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STIMULATION DE LA FOI. — CONFIANCE ET PRÉSOMPTION

aussi odieux. Elle ne Pexcuse point. L’eæcès en cette matière est même non seulement immoral et, s’il réussit, propice à la survie des malhonnèêtes, mais dangereux pour ceux mêmes qui y recourent. Sans le soumettre à un froid caleul des chances, contraire à son essence irréfléchie !, on doit amener l’espoir à être tempéré et non illimité, sous peine de devenir une illusion, néfaste par sa chute. Si les événements opposaient un démenti trop fréquent, trop catégorique, aux pronostiqueurs, les combattants finiraient, par ne plus ajouter foi à leurs prévisions. L’assurance exagérée, le dédain de lPennemi n’encourageraient pas Pellort, puisqu'elles persuaderaient qu’un rien suffira à renverser Padversaire ?. Les dispositions d'esprit favorables en certaines circonstances se sont même parfois retournées contre leurs possesseurs : les plus habiles altérations de sens n’ont pas toujours empêché une nation superstitieuse de subir l'effet des mauvais présages, comme elle tenait compte des bons. Des batailles furent perdues parce qu’une armée, surprise par un phénomène astronomique (éclipse...), avait été saisie de terreur panique ÿ. La confiance dans la vaillance des compagnons d'armes et dans les qualités du matériel, qui est plus constante, doit donc être encouragée, de préférence à l’attente de certains événements, comme les succès immédiats *, qui peuvent ne pas se présenter. Lorsqu'on possède cette mutuelle estime, € on se jette volontiers en avant et dans la mêlée, on ne redoute pas le choc ? », même si l’on ne croit pas à une issue heureuse.

1. Ga! de Brack (Henry, La g., p. 157) : Le moral de l’homme de troupe, c’est le sentiment irréfléchi de sa force ou de sa faiblesse, celui qui de prime abord donne

confiance ou lerreur, » — Erasme exagérait : « Les gens de guerre sont animés d'autant plus de courage qu’ils ont moins de bon sens.» — On confond souvent

avec le courage le défaut de clairvoyance et de possession de soi, « l’indigence d’imagination grâce à laquelle certains hommes (Japonais...) ont moins que d'autres (Européens) conscience d’un péril imminent. »

2, « La prudence conseille de priser au juste l’ennemi qu’on connaît, et plus haut qu’il ne mérite celui qu’on ne connaît pas. On ne dédaigne pas impunément un ennemi, quel qu’il soit. » (Napoléon)

3. Bagehot, 46., p. 144 : la sélection militaire a donné l’avantage aux peuples dépourvus de fas et nefas. — Ces superstitions ont longtemps persisté. Jean de Legnano, Tract. univ. juris, de Bello, t. XVI, fol. 311, attribue à l’astrologie un rôle important dans la guerre,

4. La réussite ou l’échec dans les premières rencontres présentent d’ailleurs par eux-mêmes une grande importance, car ils renforcent ou affaiblissent l’espoir plus que proportionnellement à l’augmentation ou à la diminution des probabilités. — Marmont, 56., p. 15 : « Après une première victoire l’opinion remplace les «armes : c’est par la contagion que s’expliquent de nombreuses campagnes. »

5. Bugeaud; gal Thoumas, Les vertus mil., p. 121 : A la guerre, le premier élément du succès, e’est la confiance du soldat en ses camarades et en ses chefs. L’homme qui expose journellement sa vie a besoin de pouvoir compter sur ceux qui combattent à côté de lui. Une troupe qui se sent dans des mains habiles mar-

En tant qu’elle repose aussi sur le nombre des soldats et sur une longue préparation militaire commune, cette confiance ne correspond pas plus à une supériorité sociale que si elle se fonde sur leur valeur guerrière.

Le nombre et l'intensité des volontés individuelles ne ser viraient en effet à rien si elles ne convergeaient vers le but collectif. € L’union des âmes, qui suppose le nombre, le transfigure et le spiritualise. L'unité de passion supplée presque à la nécessité d’un chef. » Par cette cohésion, Rome a vaincu ‘. Par elle est conditionnée la réussite dans la guerre actuelle. La coopération d’une nation entière dans un même dessein, loin d’exiger l'identité des désirs individuels, se concilie d'ailleurs très bien avec leur inévitable diversité. Dans les opérations, comme dans la préparation, il faut tenir compte des désirs de tous genres (de gain chez les fournisseurs, d'avancement, d’instruction, d'honneur...) dépensés à faire éducation des soldats et des officiers, à affermir la discipline, à améliorer la tactique, à perfectionner les engins de destruction, à exécuter les manœuvres sur le terrain... La victoire appartient à l’armée du côté de laquelle la plus grande quantité de désir est mise en œuvre *. »

Grâce à cette utilisation des aspirations les plus variées aux fins guerrières, la collaboration peut s'étendre au groupe tout entier. Cest là un facteur de prépondérance en même temps qu'un effet par sélection : la survie est le sort habituel des sociétés où la coopération militaire est universelle, c’est-à-dire où converge le maximum d'efforts de combattants et de non-com-

che sans arrière pensée là où on veut la conduire. Si, au contraire elle se défie, elle ne regarde plus en face d'elle, mais cherche à droite et à gauche, et quelquefois même en arrière, le moyen de s'échapper. » — P. Lacombe, La qg., p. 141 : dans les périls de la guerre, l’homme ordinaire se sent petit, chétif : « il appelle de tous ses vœux un être supérieur qui le protège, ou au moins un demi-dieu mortel; il ne demande qu’à rencontrer cet être pour se confier en lui et se rassurer sur lui. »

1. M.., La g., p. 57. — Rome vivait pour et par la guerre. Les raisons de sa grandeur sont : — dans le temps, l’immutabilité dans le but et la constance inébranlable dans les moyens (dominer progressivement); — dans l’espace, l’amour de la patrie, qui réunissait les volontés en un faisceau. — Comte, t. V, p. 191 marche graduelle, exacte coordination de tous les moyens d’éducation, de direction et d’exécution vers un seul but homogène, continu, et accessible à tous les cœurs. — P. Laffitte, 20., €. II, p. 411 : coopération du Sénat avec les généraux. Les Romains étaient {ournés tout entiers vers la guerre nourris dans le métier des armes. La République fut le gouvernement d’une population de soldats par une corporation de généraux.

2. Tarde (ib., p. 277) exagère : « Les désirs de vaincre ne servent en rien au succès final d’une bataille, L’homogénéité des désirs serait même nuisible, de

même que les parallèles ne peuvent se joindre. » (Si elles ne coopérent pas, elles opèrent pourtant.)

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