La guerre dans les diverses races, p
3. Calvo, t. IV, p. 46, rejette pour cette raison, de nombreuses définitions. — Pradier-Fodéré, t. VI, p. 545 assimile dans certains cas, les guerres civiles aux guerres internationales, 5
rale de langage et d'arguments (qui n’est pas exclue de la guerre, mais ne la constitue pas); 1] faut des violences physiques, des voies de fait, il n’est pas nécessaire qu’elles aient lieu à l’aide d’armes. Si elles ne présentaient pas un certain caractère de durée et de réitération, il s’agirait de simples « démonstrations » et c’est pourquoi nous préfèrerons le mot état au mot acte.
Eliminant les définitions ‘ qui, pour être parfaitement admissibles aux points de vue juridique ou stratégique, ne pèchent pas moins contre une ou plusieurs de ces exigences, nous nous attacherons seulement à celle qui voit dans la guerre l'état de luttes violentes issu, entre deux ou plusieurs groupements d'êtres appartenant à la même espèce, du conflit de leurs désirs ou de leurs volontés.
Sous quels rapports et de quelle façon envisagerons-nous le phénomène ainsi caractérisé? Où et quand l’étudierons-nous ? Pour en acquérir une idée complète et suffisamment large, no-
À. Quelques-unes sont rapportées ou citées par Twiss, Martens, Pradier (t. VI, p. 502), Calvo (t. IV, p. 15). Nous en avons collectionné plus de 150 dans des ouvrages juridiques, politiques, sociologiques ou militaires, Plusieurs sont fantaisistes ou très spéciales (Woolsey, Schmalz, Funck-Brentano et Sorel, A. de Heysman). La plupart sont trop étroites; elles exigent: une lutte entre hommes (Martens), internationale, entre Etats indépendants (Bynkershoëk, Twiss, Geffcken, Bluntschli, Pradier, Ch. Dupuis, Projet russe de codif.), ou partis organisés politiquement (Kamarowsky), ou communautés prétendant à des droits de souveraineté (Dudley-Field), ou armes publiques, armées (Gentilis, Fiore); l’absence de supérieur commun (Massé, Morin, Phillimore) ou l'impossibilité de jugement pacifique (Geffcken, Calvo) ; un but militaire à atteindre (Montecuculli : la victoire ; Clausewitz, Geffcken : la destruction ; Pinheiro-Ferreira, général Bardin: la paralysie des forces ennemies); un but psychologique (von Rustow : préméditation et méthode ; Glausewitz, Marselli, Wiskemann, Dupuis, Boutroux: contrainte de la volonté, imposition de prétentions ; de Monglave, Derrécagaix : voie de contrainte), un but politique, de droit public (Rüstow, Bluntschli, Kamarowsky) ; une contestation, une querelle à vider (W. Butte, Phillimore, Gefflcken, Pradier); une lutte juste, une revendication du droit, du dû (Gentilis, Bynkershoëk, Pufendorf, Vattel, Twiss, Fiorilli, Phillimore, Bluntschli, Fiore, Calvo); une lutte ouverte (Projet russe, Fiore); toutes les violences ou indéterminées, ou toutes les forces (Klüber, Heffter, Martens, Ortolan, Geffcken) ; une lutte meurtrière (Garaude, Letourneau), à main armée ou par les armes (Massé, Morin, Bluntschli, Kamarowsky, Dudley, Pradier), continue, permanente (Martens, Pradier), alternative, tour à tour (Pufendorf, Twiss, Calvo), anormale (Galvo) — Peu sont trop larges : plusieurs se contentent du mot vague : force. Grotius (De jure belli, 1. I, c. 1, $ 2) faute de spécifier le caractère collectif, donne une définition qui selon le reproche de Felden, conviendrait aussi bien aux combats de gladiateurs. Villiaumé (L'esprit de la g., p. 1) y ajoute : peuples ou factions. — Von Boguslawski, (Der Krieg, p.13) donne une définition presque acceptable : le combat (?) mené par un groupement déterminé d'hommes, tribu, nation peuple Etat contre un groupement pareil ou similaire.
tre examen devra porter sur le côté dynamique comme sur le côté statique, sur la Genèse, le développement, l’état actuel et même futur, dans tous les temps et chez tous les peuples, et non pas seulement à l’époque moderne et dans la € civitas gentium », étude à laquelle se borne le juriste, attentif aux seules relations d'ordre juridique entre Etats constitués. Que la guerre soit restée partout et toujours semblable à elle-même ou bien qu’elle ait évolué, une étude embrassant l’ensemble du phénomène n’en sera pas moins indispensable, comme offrant seule le moyen de nous conŸaincre de son uniformité, ou de suivre ses modifications et d’en déterminer le sens à travers les âges. Si, par exemple, les guerres modernes, notamment depuis la Révolution, ont un caractère distinct, ce sera le seul procédé concevable pour les « situer » dans l’évolution.
