‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 317 sur 471 · JOUFFROY, LERMINIER · texte numérisé non relu

JOUFFROY, LERMINIER

de cette mission sans entrailles et sans miséricorde » qui fonde un monde nouveau. Les Barbares viennent à leur heure pour purifier ce monde lorsqu'il s’est avili ; ils n'exterminent pas, ils se fondent en lui et lui infusent un sang nouveau. Les Croisades font connaître et imiter l'Orient !, elles portent le premier coup à la féodalité. Les luttes du sacerdoce et de l'empire, des Guelfes et des Gibelins, de la catholicité contre la réforme, ne sont pas autre chose que le combat du génie du Nord et du génie du Midi (?), « Pun sévère, sombre, individuel, profond, apportant à l'Europe vigueur et nouveauté; l’autre, toujours riche, non épuisé par des siècles de gloire et de fécondité, extérieur, riant, théâtral, passionné. » L’Angleterre et la France croient par leurs batailles ne satisfaire que leur inimitié : elles travaillent pourtant, à leur insu, au développement de l'Europe. (Les guerres d'Italie, a-t-on prétendu aussi, ont suscité la Renaissance, celles de Louis XIV ont fait de leur siècle un des plus grands qui soient. Les armées de la République ont promené nos € immortels principes » à travers Europe). Napoléon a (mieux compris qu'aucun capitaine la mission de la guerre et il l’a accomplie de la manière la plus humaine : il la faisait pour amener les rois et les peuples à ses idées, il voulait les persuader. » La guerre, conclut Lerminier est « le droit de Phomme et de lhumanité : par elle l’homme se défend; par elle Phumanité marche... Elle est naturelle ? et sociale. Quand elle est justement agressive, elle développe la civilisation du monde ; l’homme a le droit, étant intelligent, de convertir et de conquérir ce qui lui est inférieur : c’est la persuasion à main armée. »

Il préconise, au lieu des conquêtes, égoïstes et folles, les guerres d'expérience d'idées, d’assiette sociale. Tel est laboutissement naturel des apologies.

1. On leur doit l’usage des moulins à vent et de certaines armures. On leur attribue (E. H. Guize, Le milit., p. 6) la découverte de la poudre à canon, de la boussole, de l’imprimerie. Les deux premiers faits vaudraient-ils le sacrifice de millions d’hommes ?

2. La guerre est naturelle, répètent à.l’envi Jähns, Tzschirner, Lerminier. Mais tout n’est-il pas naturel? Ou bien, si l’on restreint le sens du mot à ce qui n’est pas l’œuvre réfléchie de l’homme, tous les instincts, même les plus mauvais, sont naturels. — On ne peut dire non plus : la guerre est bonne parce qu’elle a toujours existé. Ce n’est pas être bon que d’exister, sinon tout serait bon : or nous savons qu’il y à un criterium de l'idéal à côté du fait. De plus un fait peut avoir été bon, puis avoir cessé de l’être.

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