OPPOSITION ET ADAPTATION
ses, deux écoles... : ces combats ont lieu non pas principalement entre peuples, mais € dans le champ clos du cerveau » ou entre individus.
Ce n’est même pas à vrai dire, Popposition, l’élimination, qui font le progrès : elles entraînent des déperditions de forces, parce que ces forces s’y nient réciproquement. Le progrès véritable, positif, ne consiste pas à supprimer, mais à ajouter : or la guerre, la lutte, ne créent rien, elles détruisent seulement ; ce qui crée, c’est l'invention, l'adaptation. Ainsi une langue progresse non quand on abandonne un mot ou lorsqu'on lui en substitue un autre, mais lorsqu'on en crée un pour exprimer une nuance; une science progresse non parce qu’on supprime un principe, mais parce qu'on en admet un nouveau, plus conforme à la réalité : la destruction des préjugés prépare et facilite le développement moral, mais elle ne l’opère pas. L’industrie se perfectionne non par la concurrence qui supprime un procédé, mais par linvention d’un mieux adapté, plus économique. L’avancement de l’art militaire lui-même résulte € non des batailles, mais d’inventions principalement industrielles, artistiques ou autres, que la guerre n’a en rien produites ni favorisées, qu’elle a au contraire fait avorter souvent et dont elle a seulement suggéré çà et là l’application à l’armement et à la tactique. Les batailles navales ont englouti, pendant l’antiquité et le moyen âge, d'innombrables escadres sans modifier le type de la trirème. » L'invention de la poudre n’est pas née du fracas des combats, mais du rêve des alchimistes. La boussole a été inventée par les pacifiques Chinois, la navigation à vapeur par Pingénieur de Jouffroy et par Fulton. € Qu'on cite une grande bataille qui ait engendré un progrès décisif de l’art militaire !.. La cause des inventions est la méditation harmonieusement systématique d’un cerveau génial. En somme le progrès en tout genre est le fruit non de la lutte, de la concurrence, de la discussion même, mais de la série des bonnes idées apparues dans d’ingénieux cerveaux et appropriées à leur temps : de l’adaptation et non de l’opposition !. » Ainsi les guerres, qui eurent autrefois une influence, bonne ou mauvaise, mais assez considérable, sur la société, tendent à avoir un rôle moindre que les diverses concurrences, collectives et individuelles, et celles-
1. Id., L’oppos. univ., p. 371$; Lois soc., p. 107; Psychol. soc., p. 11, 284 : La discussion, le militarisme verbal et verbeux est la cause du progrès? Autant dire que les promoteurs de la science sont les congrès el non les laboratoires,
ci sont tempérées par la solidarité. Pas plus qu’il ne doit la prendre comme moyen, l’homme n’a done pas à prendre la guerre pour une fin idéale de son activité.
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L’apologie, outre qu’elle repose sur des erreurs, présente un danger par ses conséquences. Elle est de nature à favoriser la venue des hostilités, car le moindre souffle, qui s'ajoute au vent de tempête soulevé par les conflits internationaux, peut déchainer l'ouragan, tandis que linhibition entraînée par la réprobation de ses effets généraux empêcherait peut-être le malheur. Bien plus, sa conclusion logique serait d’y pousser systématiquement. Nous prendrons les devants en lPexposant et en la réfutant.
A côté des buts et des effets particuliers d’une guerre donnée, comme la vengeance de tel outrage, l'acquisition de telle province, toute guerre comporte, en effet, des résultats communs à toutes ou à certaines catégories, alors même qu’ils ne sont pas aperçus ou visés, tels que le développement de certaines aptitudes, le renforcement de l'autorité politique, etc... Si on les juge bons, ne doit-on pas proposer de prendre ces effets comme buts? Et alors ils détermineraient les hostilités soit en s’ajoutant à d’autres, impulsifs ou réfléchis, du côté desquels ils font pencher la balance, soit sans aucun mobile spécial essentiel et par cette seule raison générale ‘ qu’ils sont indispensables à la vie ou à la santé des nations.
Sont-ce là sophismes, vaines subtilités ou distinctions sans intérêt? Nous le croyons pas. Outre qu’elle présente un intérêt doctrinal, cette catégorie d’actions (difficile à distinguer par ce seul criterium psychologique et sans signe matériel) correspond à des maximes et à des réalités effectives, tant chez les indivivus que dans les Etats, et elle entraine des conséquences particulières. Les individus, en l'absence de toute raison spéciale déterminante, continuent néanmoins à exécuter certaines actions comme un sport, non pour elles-mêmes, mais pour la catégorie à laquelle elles appartiennent par leurs effets généraux. S'ils conservaient quelques raisons génériques, il serait peut-