souci de triompher à tout prix, qu’on rend d'avance impossible l'ascension aux extrêmes. La € condotta », traité qui lie le capitaine à PEtat, prévoit et réglemente tout : le théâtre des opérations, les rivières à franchir, l'importance numérique des contingents. Le condottiere « n’apporte à l’action qu’une ardeur modérée, et ne se soucie pas de perfectionner son art. Il ménage lPennemi qui demain sera son prince. Carmagnola, un Piémontais, sert d'abord les Visconti de Milan contre Venise, puis Venise contre les Visconti... ? » À quoi bon tuer ? € On fait des prisonniers comme au jeu de barres. » Les condottieri inaugurent un nouveau genre de guerre : la guerre où l’on ne tue pas, où l’on ne se fait pas de mal ?. Les chefs de mercenaires, en Italie surtout, usaient le moins possible les troupes qu’ils avaient louées et qui étaient leur moyen d'existence. Ils s'entendaient, au besoin, pour cela, avec leurs rivaux, en sorte que, de part et d'autre, on s’efforçait de livrer un simulacre de combat et de ne perdre ni un homme ni un cheval. »
Pareil idéal était rarement atteint. Il Pétait cependant quelquefois. Machiavel signale, avec amertume, qu’il en fut ainsi à la bataille d’'Anghiari $. « Le duc de Milan, vaincu, ne perdit, dit-1l, rien que les armes et les chevaux de son armée, dont on peut se remonter avec peu de dépense; car jamais on n’a vu un temps où la guerre fut moins dangereuse pour ceux qui la faisaient chez les autres. » Dans une si grande déroute, dans un combat où deux armées de plus de vingt mille hommes se battirent pendant quatre heures, « i ne mourut qu'un seul