‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 287 sur 471 · CAUSES ÉCONOMIQUES ET PSYCHOLOGIQUES DE RARETÉ CROISSANTE · texte numérisé non relu

CAUSES ÉCONOMIQUES ET PSYCHOLOGIQUES DE RARETÉ CROISSANTE

ment disparu de la scène du monde civilisé t. Il faudrait donc préciser, établir une balance, qui semble impossible scientifiquement, du gain et des pertes ? des facteurs de guerre et des facteurs de paix. Leur rapprochement donne l'impression que ces derniers l’emportent. La guerre est en voie de devenir un fait anormal et exceptionnel.

Au point de vue psychologique, le résultat est moins douteux et non sans importance, puisque, même en face d’une recrudescence des faits qui engendraient autrefois la guerre, les progrès de Pesprit pacifique peuvent éviter le recours à ce procédé extrème. La culture scientifique générale, Pétude de la morale et du droit ont exercé une influence éminemment favorable. Jamais on ne parla davantage de l’avénement de la paix, et jamais peut-être ne fut plus saisissant le contraste entre la réalité et les prédications.

Parallèlement aux sentiments et aux désirs, se sont modifiées les croyances. Les progrès intellectuels et sociaux ont donné à l’idéal une efficacité et une élévation plus grandes, en modifiant les buts de la conduite, en accroissant le nombre et la valeur des moyens d'atteindre un but donné et en diminuant la préférence exclusive accordée à l’un quelconque d’entre eux. Ils ont en particulier rendu les guerres moins fatales. On se fait aujourd’hui, en effet, une idée plus exacte de leur aptitude à atteindre les résultats qu’elles poursuivent, on sait aussi qu’il existe des moyens mieux adaptés. Or ces opinions ont une influence indéniable. sur toute action réfléchie. Autant il était utile de rappeler le grand nombre des faits actuels qui, dans le passé, eussent infailliblement entraîné des conflits sanglants, autant il est indispensable de montrer que ces buts de guerre peuvent ne pas se résoudre en guerres.

Même en présence d’une fatalité passagère, il ne serait donc pas possible de conclure à une € inéluctabilité » perpétuelle. A l'inverse, de Pinutilité et de la rareté croissantes des guerres dans l’évolution générale, on ne peut conclure à leur disparition immédiate ou totale, ni à l’absence de retours momentanés *.

A. Carli, Fondam. del dovere di abolire la g., p. 10 s: Attenuazione progressiva delle lotte per la vita; Scarabelli, Cause di g. in Europa, p. 61-96: Lenta, continua dimin. della g. ; X., Die Ursachen der Kriege u. die Wege zum Frieden, p.5, T... Etc..

2. Ex. de cette balance : Holtzendorff, Ewig. Friede, p. 62s; Laveleye, op. cit., p. 71; von Stengel, Ew. Friede, p. 21. — Etc.

3. La succession de l’industrialisme au militarisme est loin d’avoir une valeur absolue. En 1817, St-Simon écrivait (L'industrie, t. 1, Œuvres, t. XVIII, p. 67): « La guerre n’a plus de place dans le système intérieur de l’Europe »... On pourra

La science ne doit pas s’ingérer dans le domaine de Part ni appliquer comme des préceptes pratiques valables dès l’époque actuelle, les grandes solutions qui sont vraies pour Pensemble des temps. Ses affirmations guident l’homme politique, elles ne l’enchaînent pas : il a à fenir compte des nécessités du temps présent. La pratique doit concilier les théories trop exclusives des pessimistes qui voient seulement les réalités de l’heure et celles de certains pacifistes qui, s’en tenant aux conclusions abstraites de la raison et de l'observation, anticipent sur un avenir encore lointain.

Sous cette nécessaire réserve, nous essaierons de démontrer que la guerre n’a plus de fonction rationnelle à accomplir.

voir aux prises soldats contre soldats, nations contre soldats, mais non plus nations contre nations. » Singulière prophétie, puisqu’elle date du commencement du réveil national.

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