LA GUERRE MODERNE, SPÉCIALEMENT DEPUIS LA RÉVOLUTION
Un abime sépare cette guerre de positions, cette bataille engagée simultanément et € tout d’une pièce », de celles qu’inaugura la Révolution française, résolues, passionnées, € articulées et scindées en phases successives variées { ».
Un fait européen remarquable de Pheure actuelle est € l’augmentation des dimensions de la guerre, en largeur et en profondeur ? » : ses opérations intéressent tous les membres de la nation et tous y prennent part. Il ne servirait à rien de nier la réalité des faits : 1l est préférable de rechercher d’où ils procèdent.
La guerre moderne, où tout un peuple attaque, où tout un autre défend son existence ou ce dont il croit qu’elle dépend — son indépendance, ses frontières, ses biens, ses institutions, ses traditions et sa langue — est essentiellement vitale dans son but. La portée et l’acuité de la lutte internationale la transforment en une lutte pour la vie, dans toute l’acception du mot, pour la vie entière. On n’a recours aux armes qu’au nom d'intérêts qui paraissent importants (ce qui ne signifie pas qu'ils soient inconciables, ni les questions insolubles). Les guerres n’ont pas plus de raisons d’être, mais, leurs circonstances étant données, plus de fatalité et plus d’énergie que sous les condottieri. Après avoir été privées, puis gouvernementales, elles sont & nationales dans leurs fins * ». Le développement de la culture fait attacher un prix plus élevé à la conservation des jouissances plus nombreuses et plus élevées que procure la vie *. — Si personne n’a un « l'ouverture de la tranchée, le tracé des trois parallèles, l’assaut final, étaient réglés comme les cinq actes d’une tragédie. » (Vast, Hist. gén.) Tarde (Transf. du pouvoir, p. 114) attribue cette régularité à l’accroissement des armées, — Mais les armées contemporaines sont encore plus nombreuses! La guerre se laissait emprisonner, parce que peu ardente ; c'était un signe d’affaiblissement du sentiment. La violence passionnée ne se laisse pas passer au gabarit. Le réveil du sentiment a produit un éclatement des cadres, dans le théâtre et la poésie, comme dans la stratégie et la tactique. De nombreux auteurs nient qu'il y ait une science de l’une et de l’autre, sans en exclure le calcul, la réflexion, la recherche de l’effet.