On a abandonné le préjugé cher à l’école économique classique, qui lui faisait considérer le passé comme semblable au présent. Raisonner sur le type abstrait d’un (homo œæconomicus » qui n'existe nulle part, établir des lois uniformes, absolues pour tous les temps, tous les pays, tous les degrés de culture, serait bâtir sur le vide: il sied donc d'examiner cequi sépare la guerre actuelle de la guerre primitive. Si, par contre, la distance est, par certains côtés de la guerre, peu considérable entre les nations dites civilisées et celles qui ne le sont pas, s’il y a, à ce point de vue, € des individus et des groupes, mais non des nations civilisés », l'observation des deux stades permettra de constater par où ils se rapprochent. On ne saurait induire du présent au passé ou réciproquement, de la nuisance actuelle des guerres à leur nuisance originaire, m de leur bienfaisance ancienne à leur bienfaisance contemporaine : si le sujet était limité aux guerres de la France ou à celles du xix° siècle, on serait en droit de suspecter des conclusions qui porteraient sur une seule catégorie de faits, spéciale, exceptionnelle et peut-être défavorable. Les jugements portés auront une valeur, emporteront une certitude d'autant plus grandes que la base d’appréciation sera plus ample.
Un programme aussi vaste ne saurait être rempli que par une étude générale et abstraite. Aussi ne ferons-nous pas un livre d’histoire de la guerre Gin concreto », chez chaque peuple, ou bien dans ses rapports avec la politique générale de tel Etat ! et avec
1. Bonne étude de sociologie descriptive au point de vue historique et ethnographique : C. Letourneau, La g. dans les diverses races humaines. Sur les consé-
la succession des groupes de civilisation et le déroulement des faits historiques. Comme nous ne pouvons nous appesantir sur les différences de détail des guerres, ni sur la recherche des causes particulières à chacune d’elles ou des péripéties de leurs opérations, nous établirons des {ypes de guerre et par suite nous suivrons un ordre plus logique que rigoureusement chronologique : procédé artificiel en apparence, et pourtant naturel, car le classement par lanalogie des caractères intéresse davantage le sociologue qui cherche à apprécier la valeur des guerres, leur moralité et leur opportunité, que le rapprochement de leurs dates et de leurs lieux, qui est du ressort de lhistorien et de Pethnographe.
Ce caractère abstrait de notre étude n’enlèvera rien d’ailleurs à sa nature positive, à condition que les caractères généraux attribués aux guerres soient réels et non imaginaires ou aprioriques. Toute science abstrait et analyse : dans l’évolution concrète, telle qu’elle a eu lieu en fait, nous séparerons ce qui a rapport à la guerre et, ayant ainsi isolé un facteur de l’histoire, nous disséquerons chacun de ses éléments, mais sans procéder ensuite à la reconstitution du phénomène !. Les points de vue seront simplement systématisés et les vues coordonnées et groupées autour d’idées fondamentales.
1° Leur connexité nous amènera à envisager successivement tous les points de vue du problème. Cela nous permettra de prononcer contre le phénomène lui-même une condamnation ou une approbation d'ensemble, que n’ont pas le droit de prononcer Péconomiste, le moraliste, Pesthéticien, puisqu'ils s’en tiennent chacun à des vues spéciales : chiffres, considérations éthiques ou esthétiques.
