ROLE DES INSTRUMENTS; DE L'INDUSTRIE, DE L'ARGENT
aux choses une place énorme à côté des hommes. Quand deux armées ou deux flottes sont en présence, on ne se demande pas seulement où sont les meilleurs soldats et les plus habiles généraux, on s’informe de la provenance des fusils, du diamètre des canons, du type des obus, de la qualité des blindages, de la vitesse qu'impriment aux navires leurs puissantes machines !. Or la possession d’armes perfectionnées, au jour de la bataille, exige, dès le temps de paix, une préparation et une émulation qui impliquent, si elles n’engendrent, une industrie développée*. — L'argent, plus que jamais, est le nerf de la guerre. Avec de bons soldats on se procurait autrefois de quoi soutenir les hostilités : la guerre nourrissait la guerre *. Il ne suffit plus, à l’heure actuelle, de donner aux soldats leur solde et leur subsistance : avant qu’ils puissent manifester leur vaillance et par là procurer des richesses ou du crédit à leur Etat, leur armement et leur dressage absorbent une mise de fonds considérable. Le capital remplit ici une fonction aussi indispensable qu’en toute entreprise. Si les opérations durent longtemps (Transvaal, Russie-Japon), le peuple dont la puissance économique est supérieure s’épuisera le plus lentement et réunira ainsi le plus de chances de réussite. L’or précède le fer et se montre parfois plus puissant que lui “.
Or, disent les partisans de la sélection guerrière, la richesse n’est pas un fait purement matériel; elle implique force, intelligence, énergie, esprit inventif, application, épargne, sécurité juridique, santé politique ; le vainqueur, par conséquent est supérieur au point de vue social. En utilisant aux fins de destruction l’outillage industriel, la marine, les chemins de fer, ainsi que les procédés économiques et financiers, — lévolution con-
4. Les nations civilisées sont à l’abri des atteintes de la barbarie, parce que l’emploi de leurs procédés de guerre suppose une science, un capital, une application et même une force morale auxquels ne peuvent atteindre les sauvages sans cesser d’être tels. — Cf. J.-B. Say, Éc. pol., l1. III, ch, 7; Darwin, La desc. de l’homme, t. I, p. 264; G. de Molinari, J. des Ec., 1883, t. 21, p. 51.