CAUSES SOCIOLOGIQUES ET POLITIQUES DË RECRUDESCENCE
était simple désir chez Pindividu devient passion dans la masse : la foule, comme les primitifs, ne connaît pas le doute ni l’hésitation, elle est essentiellement dogmatique et passionnée. » L’amour-propre, plus impérieux chez un peuple que chez un seul homme, grossit facilement les intentions blessantes. Devant un outrage où une lésion qui lui sont infligés, la collectivité prend un sentiment soudain de sa solidarité et semble se détacher de tout le reste. D'autre part, rien, plus que l’armée dans la bataille, ne ressemble à la tourbe déchainée ‘. La psychologie des foules éclaire ainsi la décision et la conduite de plus d’une guerre.
La Révolution, la substitution de la république à la monarchie, Pavénement de la souveraineté nationale et de la démocratie n’ont pas moins influé sur les caractères sociologiques et techniques de la guerre que sur l’état politique général. Le € devoir » devient, par lPadoucissement de l’autorité, moins distant du voulu » ?, lorsqu'on passe de labsolutisme à la monarchie tempérée, puis à la souveraineté nationale. Le peuple, aujourd’hui, veut connaître le but des hostilités et il se Papproprie : il en résulte une diminution douteuse de fréquence et par contre un accroissement certain de la violence. On se bat avec plus d’acharnement pour soi que pour son roi. On avait beau confondre autrefois PEtat avec la personne du prince : on éprouvait peu vivement l’outrage, le danger, la nécessité de lutter et de triompher. L’affranchissement politique donne de l’élan, communique de l’enthousiasme à l’armée ; le peuple, maître de ses des tinées, se sent directement atteint et déploie les plus vigoureux efforts pour repousser linvasion qui met la patrie en danger. La contrainte, en cecas, est inutile pour recruter des défenseurs : ils accourent en masse et s’enrôlent.…
Violateur du droit des peuples, Napoléon a, par contre-coup, suscité un mouvement semblable *. Il réveilla l’esprit des natio-
4. Ct M., La g., l’armée, p. 142 s : Les armées obéissent aux mêmes lois psychologiques générales que les foules. — M. M. prend pour guide la Psychologie des foules, du Dr Le Bon : unité mentale, suggestibilité, contagion. « La foule est davantage sous l’influence de la moëlle épinière que du cerveau. Incapable de dominer ses réflexes, elle obéit aveuglément en esclave, aux impulsions qu’elle reçoit. Elle est irritable, volontaire, mais d'une volonté changeante et mobile...», incapable de réflexion, crédule à l'excès... et ses convictions ont toujours les caractères des convictions religieuses (soumission aveugle à l’idée ou à l’homme, intolérance, esprit de prosélytisme).