2° Pour chaque point de vue et pour l’ensemble, l’impartialité nous fera un devoir de réunir Le pour et le contre, sans toutefois exagérer et rappeler par le mode d’exposition Pamusant chapitre de Rabelais où Pantagruel répond à Panurge, qui lui énumère les avantages et les inconvénients du mariage, tan-
quences des guerres dans tel pays et la formation des territoires nationaux : E. Lavisse, Vue générale de l'hisl. pol. de l'Eur. ; Himly, Hist. gén. de l’Eur. par la géogr. pol. — Sur la philosophie historique du métier des armes, les fonctions de l’armée : L’Armée à travers les dges, Conférences par E. Lavisse, Guiraud.…
1. Cette opération constituerait une synthèse. Le synthétique concrétise et considère simultanément les points de vue, l’analytique les sépare et abstrait (Aug. Comte, Cours de phil. posit., t. V, p. 15). Notre exposé, condensation abstraite du résultat d’études concrètes, sera essentiellement analytique.
tôt : CMariez-vous donc, » tantôt : « Point done ne vous mariez. » Il nous faudra prendre position et formuler à notre tour notre idéal.
3° Pour chaque thèse, militariste ou pacifique, l'insuffisance des observations directes et personnelles, inévitable dans toutes les études de sociologie générale, nous forcera de rassembler les témoignages et les vues éparses dans les œuvres des spécialistes. Les opinions des auteurs ont d’ailleurs dans le droit international une grande importance en l’absence de législation positive, et leur suffrage ajoutera à notre voix l'autorité qui lui manque, dans le procès intenté à la guerre. La difficulté ou l’inutilité de puiser aux sources (documents officiels, archives...) nous fera utiliser des ouvrages de seconde main, et nous ne négligerons même pas les sources modestes d’information, brochures, revues, Journaux, qui éclairent sur la propagande et les idées répandues dans le grand public, sur le mouvement pacifique et l’organisation des sociétés.
Quel sera done l’idée directrice, le pivot autour duquel seront groupés faits et théories? Ce sera un concept qui intéresse au premier chef le sociologue : celui de fonction, qui comprend ceux de but et d'adaptation.
Qu'est-ce donc à proprement parler qu’une fonetion ?
D’un passage assez embrouillé de Claude Bernard ‘on peut tirer la définition suivante qui a le tort d’être téléologique et de ne s’appliquer qu'aux métazoaires : l’état qui résulte d’un ensemble d’actes, en tant que Pesprit les conçoit harmoniques, concertés et accomplis en vue d’un résultat préconçu. Durkheim * y voit soit un système de mouvements vitaux, abstraction faite de leurs conséquences (fonction de digestion), soit plutôt le rapport de correspondance qui existe entre ces mouvements et quelques besoins de Porganisme (fonction de la digestion). Le mot ne pourrait ainsi s'appliquer qu'aux organismes. Pour en étendre le sens, nous l’entendrons comme {e rapport qui résulte de l'adaptation d’un moyen à une fin (mème inconsciente) avec une tendance à la répétition de l’acte par lequel elle se manifeste (adaptation pouvant être plus ou moins parfaite et la répétition laisser place pour l'innovation et invention.)
Dans ce sens, il s’applique à un organe, à une personne, à une institution, On peut donc légitimement dire que la fonction de
4. Leçons sur les phénomènes de la vie, p. 370. 2. De la division du travail social, p. 50 s.
guerre appartient à telle personne ou à tel corps : la guerre est une fonction. Mais peut-on dire aussi qu’elle à une fonction, parler de la fonction de la guerre?
La guerre n’est pas un organisme, une personne, un Corps constitué, &’est un fait. Conçoit-on la fonction d’une fonction, d’un fait, d’une série d’actes, d’un état, comme on conçoit celle d’un organisme, d’une personne, d’un corps constitué? 11 existe de nombreux exemples d’un tel emploi du mot ‘et aucune objection rationnelle ne peut être soulevée contre cet usage conventionnel.
