CARACTÈRE BELLIQUEUX DES MONARQUES
sent pour des mobiles futiles, se retrouvent, hélas! chez maint individu contemporain et même dans des nations et des races entières. Ils forment une grande partie de ce qu’on est convenu d'appeler l’imperfection morale de l’homme, et cette imperfection est une cause toujours agissante de conflits et de batailles. Des instincts belliqueux, hérités des ancêtres, dorment au fond de nous-mêmes ; ils n’attendent qu’une occasion pour se manifester et souvent même ils la guettent, avides de se satisfaire. Ge besoin de lutte, cette brutalité, nous ont été légués par des générations qui ont vécu dans un milieu où ces penchants à la violence étaient sinon indispensables, du moins inévitables. Ce milieu étant disparu depuis des siècles, ils n’ont plus de raison d’être, et, loin de nous protéger, ils nous exposent sans cesse à toutes sortes de périls inutiles.
Ils sont dangereux surtout chez les gouvernants, parce que la guerre dépend en partie de la fougue de leur caractère, et malheureusement assez fréquents chez eux. L'exercice d’un pouvoir presque sans contradiction, surtout s’il est absolu, tend à engendrer, chez celui qui s’y livre et chez ses descendants, les conséquences les plus funestes quant au bon équilibre de sa volonté !., Guglielmo Ferrero? à précisé ainsi la psychologie pathologique des conquérants: ce sont des € mélancoliques-violents des misanthropes pétris d’orgueil, tourmentés d’une fureur et d’un mécontentement continuels, d’un besoin insatiable d’excitation. » Ils veulent secouer par de violentes émotions, par celles de la guerre notamment, cette tristesse et cette inquiétude internes. De là humeur brutale ou litigieuse de leur politique.
Comparant, en son Jistoire de la civilisation, la façon de gouverner de Charles le Téméraire avec celle de Louis XI, Guizot marque la promptitude qui résulte de Pimpulsivité du premier : «Charles est le représentant de Pancienne façon de gouverner : il ne procède que par la violence, il en appelle constamment à la guerre, il est hors d’état de prendre patience, de s'adresser à l’esprit des hommes pour en faire un instrument de son succès. » Frédéric IT avoue dans ses Mémoires : & Des trou-
1, Longuement et brillamment.décrites par le docteur P. Jacoby (Etudes sur la sélection dans ses rapports avec l’hérédilé chez l'homme, 1904. 1e P.: Le pouvoir ; 2e P.: Le talent.)
2, Il mililarismo, p. 1. — P. 11: Napoleone fu un secondo Altila... ma cosi simigliante lui, moralmente, da sembrarne il fralello: un carattere anche egli, falto di tristezza e di ledio cronici, di orgoglio e di violensa. (V. aussi p. 284 et trad.)
pes toujours prêtes à agir, mon épargne bien remplie, la vivacité de mon caractère, l'ambition, le désir de faire parler de moi, (et non les titres périmés des Hohenzollern sur les duchés Silésiens), c’étaient les raisons que j'avais de faire la guerre à Marie-Thérèse. » Napoléon éprouvait un besoin prodigieux d’activité ; le désir de donner une occupation à son esprit le poussa dans une certaine mesure à entreprendre quelques-unes de ses campagnes !. Après sa campagne de 1812, il fit cet aveu de son agressivité : € Alexandre et moi, nous étions comme deux coqs, prêts à nous battre sans savoir pourquoi. IT nous eût fallu deux ministres capables d'entrer en négociations ; on eût évité bien des malheurs ?. » On prétend même * que, quelqu'un lui ayant demandé dans quel but il faisait la guerre, 11 répondit qu’il n’en savait ren.
Au caractère brutal se joignent, notamment chez ce dernier, comme de puissants facteurs de guerre € le désir de savourer l'ivresse du succès, qui, selon Novicow, fut le mobile véritable des hommes politiques de tous les temps, ainsi que l'espoir caressé des cérémonies du triomphe, les louanges des courtisans, la déconfiture des adversaires. » Napoléon eût voulu que tous les rois assistassent à son couronnement...
L’humeur belliqueuse des monarques est loin malheureusement d’être la seule cause des guerres, comme Pont cru parfois des auteurs superficiels; sinon il serait bien facile de se mettre à abri contre l'effet en se débarrassant de la cause. Les peuples, eux aussi, ont des passions hostiles, de Porgueil et des haines ; leur participation aux opérations guerrières ne s'explique pas autrement en grande partie: ils ne s’assimilent pas le but des guerres, qui ne les touchent pas et dont ils ne sont même pas tou- Jours conscients (car, seule, une élite à des volitions relatives à la collectivité), 11s ne sont donc poussés, en dehors de Pintérêt personnel qu’ils ont à obéir à la consigne, que par des mobiles puisés dans les instincts sociaux ou dans leur combativité naturelle. Et il est impossible de croire que la consigne prédomine, que des centaines de milliers d’hommes se laisseraient ainsi guider par les fantaisies de leurs princes. Elles seraient bien viles, les populations qui, sans désir personnel, s’en iraient, sur un ordre, courir les champs de bataille et semer la mort! Elles