PROCÉDÉS PRÉFÉRABLES EN VUE DES EFFETS GÉNÉRAUX
cherchaient à en atténuer les maux : cela ne lui enlève en rien son caractère atroce, bien au contraire. Cela équivaut à louanger le crime du châtiment, la maladie de l'hygiène, de la découverte des instruments chirurgicaux, de l’habileté et du dévouement des médecins, de la philanthropie. Conserver les batailles pour ce motif, ce serait souhaiter la maladie afin qu'outils et qualités conservent leur usage ; ce serait proposer, si les crimes venaient à manquer, non de supprimer la police qui possède des qualités en vue de les combattre, mais de commettre des crimes pour conserver la police et ces qualités. On n’a pas à s’arrèter à de pareilles sottises. On salue les victimes de la guerre, comme celles des fléaux, tout en s’efforçant d’en restreindre le nombre.
Si rares que soient ses effets bons, ne faudrait-il pas regretter qu’en la supprimant en tout ou en partie, on les fasse disparaître du même coup? Cette éventualité, qui ne serait pas de nature à déconseiller la paix générale si elle était possible, appelle cependant quelque remède. Ces bienfaits ne disparaïitraient pas forcément, parce qu’ils ne sont pas Spéciaux auæ guerres, mais communs à une catégorie beaucoup plus générale d'actes. Qu'est-ce done — troisième point de la critique — qui doit déterminer le choix entre la guerre et un autre procédé ?
Deux catégories de moyens s'offrent, pour une nation, de ne pas dégénérer, de conserver sa santé, sa fermeté : ou bien, selon les apologistes, déchainer de temps en temps une bonne guerre, procédé unique, bon à tout faire, accidentel; ou bien, par des procédés variés, maintenir, grâce à un effort constant, son esprit, ses institutions, son activité. La logique, Péconomie, la téléologie, l'idéal des relations sans cesse plus coordonnées, doivent faire préférer la seconde catégorie.
La guerre, d’abord, n’est pas indispensable. Elle ne l’est pas — cela va sans dire — lorsqu'on poursuit un résultat dont elle n’est qu'apparemment, et non réellement, la cause; mais cela est vrai aussi dans les autres cas. Il est peut-être difficile, mais non impossible, de séparer les bons effets, des mauvais el, par conséquent, de la guerre, afin de les poursuivre isolément. Cette dissociation assurerait les mêmes avantages sans avoir les mêmes inconvénients : la guerre n’est donc pas le moyen le meilleur pour atteindre les premiers. Quels sont donc les procédés préférables ? Ils varient suivant le temps et les circonstances, et sont multitude, car peu d'actes ont un passif aussi considé-
rable. Plusieurs sont déjà employés concurremment avec elle et tendent à se développer (v. supra). On peut en imaginer une infinité d’autres qui présentent cette double et peu exigeante condition, de produire les mêmes avantages sans reproduire ses innombrables méfaits, et on doit accepter cette manière d’être comme un mobile général pour les lui substituer systématiquement.
La lutte contre les forces de la nature, contre les fléaux ou les maladies, contre la guerre elle-même, offre des résistances égales, des occasions de sacrifice et une beauté supérieures. Les luttes entre hommes, les concurrences de divers ordres (économique, intellectuel...) produisent, une plus heureuse émulation entre les peuples ; loin d’avoir à les développer, on en souffre plutôt actuellement par excès : elles s’ Cintensifient » à mesure que s’élargit leur champ et que diminuent d’étendue les cercles non-concurrents, notamment par suite des facilités de communication. À supposer que la guerre favorise le développement physique et mental, 11 suffirait d’y substituer des systèmes rationnels de culture physique et intellectuelle. S'il fallait en hâter le progrès, peu rapide si on se borne à accroître les variations favorables, on n'aurait qu'à y ajouter une élimination scientifique des sujets qui les présentent au degré moindre, une sélection artificielle des criminels, anormaux, et antisociaux (on à même proposé de se préserver des déchets sociaux en les utilisant ou en les empêchant de se reproduire), ou bien à laisser faire la nature, {a sélection naturelle, qui s'opère d'elle-même sans qu’on y aide. Ce serait, à coup sûr, moins paradoxal que d'encourager la guerre dans le même dessein.
Soit! dira-t-on, cette dissociation est désirable, possible théoriquement, et l’évolution naturelle y tend ; mais est-ce par des raisonnements qu'on en hâtera artificiellement lavénement ? Le nier serait contester l’efficacité de la logique et de la téléotogie humaines, et celle de la conception et de l’adoption d’un idéal : or cette puissance croît, dans la série des actes, du jeu au travail et du travail au sport. Tout, — dans ce dernier cas, d’un acte choisi à raison de ses effets généraux parmi une catégorie qui, par hypothèse, en possède d’analogues, — tout se ramène à un changement de conviction, à la possibilité d’une démonstraüon pacifique. Or lidéal positif condamne le crime international et tend vers sa disparition. — I] s’agit surtout de l'efficacité relative de la théorie pacifique et des apologies. Ceux qui espèrent,