. * e TAES 9 "ap On comprend done qu'on Fait appliqué à la guerre ?, d'autant plus que certains écrivains ont donné à celle-ci sinon la forme du moins le rôle, la fonction que remplirait une personne : entrepreneur, voleur, juge, législateur ou éleveur chargé de sélectionner. Outre cette justification directe, on peut invoquer comme un argument négatif Pabsence d’un autre terme convenable: le mot cause est insuffisant; raison d’être, valeur sont imprécis; rôle est plus exact, plus généralement compris, mais un peu vague ; mission, de même que destination ou office (qu’emploie Comte) supposent une volonté réfléchie qui confie ou impose la poursuite d’un dessein, en vue de résultats donnés. € Le mot résultats ou effets (qui échappe à cette critique) n’éveille aucune idée de correspondance. Au contraire rôle ou fonction a le grand avantage d’impliquer cette idée, mais sans rien préjuger sur la question de savoir comment cette correspondance s’est établie, si elle résulte d’une adaptation intentionnelle et préconçue ou d’un ajustement après coup ?. » L'idée d'adaptation à une fin n'implique pas davantage que cette fin soit réfléchie ou même consciente, et cette absence de lPexigence d’un but préconçu nous permettra de faire rentrer dans notre examen les résultats
1. Nous en avons collectionné près d'un cent, appliqués aux mots : intelligence, mémoire, mort, force, plaisir, esprit religieux, activité militaire, religion, esclavage, fétichisme, droit, propriété, travail, division du travail, morale, justice sociale, crime, peine privée et réparation, etc..…., et tirés des meilleurs auteurs : A. Comte, Laveleye, Loria, Véra, Vaccaro, Jhering, Kidd, Halévy, Rignano, Durkheïm, J. de Gaultier, Vanni, Chironi, Westlake, Ed. Lambert, Roberty, R. de la Grasserie, G. de Greef, Lombroso, etc... -
2. Proudhon, La g. el la paix, t. 1, p. 121; H. Dumesnil, La g., p. 59; Gius. Prato, Teoria della pace perpetua : funzione sociale ; Fil. Carli, 1 fondam de dovere di abolire la querra, p. 32 : f. fisiologica; R. de la Grasserie, La funzione sociol. della guerra, p. 3 sS ; Gugl. Ferrero, Il militarismo, p. IX. — Quelques auteurs emploient même le mot mission : Thonissen, La g. ct la phil. de l’hist., Acad. roy. de Belg., 1860, t. IX, p. 185, 216 (pour désigner « origine, nature, rôle, but, résultat ») ; Fr. Bouvet, La g- el la civilis., p. 8; Ch. Potvin, Le génie de la paix, p. 9; L. Gasparotto, Il principio di nazionalita, p. 97; J. Lacointa, Introd, à : Kamarowsky,
Le trib. int., p. 1; Lerminier, Phil. du droit, t. 1, p. 135. 3. Durkheim, op. cit., p. 50.
qui n’ont pas été des buts, c’est-à-dire en vue desquels les guerres n’ont pas été faites. Nous ferons même une assez large place aux causes non téléologiques et aux effets non représentés par anticipation.
Le mot fonction cadre parfaitement avec notre programme et notre plan, ou mieux il les détermine. 11 éveille l’idée d’adaptation d’un moyen à une fin. Le moyen, c’est la guerre. Or l’appréciation d’un moyen exige l’appréciation :
1° Du but. Quels buts la guerre a-t-elle poursuivis ou poursuitelle ? Quelles fonctions lui propose-t-on ? Y en a-t-il une ou plusieurs espèces? Les buts ont-ils évolué? Sont-ils évitables? Ne tendent-ils pas, en réalité, à disparaître? Les désirs, Les eroyances de chaque adversaire auxquels répondait la guerre ne sont-ils pas moins vitaux, moins incompatibles qu’ils ne le paraissaient subjectivement ?
2° Du moyen. Est-il bon, juste, désirable en lui-même ?
3° Du degré d’adaptation du moyen auæ buts. Sont-ils atteints par lui? N’entraine-t-il pas, indépendamment, des résultats mauvais? Autrement dit, ce moyen est-il adapté, le mieux adapté ? En existe-t-il d’autres, mieux adaptés? (Sils n’atteignaient le but avec plus d'avantages, il serait vain, sous prétexte qu’il l’atteint mal, de critiquer le premier, alors indispensable.) Quels sont-ils, ne tendent-ils pas en fait à s’y substituer ? Quels sont les moyens d’y aider? Qu’a-t-il été fait dans ce sens?
La guerre est un moyen : mais n’est-elle pas quelquefois un but poursuivi pour lui-même ou pour ses avantages généraux, suffisants à la conseiller en l’absence de motifs spéciaux ou après leur disparition éventuelle? Quels sont ces résultats non ordinairement visés, mais susceptibles de le devenir ?
Sous ces deux formes, comme moyen ou comme but, peut-on la supprimer ou en limiter les effets? Quels sont les principes de cette limitation ? Le progrès psychologique et social ne rend-1il pas la guerre de moins en moins fatale? Quel est l’idéal, quels sont les buts les meilleurs de la conduite? Afin que notre étude ne soit pas dénuée de portée pratique, elle se complètera par lesquisse de ce qui a été proposé ou tenté et de ce qui pourrait être fait contre la guerre.
