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CONSÉQUENCES DE L’APOLOGIE : LA GUERRE COMME SPORT

être bon que les combats, devenus inutiles aux autres points de vue, demeurassent sous la forme de sports, de même que l’arméeet les exercices préparatoires (car on passe facilement de la louange de la vie militaire en temps d’hostilités à celle du temps de paix, et même, en célébrant les bienfaits de la caserne, on est bien près d'admettre qu’en l’absence de luttes, il faudrait la maintenir). Ce serait là, la guerre non pas comme fin en soi mais comme moyen en vue de ses effets généraux; non pas désirée pour elle-même par une impulsion directe, mais téléologique et issue du désir de certains effets combinés avec l’idée qu’elle est le moyen de les atteindre. On voudrait non pas telle guerre, Mais une guerre.

Ces résultats généraux ont existé de tout temps, même avant qu’on les ait observés et visés. Pour qu’on remarquât leur lien de causalité, souvent indirect et caché, qu'on prévit leur réalisation par un fait éventuel, et que, de non-voulus, ils devinssent objet de volonté, si on les jugeait bons, il fallut la présence d'idées abstraites, d'observation scientifique de nombreux exemples (exigeant des moyens d'investigation et de conservation). Cela supposait un développement psychologique qui survint assez tard et chez un nombre restreint de personnes. Aussi les elfets qui sont devenus des buts furent-ils d’abord ceux qui profitaient à une élite. Les chefs même ne possédaient pas dès Pabord une mentalité suffisante pour s’apercevoir que, l’état de lutte extérieure renforçant leur autorité, ils avaient un intérêt apparent à s’y livrer. On a vu des guerres exécutées en vue d’un effet général profitable à une classe! : aucun peuple n’en a accompli consciemment pour stimuler sa propre énergie. À mesure que Pintelligence se développe, que l’on conçoit des notions plus abstraites, que l’on découvre ou croit découvrir des résultats autrefois ignorés ou très généraux (intégration, différenciation, maintien de la vie, raison d’en goûter les joies... ?), il serait loisible d’en tenir compte dans la délibération.

A. Classe parfois nombreuse, L’esclavage devint un but après avoir été le résultat non visé d’expéditions faites pour d’autres mobiles. Il en fut de même d’autres effets sinon fortuits, du moins non inhérents à toute guerre et dont l’avantage apparent était peu compliqué à concevoir.

2. La comparaison, souvent répétée, entre l’utilité, la nécessité, l’inéluctabilité de la douleur et celles qu’on attribue à la guerre est foncièrement inexacte : la douleur, outre qu’elle fait ressortir le plaisir, présente l’incontestable utilité d’être, en général, un signe avertisseur de la nocuité de l’acte. On dit aussi qu’aucun enfantement n’a lieu sans douleur ni sang versé, aucune production sans destruction : mais féconds dans ce cas, ces inconvénients sont stériles dans la guerre.

Le type n’est pas imaginaire. [1 se trouve, non formulé, au fond de la plupart des apologies. Les fhéoriciens qui croient que l'effet de toute manifestation de la force est de créer le droit se montrent naturellement peu exigeants quant aux conditions à remplir par le but concret : ils doivent même, en bonne logique, considérer toute guerre comme juste, puisque, même si on n’invoque pas un droit pour l’entreprendre on en obtiendra pourtant un par la victoire (Proudhon). La même tendance se retrouve, embryonnaire, chez tous les auteurs qui admettent la guerre soit sans autre motif que d'enlever leur terres aux incapables (Rüssler, Jhering), soit simplement pour établir de nouveaux rapports (Lasson), soit encore pour acquérir, par une agression, de nouvelles conditions de vie, indispensables au développement de ses propres forces (Trendelenburg !).

D’autres écrivains, heureusement plus rares encore, ne se contentent pas de justifier des guerres sans motifs : ils proposent, ils conseillent de les réaliser. L’historien du peuple allemand Heinrich Leo s’écrie impudemment : « Que Dieu nous délivre de l’inertie des peuples européens et nous fasse présent d’une bonne guerre, fraiche, joyeuse, qui traverse l’Europe avec fureur, passe la population au crible et nous débarrasse de la canaiïlle scrofuleuse (?) qui emplit l’espace et le rend trop étroit pour les autres, afin que l’on puisse encore mener une vie humaine convenable dans l'air méphitique où l’on suffoque ?. » En 1873, dans une leçon sur la guerre et les arts, Fréd. Vischer (v. infra) célébrait la beauté du terrible et conseillait la guerre comme un remède aux ennuis de Pexistence commune *. Le cours d'histoire militaire professé en 1882 à l'Ecole supérieure de guerre à Paris contenait ‘ les lignes suivantes : « Si la guerre a réellement pour base laspiration de humanité au progrès moral et matériel, 11 est très important que chaque génération en subisse l'influence fortifiante et que les traditions s’en transmettent directement des pères aux fils. I} s’ensuit qu’on doit désirer voir la guerre se produire au moins tous les vingt ans. Les intérêts

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