‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 332 sur 471 · SAINT-SIMON. — AUG, COMTE : LOI DES TROIS ÉTATS · texte numérisé non relu

SAINT-SIMON. — AUG, COMTE : LOI DES TROIS ÉTATS

guerre avait lieu pour elle-même ou pour des but politiques ; dans la période intermédiaire, elle subsista, mais subordonnée à l’industrialisme : d’où les guerres commerciales ; dans la troisième période, il n’y a plus de guerres : Pindustrialisme les supprime !, — En ajoutant un état intermédiaire et en établissant une division tripartite analogue dans le domaine spirituel, on rétablit dans son intégrité la fameuse loi des trois états ?. — Cette loi, à la fois dynamique et progressive, repose sur la correspondance des deux états, temporel et spirituel, provisoires : de l’état militaire ou féodal avec l’état religieux ou théologique ; puis, comme intermédiaires, de l’état des légistes avec l’état métaphysique; et enfin, dans Pétat définitif, susceptible d’un développement quasi illimité, de Pindustrie avec la science.

Il ne suffisait pas de constater € inévitable tendance primitive de humanité à une vie principalement militaire et sa destination finale, non moins irrésistible, à une existence essentiellement industrielle », — il fallait les expliquer. Auguste Comte montre que Pactivité guerrière était rendue inévitable à l’origine par les penchants prépondérants de l'homme pendant cette phase (Et. V, p. 126) et spécialement par son invincible antipathie pour tout travail régulier (t. IV, p. 505). La guerre était d’ailleurs le moyen le plus simple de se procurer la subsistance. Elle remplissait en outre Ç un éminent et indispensable office, au moins provisoire », dans la progression générale de l’humanité, en créant un état de choses que l’activité industrielle présupposait : par la réunion de familles isolées (t. IV, p. 506), par Pimpression d’un caractère stable et progressif à l’organisation politique, par l’imposition d’habitudes de régularité et de diseipline qui n’auraient pu être autrement produites, Seule la nécessité d’une expédition militaire ou de la défense commune était un mobile assez énergique pour établir le concours et la subordination. Les sociétés primitives ne pouvaient € apprendre lordre à aucune autre école que celle de la guerre. » L'activité

béissance passive (Cf. Spencer : coopérations volontaire et forcée). L’émancipation des communes a créé une propriété industrielle à côté de l’ancienne propriété féodale, d’origine militaire. — Cours de phil. pos., 3 éd., t. VI, p. 432 : incompatibilité de l’activité militaire avec l’esprit moderne; p. 537, il constate chez chacune des nations un accroissement de l’esprit industriel. — Conséquence pratique : rechercher les facteurs de supériorité industrielle plutôt que guerrière.

4, De même : Ingram, Hist. de l’éc. pol., p. 17, 81 : elle engendre en fin de compte un état de choses pacifique, impliquant sa propre élimination (Rome).

2, On en trouve déjà l’embryon chez Turgot, Cf. G. de Greef, Le transform. social, essai sur le progrès el le regrès des sociétés, ch. vx.

déprédatrice, en outre, a amené lesclavage qui a été une préparation à la vie industrielle (t. IV, p. 506-509). Le militarisme fut donc aussi érdispensable qu’inévitable. — Mais son rôle n’était que provisoire, par le fait qu’il consistait dans la préparation de Pindustrialisme. Son importance à dû constamment décroitre, à mesure que la vie industrielle se développait. Et celle-ci l’emporta nécessairement parce qu’elle possède cette admirable propriété de pouvoir être prospère chez tous, sans que l'essor des uns soit nuisible à celui des autres, — caractère qui la rend supérieure à l’activité militaire. dont le profit pour Pun est fait de la compression des autres. Le militarisme eut rempli sa & destination » lorsque la majeure partie du monde civilisé s’est trouvée réunie sous une même domination (Rome) : dès lors Pindustrialisme était susceptible d’un développement sans limites, landis que l’activité guerrière, à la fois sans objet et sans aliment devait dépérir d’une façon croissante et continue (t. IV, p. 509-510) '. Malgré leur enchaïinement nécessaire, 1] a fallu entre ces deux types trop radicalement opposés une phase intermédiaire : celle des légistes, qui n’est pas encore terminée à l’époque de Comte (b.).

Pour compléter son explication, Comte expose le parallélisme nécessaire entre l’évolution temporelle et l’évolution spirituelle. Le rmnilitarisme est intimement lié à Pétat religieuæ, seul possible à l’époque primitive : l'autorité religieuse est seule capable d’établir la subordination complète et prolongée nécessaire à lactivité guerrière et plus tard les convictions théologiques seules sont aptes à faire bénéficier les chef militaires de la confiance aveugle qu’exige le concours inconditionné de leurs subordonnés; inversement le régime militaire contribue efficacement à consolider et à étendre l’autorité théologique. La science et l’industrie sont unies par leur similitude d’origine et de destination, leur conformité de principes et d’intérêts : l’industrie est subordonnée à la science, l’action de l’homme sur le monde extérieur, à la connaissance des lois de la nature. Chacun concourt à faire triompher Pautre : l'esprit scientifique est antipathique au militarisme, lesprit industriel à la théologie et réciproquement. Enfin nous voyons à l’œuvre, de compagnie, mélaphysiciens et légistes.

1. Aut. VI, p. 45, Comte semble considérer le développement industriel comme

causé par l’emploi à l’industrie du trop plein d'activité que la diminution du but militaire laissait inoccupée.

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