‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 289 sur 471 · INSUCCÈS DU PROCÉDÉ GUERRIER · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DU PROCÉDÉ GUERRIER

une nation moins forte, peut être terrassée par une plus faible encore.

En tous cas, les résultats sont disproportionnés avec l'effort qu’ils coûtent et non définitifs. L'Europe a été ainsi occupée depuis près d’un siècle à détruire pièce par pièce, l’œuvre édifiée par les vainqueurs de Napoléon. Souvent même, la paix ramène le statu quo ante bellum *. On guerroie pendant trente ans pour rétablir lPéquilibre : quel est le résultat? La prépondérance change de titulaire, voilà tout. À propos du traité d’'Utrecht, le maréchal de Villars écrit dans ses Mémoires : « Après une lutte de quatorze années, durant laquelle l’empereur et le roi de France avaient été sur le point de quitter la capitale, une guerre qui avait désolé la plus grande partie de l’Europe fut terminée aux conditions où on eût pu conclure au commencement des hostilités » (en se basant sur les traités de partage de 1698 et de 1700). Ce traité fut d’ailleurs immédiatement remis en question par le cardinal Alberoni. Smith fait une remarque analogue à propos de celui d’Aix-la Chapelle. Napoléon lui-même a écrit à l’archiduc Charles, le 31 mai 1797: © Nous tuerons... et il faudra bien qu’on finisse par s’entendre ?. » Après s'être battu, on se tolère mutuellement. Peut-être même est-il impossible de s'étendre au delà de limites naturelles. Quant aux exigences non territoriales, elles n’ont guère plus de chances de triompher : les forces et les moyens pécuniaires des nations tendent, sinon à s’égaliser, du moins à pouvoir s’opposer efficacement les unes aux autres.

La liste des exemples qui établissent que la guerre ne parvient pas à ses fins serait interminable. Une explication générale de cet insuccès nous dispensera de la reproduire ici.

Il existe, pour un moyen, plusieurs manières de pécher contre la téléologie, la logique et l’économie, soit qu’il soit absolument impropre à atteindre le but poursuivi, soit qu’il Patteigne à trop grands frais, — notamment si, par sa nature, on s’y attache avec une ardeur disproportionnée à l'intérêt en jeu *. Procédé unique, uniforme appliqué à des buts variés, procédé direct, violent qui mène aux extrêmes et produit une lutte globale au sujet

1. Lavisse, tb., p. 178 s : l’Europe a perdu plusieurs siècles ; sa grande politique, ses guerres, ses traités ont à peu près rétabli l’état antérieur : exemples.

9. Enumérations de guerres inefficaces: Fromentin, Le crime de la g., p. 1015; Guize, Le milit., p. 14, 20, 40; F. de Speugler, La g., et larb., p. 12 S; W. Jay, War a. Peace. Etc.

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