CRITIQUE DE JOSEPH DE MAISTRE LA
phon, à Vauban, qu’on doit la science économique. Au milieu: des orages politiques, « les soldats se montrent généralement défenseurs intrépides des maximes antiques » ; en toutes circonstances, 1ls sont très pieux. « Rien ne s'accorde en ce monde comme lesprit religieux et lesprit militaire ». La licence des camps ? (Elle est grande sans doute, mais le soldat communément ne trouve pas ces vices dans les camps. il les y porte. » L'état militaire « naffaiblit nullement les vertus douces » : les caractères les plus tendres aiment la guerre, la désirent et la font avec passion. Ce jeune homme aimable, qui hierse serait trouvé mal s’il avait écrasé le canari de sa sœur, & s’élance, monte aujourd’hui sur un monceau de cadavres, pour voir plus loin, et il viendra jusqu’à l’enthousiasme du carnage... Au milieu du sang qu’il fait couler, le véritable guerrier est humain, comme l'épouse est chaste dans les transports de Pamour. Dès qu’il a remis Pépée dans le fourreau, la sainte humanité reprend ses droits. »
De la part de celui qui voit là un signe de particulière mansuétude, 1l ne faut s’étonner d’aucun paradoxe. Joseph de Maistre sépare, dans la nature humaine, ce qui est humain et ce qui ne l’est pas, il oppose l'intelligence qui condamne la guerre et l’instinct qui nous y pousse, et se demande, — étant donné (par pétition de principe) que la première vient de l’homme, — quelle est l’origine du second. Au lieu de le rattacher à la bestialité, qui provient d’un état originaire dont nous nous éloignons et contre laquelle nous devons lutter, il attribue ce qu’il y à d € inhumain » et de pire en nous, à Dieu. Il lexalte. Dieu seul peut avoir voulu ce qu’il appelle : folie (t. IT, p. 2), chose révoltante (p. 3), fléau dévastateur, terrible (p. 24, #8. 391). La guerre lui paraît trop absurde pour n'être pas mystérieuse : mais la démence, le crimé ne seraient-ils pas également incompréhensibles, done divins, si lon s’obstinait à ne pas les expliquer naturellement ? La guerre n’étonne pas lorsqu'on léclaire aux lumières de l'observation : Pexamen du mécanisme de son impulsion montre qu’elle est dûe à l’unilatéralité, à l’exagération de puissance et d’exclusivisme des désirs, ete... L’admiration du guerrier ne résiste pas davantage à analyse ! : il est
4. Thonissen réfute longuement De Maistre, (La g. et la phil. de l'hist., Mélanges d’hist, p. 60 à 93; et Ac. de Belg., 1860, 1, p. 211 s.) La gloire militaire n’a rien de mystérieux : la guerre étant l’arbitre suprême, le soldat occupe la première place dans la hiérarchie sociale. Le bourreau tue sans gloire, car il tuesans péril. Les idées de J. de M. sont antichrétiennes. — Fayet (De la paix perp.,
bien naturel que nous applaudissions et encouragions celui qui se charge de défendre notre vie: €on ne saurait le charger à meilleur marché de la commission »; le respect que nous lui accordons participe à l’idée, souvent inexacte, de respectabilité de la cause soutenue. L’enthousiasme pour le soldat est plus accentué chez l'enfant et chez la femme (à qui, surtout, il paraît comme un protecteur) : serait-ce, pour eux, un signe de supériorité? — Sa manie de voir partout du caché et du surnaturel est si grande qu’il s'étonne que les grands capitaines aient été à l’abri des coups du sort : il est probable que s’ils n’avaient pas échappé à la mort, ils n’auraient pas été tels. Pour expliquer qu'ils ne sont point frappés, il suffisait de constater qu'ils ne se jettent pas dans la mêlée.
Contre le & triste et douloureux refrain »: la guerre est divine, maints auteurs ont protesté !. € Toute loi divine, dit un prêtre ?, doit être juste et sans exception. Or la loi de sang et d’expiation n’a ni le caractère de justice ni celui de généralité : elle ne frappe que les plus jeunes et presque toujours les moins coupables et non les femmes. Est-ce donc que le vice ne flétrit pas le beau sexe ? L’Ecriture ne contient que la réprobation de la guerre et des sacrifices. »(?) On pourrait peut-être concilier Pinstitution des batailles avec celle de la Providence en répétant, avec saint Thomas, que Dieu ne peut être Pauteur du mal moral: la guerre serait donc diabolique.
De Maistre a senti l'insuffisance des explications simplistes qui attribuaient la guerre au seul caprice des princes et attendaient de la chute des rois lavénement de l’ère de fraternité ? : mais 1l n’a pas réussi à donner une explication adéquate. La sienne est profonde, — profonde comme le vide. Il a vu le néant
p. 142 s.) : La gloire s’explique si la cause est juste, par sa justice ; si elle est injuste, par l’erreur du peuple. L'homme, libre et moral, peut échapper à la loi de destruction.
4. Portalis, Ac. se. mor., t. 38, p. 11 s. — J. Barni, La morale dans la démocr., p. 246 s. (réfute aussi Cousin et Proudhon). — Lamartine, Cours familier de liltérature. — H, Dumesnil, La qg., p. 111 : méchanceté, divagation cruelle. — R. P, Perraud, L’évangile de la paix, p. 15 s. — J. de Triac, G. et christian., p. 4 s, 30, 82, 93.: la raison, la morale, qui sont divines, condamnent la guerre. Dieu la su pporte au même titre que l’assassinat, — Revon, J. de M. (Nelte Rev , 1892, p. 418. 716, ou broch.) doute que ce soit chrétien, J, de M, est fait de contrastes : ange et démon.
2. Garaude, La g., p. 193 s; Dissert. sur la g., p. 23 s (réponse à l’abbé aArtice, Portraits limousins).
3. 1b., p. 3 : Les souverains ne commandent efficacement et d’une manière durable que dans le cercle des choses avouées par l’opinion, et ce cercle ce n’est pas eux qui le tracent.