L’ordre que nous suivrons sera à la fois chronologique et logique. Chronologique, en ce sens que l’histoire humaine sera partagée en stades larges et non hermétiquement clos, d’après l’ordre d'apparition des mobiles de la guerre : causes impulsi-
ves, buts spéciaux, buts généraux. L'étude de la cause et du but précédera naturellement celle du résultat ; la question de la possibilité des limitations ou de la suppression de la guerre, Padmission de ses succédanés se présenteront les dernières dans notre exposé, de même que dans l'histoire elles sont les plus récentes. Logique en même temps, car notre division tripartite des actes humains, qui trouve son application dans l’histoire, a sa base dans l’analogie. Il y a en outre une sorte de gradation, entre causes, buts et résultats de la guerre: dans la chaîne des phénomènes, où chacun est à la fois effet, eu égard aux précédents, et cause, eu égard aux suivants, — notre première partie résout le problème de la causalité avant la guerre, en envisageant la guerre comme un effet, la deuxième établit un rapport subjectif entre la guerre, envisagée comme moyen et certaines fins préconçues, la troisième examine la causalité après la guerre, en prenant la guerre comme cause. Il est logique aussi de discuter d’abord les théories qui attribuent quelque fonction à la guerre, qui la disent bonne et nécessaire; puis celles qui, niant ou négligeant cette fonction comme non rationnelle, conçoivent la guerre, l’une comme inévitable, Pautre comme évitable, — ce qui amène à Pétude des moyens de Péviter.
Ces grandes lignes de notre plan ne seront peut-être pas irréprochables. Nous nous en consolerons facilement en pensant qu’il n’y à pas de plans parfaits, — en aucune science et particulièrement dans les sciences sociales. L’abstraction, les classifications — procédés artificiels d'étude, nécessités par l’infirmité de l'esprit humain — n’ont aucune existence dans les faits: elles € font violence à l’ordre concret de la nature ». Loin d’être séparées par des cloisons étanches et de pouvoir s’isoler, les divisions se pénètrent et doivent se pénétrer. Elles sont toutefois plus ou moins arbitraires. Aucun ordre ne s'impose avec une évidente nécessité, et l'embarras est d'autant plus profond que la liberté est plus grande. Un plan pourtant est préférable à un autre. Pour diminuer Parbitraire dans sa détermination, nous avons tenu compte de l’étroite corrélation qui existe entre la méthode et l’objet d’une part, et le plan d'autre part. Selon la tendance réaliste ou idéaliste, il doit différer ; nous avons donc donné une large place aux procédés concertés en vue de limiter ou de supprimer la guerre, parce que nous estimons que l’affirmation d’un idéal est efficace et compatible avec la science positive. Le plan doit varier aussi selon les disciplines. A lhistorien convient l’or-
dre chronologique; au juriste, celui du code fournit des points de repère tout indiqués. Nous avons emprunté à la psychologie et à la sociologie l’idée directrice qui donnera à notre étude son unité supérieure : Pidée de but, d'adaptation et de fonction nous à fourni une ossature à peu près complète et en tout cas assez ample.
Ce cadre n'est-il même pas #rop vaste? Donner une appréciation d'ensemble de la guerre dans tous les temps et tous Les pays serait une tâche telle que, même en excluant les détails et les données historiques de nature à appuyer les affirmations, elle ne pourrait être l’œuvre d’un seul. Mais nous n'avons fait que coordonner, et non pas seulement juxtaposer, les données fournies par d’autres. Nous avons construit un édifice dont les pierres, pour la plupart, ne furent point taillées par nous, ou, pour emprunter la gracieuse image de Montaigne : € Jai faict 1ey un amas de fleurs estrangières, n’y ayant mis du mien que ce qui sert à les lier ! ».
4. La reconnaissance nous fait un devoir d'inscrire en tête de cette étude, outre les noms des écrivains cités plus loin: Aug. Comte, Clausewitz, Nietzsche, Spencer, Tarde, etc..., ceux des personnes qui, soit personnellement, soit par l’enseignement de leurs idées ou l’exemple de leurs actes, nous ont donné des encouragements précieux et des conseils éclairés: Fr. Passy, E. Ducommun, H. La Fontaine, G. Moch, Baronne B. von Suttner, d’Estournelles de Constant, E. Arnaud, R. Worms, H.-A, Moulin, etc...
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