LA GUERRE, AUX DERNIERS SIÈCLES DE L'ANCIEN RÉGIME
homme, encore mourut-il par une chute de cheval et non par ses blessures ou par quelque coup d'honneur. » Les gens se battaient sans péril, parce qu’ils étaient à cheval et couverts d’armures, et que s'ils étaient las de combattre, ils sauvaient leur vie en se rendant à l’ennemi. Ils ne se montraient courageux qu'à l’égard des habitants. Le ravage du terrain de combat rendait la lutte plus, dommageable à ceux qui la subissaient sur leur territoire qu’à ceux qui la faisaient !.
Ce dernier trait n’est pas le seul qui se retrouve aux derniere siècles de l’ancien régime. La guerre ne mettait pas en danger l’existence des deux peuples belligérants. Ils ne gagnaient rien à la victoire, ne perdaient pas beaucoup à la défaite. Le vainqueur avait toujours un maître; le vaincu, loin qu’on tente de le dénationaliser, de détruire sa vie morale, conservait ses lois, ses traditions. Les monarques ne cherchaient pas à frapper de grands coups : une ville, un morceau de territoire cédés terminalent une campagne. Quelquefois le statu quo subsistait ?. — La modération des intérêts en présence et des conséquences éventuelles entraïnait celle des procédés. La lutte était peu vitale, donc peu violente. La guerre, mode d'action collectif, n'avait pas de raison collective : affaire dynastique et gouvernementale, le peuple n’y participait pas, mais seulement les organismes spéciaux : elle se faisait d’armée à armée. — Les sentiments, qui sont un facteur important, étaient peu puissants. Le patriotisme, lesprit de sacrifice à la chose publique, n’étaient pas très répandus. Les nobles fournissaient les officiers, les bourgeois leur or, le peuple seul donnait son argent et son sang. L'instinct de conservation n’était pas éveillé par le danger peu considérable couru par PEtat. Ceux qui ne participaient pas à la lutte s’en désintéressaient : les événements de la guerre demeuraient affaire de nouvellistes et de gazettiers. La faiblesse de la volonté de se battre, chez les défenseurs d’une cause qui n’était pas la leur, diminuait l’énergie des moyens ÿ.
4. Machiavel, tb., 1. V, début : les Sforza et les Braccio se firent moins de mal qu’ils n’en causèrent aux terres de l’Eglise.
2, « On se battait pour l'honneur plus que pour le profit et on s’entre-tuait sans haine, » (De Sablemont, Réforme soc., 1898, II, p. 5#4.) — Il n’y a pas lieu de faire à la monarchie un mérite d’avoir, sans motif ou pour peu de chose, exposé ses sujets à la mort; ni de ce que «les désastres subis dans une province n’étaient pas ressentis dans les autres », — fait qui provenait de l’absence de solidarité,
3, De Sablemont, tb. : l’usage des armes n’excluait pas les égards mutuels, la politesse la plus recherchée, même dans la victoire : le prince Noir et le roi
Jean, au Moyen-àge; le prince Eugène et Boufflers, à la reddition de Lille, Wolf et Moaitcalm ensevelis ensemble. — Mabille, La q., p. 135 : La conduite chevaleresque
On n’engageait pas la guerre à fond. On la commençait en mai, on la terminait en décembre, pour prendre les quartiers dhiver. On dormait sous la tente. € Les souverains d'Europe, retenus par je ne sais quelle modération impérieuse, ne demandaient jamais à leurs peuples, même dans le moment d’un grand péril, tout ce qu’il était possible d'en obtenir !.» Les alliés fixaient d'avance l'importance des troupes qu’ils consacreraient à la campagne. Les grands capitaines s’accordaient à fixer un nombre maximum au delà duquel les armées sont € incommodes et difficilement maniables ? ». On n’exposait pas trop son monde : les armées, levées et entretenues sur la cassette du souverain, représentaient un capital qu'il ne fallait pas trop entamer. Les combats étaient relativement peu meurtriers. — La stratégie et la tactique reflétaient le peu d'énergie des mobiles. (Les combats et batailles ne se livraient qu’à la dernière extrémité, lorsque tous les autres moyens d’éloigner l'ennemi du but de ses convoitises avaient échoué ». L'art consistait à choisir un camp sur des hauteurs peu accessibles d’où l’on couvrait une ville, un défilé, tout en menaçant les communications de l’adversaire. Etaiton tourné par lui, on s’efforçait d'atteindre un objectif éloigné en gagnant de vitesse *. € La guerre tenait dans une combinaison de lignes et de points f. » La formation linéaire attestait le manque de vigueur du combat : les bataillons, correctement alignés, semblaient soudés les uns aux autres et obéissaient à un seul commandement. On sacrifiait ainsi à l’ordre et à la symétrie la mobilité et Pardeur individuelles ?.
de Fontenoy est presque la règle. (11 s’en faut pourtant de beaucoup que la guerre soit restée aussi élégante aujourd’hui.)
4. J. de Maistre, Soirées, vi, Ga. 1842, t. II, p. 24: le soldat seul combattait le soldat, jamais les nations n’étaient en guerre. (L'auteur attribue ces effets à l’influence divine et à l’amour.)
2, Montecuculli : 30,000; Turenne, 50.000; Mal de Saxe, Moreau, Hay-Duchàtelet, 40,000, ete... (Brialmont, Causes et effets de l'accroiss. succ. des armées perm., p. #3.)
3. GA Bonnal, L'esprit de la q. moderne, p. 3. — Joly de Maizeroy : « La science de la guerre ne consiste pas seulement à savoir combattre, mais encore plus à éviter le combat... Ne livrer bataille que quand on le juge indispensable. » — Mal de Saxe : « Je ne suis pas pour les batailles, surtout au début d'une guerre, » — Au contraire, Napoléon, entrant en Saxe, en 1806, écrit à Soult : « Je ne désire rien tant qu’une grande bataille. » — Foch, Princ. de la qg., I, p. 26 S : On a confiance dans les positions..., on prépare la bataille comme une revue. « L’idée d’un résultat à obtenir de haute lutte a disparu, Le sentiment de la force a fait place à l’idée de la figure » : formalisme, pédantisme, « vieille escrime ».
4, Gel Rousset, Les maîtres de la qg., p. 47 : guerre de chicane, de manœuvres compassées, art conventionnel. — C’était un problème à résoudre par le calcul, une œuvre logique, donc froide,
5. Les sièges suivaient un déroulement classique d'opérations. Grâce à Vauban;