‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 286 sur 471 · CAUSES POLITIQUES DE LA RARETÉ CROISSANTE · texte numérisé non relu

CAUSES POLITIQUES DE LA RARETÉ CROISSANTE

les barbares, par l'élévation à la civilisation, et chez nous, par son développement.

Causes psychologiques enfin. Pour qu’ils dégénèrent en guerres, la façon d'envisager les conflits est même plus importante que la réalité ou la fréquence de leurs causes. Or le développement de la conscience nationale, la connaissance du pays, de ses habitants, de ses institutions et de ses origines, l’acquisition d’un patrimoine intellectuel, sans cesse croissant, à défendre, ont, au cours du xiIx° siècle, engendré un regain de nationalisme, de méconnaissance, d’exclusivismefet de haine envers l'étranger.

On a beaucoup de peine à discerner, au milieu d’un si grand nombre de causes de guerres, comment pourra triompher l’esprit de paix et de justice. Propre à éviter la transformation de l’optimisme trompé en pessimisme et de lillusion déçue en méfiance vis-à-vis de ses fauteurs, l’exposé précédent donnerait une vue inexacte et trop unilatérale des choses. Il est possible, sans sophisme, d’en faire le complément et même la contre-partie, en établissant que certaines causes ont disparu ou diminué ou bien ont trouvé d’autres modes de satisfaction.

Parmi les faits qui encourageaient la guerre, quelques-uns, en se développant, se sont retournés contre elle. Ainsi en est-il advenu des tendances à lagrandissement. Dans les vastes empires nés de Pabsorption violente ou d'autres événements, la paix 1ntérieure est assurée par le pouvoir central. Les guerres que soutient ce dernier sont la rançon de celles qu’il empêche entre les fractions. Alors même que leur accroissement d’étendue compenserait exactement leur infréquence !, Peffort pacifique, concentré sur un plus petit nombre de cas. rendrait cependant le recours aux armes plus évitable : on empêchera plus facilement une grande guerre que dix petites. — L’agrandissement territorial avait longtemps caché aux gouvernants les souffrances que précisément 1l augmentait : cet inconvénient n’a eu qu’un temps. grâce au progrès de l'information, et à la participation des masses au pouvoir politique. — La prolongation et la multiplication

4. Vacher de Lapouge, Sél. sociales, p, 220 : ce qui se faisait autrefois en détail se fait aujourd’hui en bloc. — Renouvier, 0p., cit, t, IV, p. 127 : Russie ; Angleterre dans l’Inde ; dynastie mandchoue en Chine.

des rapports internationauæ, qui avaient tout d’abord amené des heurts, ont de même abouti à des relations cordiales.

Le remède est venu aussi parfois de l'excès du mal. Après avoir fait l'expérience de Fanarchie internationale, due à labsence de droit des gens, on à tenté de réintroduire lordre, par l’idée de société des nations. Les abus de la patrimonialité ont conduit à modifier le régime interne de telle façon que la faculté de disposer des provinces par mariage ou succession est devenue impossible. Les principes de souveraineté nationale et de nationalité, après avoir été détournés de leurs fins, sont devenus, à la longue, des facteurs de paix. L’influence, sur le gouvernement, d'intérêts et d'opinions dont la multiplicité et la diversité s’accroissent à mesure que s'agrandit le cercle de ceux qui participent à l’exercice du pouvoir prévient les solutions extrêmes, autrefois favorisées par la volonté unique et non limitée des potentats. À ce remède préventif, se joint un répressif : la proclamation de la dignité de l’être humain ferait aujourd’hui considérer comme illégitime toute cession non consentie par les populations.

Le développement du travail, du commerce, des transports, a substitué l’industrie productrice à la prédatrice, l’industrialisme au militarisme ! et créé des intérêts et des autorités distincts de ceux des armées. Il a fait sentir plus vivement, et, par la solidarité qu’il a engendrée, en des régions sans cesse plus éloignées des belligérants, la gène que les opérations militaires apportent, même en temps de paix, à la vie nationale. Le rétrécissement de la planète, l’extension des besoins sont des causes de guerre? Ce sont aussi des causes de paix. — Renouvelée de celle de Malthus, cette formule tombe sous les mêmes critiques. La disproportion entre les besoins et les subsistances n’est pas inéluctable; la surpopulation, non absolue, mais relative à la quantité des subsistances, disparaîtrait si les efforts consacrés à la spoliation et à la destruction des produits et des producteurs se portaient sur l’augmentation de la productivité.

Si de nouvelles causes de conflits ont surgi ou se sont accrues, d’autres, dynastiques, successorales, religieuses, ont complète-

1. L'homme, primilivement, se sent peu solidaire de l’homme : la nature donne ses fruits gratuitement, mais non toujours en abondance ; chacun les dispute activement ou passivement à autrui. Lorsque les besoins, développés, cessent de trouver leur satisfaction dans la seule nature, il faut, pour les lui arracher, le concours d’un nombre d’hommes de plus en plus considérable (division du travail et production en vue de l’échange.)

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