‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 359 sur 471 · INTUITION ET CALCUL. — LOI DU NOMBRE · texte numérisé non relu

INTUITION ET CALCUL. — LOI DU NOMBRE

grande importance. — Pas plus que le hasard, le commandement n’est toutefois la raison principale et permanente de la victoire. D'autre part, lorsqu'elle est réelle, la valeur d’un chef ne suppose pas davantage la valeur de son peuple et n’établit aucune correspondance entre le succès de ce peuple et sa supériorité 1. Si cette forme du talent qui consiste en l’habileté à tuer beaucoup donnait à son titulaire une supériorité ?, ce serait une supériorité militaire et non sociale.

Elément important et même, au dire de quelques-uns, unique, le nombre n’est pas beaucoup plus significatif. La loi du nombre, c’est, en partie, la loi de la prolificité et si la prolificité est un signe de valeur sociale, les Chinois sont de tous les peuples le plus éminent. Le nombre, 1l est vrai, n'est pas chose purement matérielle : 11 atteste la vitalité et la réunion des conditions nécessaires pour lemporter dans la bataille de la vie, tandis que les espèces qui possèdent peu de représentants sont en voie de disparaître *; et là vitalité générale suppose la santé, la vie morale et les bons rapports de famille #. L’accroissement de population implique aussi que la prévoyance égoïste ne l'emporte pas sur l'instinct de la génération ou sur le souci de lavenir de la race. La quantité des naissances ne suffit pas d’ailleurs à donner un chiffre élevé, si les enfants meurent prématurément : et, pour l’éviter, l'hygiène, la civilisation ont un grand rôle.

Utile, il l’est certes à un très haut degré dans la guerre, mais il l’est beaucoup moins pour la paix. L’actuelle civilisation exige qu'une multitude d'êtres humains s'appliquent aux travaux de l'industrie, de la science ou des arts, mais non qu’ils soient unis sous un commandement militaire en vue de combattre. Si La loi de majorité était réelle, elle éliminerait les petits Etats, et si elle était idéale. 11 faudrait aider dans cette tâche ; et pourtant la Suisse, la Belgique se maintiennent et valent sur le terrain in-

4. « Napoléon, à lui seul valait plus qu’une armée. Ce sont ses combinaisons stratégiques qui ont valu à la France près d’un quart de siècle de triomphe. » (G:! Bonnal ; Cel Rousset, ib., p. 2, 72.)

2, Channing, Disc. on war, p. 154 : le génie militaire est une des plus basses formes du génie, — G?l Dragomiroff (G. el paix, p. 36, 60, 80) s’évertue à démontrer l’influence des capacités des généraux (alors que Tolstoï « fait feu des quatre pieds » pour abaisser les personnalités dirigeantes et nier l'existence de génies de guerre): si la France avait été menée par un Desaix à la place d’un Napoléon, sa vie eùt été tout autre en 1796 et 1815 (Y eût-elle perdu ?) — Ge! Arnould, La q. dans l’imag. et dans la réalité, p. 21, 24: « De nos jours, il ne peut y avoir de grands génies militaires ; il n’en faut même pas désirer. »

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