‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 338 sur 471 · UTILITÉ DISPARUE, INUTILITÉ ACTUELLE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

UTILITÉ DISPARUE, INUTILITÉ ACTUELLE DE LA GUERRE

plus aptes : la guerre entre les hommes, comme la guerre entre les animaux, a, dit-il, ainsi largement contribué à élever le niveau de leur organisation ! : elle a supprimé les races les moins aptes à s’accommoder à leurs conditions d'existence, développé l'activité fonctionnelle, l'intelligence, les qualités physiques et certains traits valeureux de caractère, encouragé lindustrie dont l'effort était suscité par les demandes impératives de la lutte. L’arme a précédé l'outil, et, s'il n’avait fabriqué d’abord des armes, l’homme eût-il jamais produit les outils? Un autre bienfait non moins grand a été la formation de vastes sociétés : la force seule à pu souder les petites tribus nomades ; la conquête amena parfois des réunions permanentes : or cette agrégation est le préliminaire indispensable à l’avancemént de l’industrie (et par conséquent des sciences, des arts, etc...) qui exige un nombre considérable de coopérants et de consommateurs. Par la guerre s’opèrent l'intégration, la différenciation politiques, et la fondation de la propriété foncière, même individuelle, attribuée à ceux qui portent les armes et à eux seuls. (p. 400, 730 s. ; infra : Effets pol. et écon.)

L’habitude du travail et Phabitude de se soumettre aux exigences sociales sont aussi des produits indirects de la vie militaire. La coercition de la guerre, seule, pouvait forcer à un travail continu le primitif, naturellement peu enclin à l'effort persistant ; la discipline a habitué à la soumission à un maitre, à un gouvernement personnel, puis impersonnel, et enfin à la loi morale. € Tant que durent la barbarie et l'enfance de la civilisation, la guerre a donc pour ellet d’exterminer les sociétés faibles et de purger les sociétés plus fortes de leurs membres faibles ; elle favorise ainsi doublement le développement de précieuses facultés physiques et intellectuelles... Mais, passé un certain stade de progrès, elle devient une cause de recul physique et intellectuel » (6b., p. 214). Lorsqu'elle exposait tous les adultes mâles, les plus forts et les plus rapides survivaient ; depuis qu’une partie seulement des nationaux est prise par l'armée, Qil y a tendance à choisir et à exposer à la mort les mieux constitués et les plus robustes et à laisser pour la reproduction les individus physiquement inférieurs... L'armée agit donc for-

4. Intr. à la sc. soc., p. 210$, — R. de la Grasserie, La funz. sociol. della g., p. #s; Pr. sociol. de la criminol., p. 430 s : primitivement, la victoire prouve la supériorité anthropologique, produit une fécondation intellectuelle et une régénéra-

tion physique, permet l’expansion de la race supérieure triomphatrice; c’est une puissante propagande par le fait.

cément dans le sens d’une détérioration de la race. » Lorsque, par suite de la saignée de la nation, les travaux pénibles retombent en partie sur les femmes, qui ont déjà la fatigue des enfants, une autre cause de dégénération physique entre en jeu. Au point de vue industriel et intellectuel, la guerre distrait Les bras, les matières, les capacités administratives el constructives qui eussent alimenté l’industrie et la science. Les époques militaires éprouvent le mépris de Pinstruction (Sparte, Féodalité). Au point de vue moral, l’activité guerrière détruit les sentiments sympathiques et même développe directement les sentiments agressifs au point que le mal causé à autrui devient un plaisir. On conserve dans la vie civile Fhabitude, prise sur les champs de bataille, d’être dur, de faire souffrir et de tuer.(’est une nécessité de la guerre qu’on n’y à égard qu’à soi : Pégoïsme supplante l’altruisme. « Aussi les habitudes civilisatrices qui développent la vie sociale sont-elles neutralisées par les habitudes anticivilisatrices qu'impose la guerre. L’homme ne peut commencer à sortir de la barbarie que lorsque le devoir de la vengeance du sang, qui constitue la religion du sauvage, commence à être moins sacré; de même les nations ne peuvent s’élever que s’il se produit un affaiblissement dans leur ardeur à tirer vengeance l’une de l’autre. » Elles doivent avoir avec leurs voisines une coopération plus intime qui condamne toute activité destructive exercée entre elles et ne se concilie qu'avec la concurrence industrielle 5 (p. 215 s).

Aujourd'hui, «la guerre a donné tout ce qu’elle pouvait. » L’occupation de la terre par les races les plus puissantes et les plus intelligentes est un bienfait en grande partie réalisé, du moins quant aux régions où la civilisation peut se développer ; ce qui reste à gagner le sera par la pression de la civilisation industrielle sur la barbarie qui recule. L'intégration des groupements politiques est poussée au point désirable, car l'harmonie complète n’est pas possible entre populations trop hétérogènes ; Qune fédération pacifique est le seul procédé de consolidation qu'on puisse prévoir. » Les rapports politiques et économiques basés sur la coercition n’ont plus d'avantages : il ne reste qu’à les adoucir, c’est-à-dire à combattre Pœuvre des guerres passées, en développant la coopération volontaire, — La faculté d’application au travail est déjà développée : la concurrence industrielle des sociétés libres achèvera ce qui reste à faire de ce

côté. Les avantages commerciaux qu’onen retirera sont un mo-

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