VICES DES MOYENS D’OBTENIR LA COOPÉRATION
battants. (Spencer.) — Cette exploitation de tous les sentiments sociaux et moraux, accrue par la recrudescence d’intensité des guerres, semble ou premier abord exiger que la collectivité Jouisse de la santé : en réalité elle est propice au pays dont les habitants, rompant avec le principe de nécessité, d'économie et avec la notion de la querre-relation d'Etats, se livrent à un soulèvement général! Celui-là à le plus de chances de l’emporter, qui se rapproche le plus du type primitif : celui pour qui la paix se passe à préparer la guerre, celui dont l’activité et la vie entière sont absorbées en œuvres improductives, sinon destructives. Que le pays se suffise à lui-même, cela met obstacle à une bienfaisante solidarité et à une féconde division internationale du travail. Que tous ses citoyens s’adonnent à l’œuvre de guerre, les non-combattants € servant d’intendance » aux combattants, cela viole l'idéal d’un travail productif et spécialisé. Le parasitisme externe engendre ainsi ou facilite le parasitisme interne : il y a détou'nement de l’activité sociale aux fins militaires.
Cet effet, mauvais en lui-même, l’est encore à raison des procédés par lesquels on l’obtient. Les hommes dont l’existence se consume à entretenir celle de ceux qui combattent (Spencer) se seraient révoltés, s’ils n’avaient été « comparables à des cellules somatiques inconscientes ». Lorsque leur naturel ne s’y prêtait pas suffisamment, on à systématiquement, par QC une suggestion collective, une sorte d'hypnose sociale ? », par une déformation des religions, anéanti ou perverti leur intelligence, prévenu toute velléité de revendication d’équité et inculqué la notion de l’obéissance absolue.
Ces conceptions chimériques, par lesquelles on aurait Centravé toute spéculation rationnelle », constitueraient done un facteur de supériorité militaire, mais d’infériorité sociale. On en
4. La coopération à la défense est moins bien assurée par les ordres d’un pouvoir fort qui a maîtrisé la liberté, que par le mouvement d’un peuple libre. Par contre la monarchie semble plus apte que la république à la guerre offensive.
2. Suivant Rignano (Un social, p. 313 s), c’est la religion que la sélection a chargé d’entraver le développement de la conscience partielle restreinte du groupe. Les instincts collectifs (amour de la patrie, haine de l’étranger), Pespoir de plaire aux dieux et d’obtenir une récompense céleste, que suscitent des cultes grossiers, poussent à la guerre et contribuent à y donner la victoire. (Ex. depuis les Fidjiens jusqu'aux Arabes, p. 321 s.) Par une influence indirecte, la religion, «en enténébrant les consciences » favorise l’asservissement des nationaux, donc (?)
le triomphe sur l'étranger. (Ex. : p. 327 s.) — De même : Spencer, Soc., t. IV, p. 133 s, 174 : on dote le prince du caractère divin, on demande le serment d’0obéissance, pour faire de l’insubordination un sacrilège. — Tolstoi a protesté
contre l’hypnose de l’éducation, même laïque; Stirner, Nietzsche ont critiqué les Absolus, les « idoles du ciel logique », par lesquels on gouverne.
eæagère toutefois la portée. Les sociétés religieuses ayant été conservées par sélection, la logique obligerait les détracteurs de toute foi à convenir que la religion n’a pas toujours été un mal social !, Quant aux Cpréjugés moraux », à l’idée de devoir, ils sont indispensables à l'individu comme à la société et constituent moins des produits d’une suggestion systématique que des idéesforces introduites par la sélection en notre esprit. La soumission passive des masses, à laquelle on devrait nous convier logiquement pour le cas où Ja lutte s'imposerait, est de mise tout au plus dans les conflits dynastiques et ne saurait expliquer le succès des armées nationales. La guerre moderne laisse place à une coopération volontaire, spontanée, qui est indéniable, mais que son but guerrier suffit à condamner.
— Les autres facteurs également ne pèchent pas moins par leur destination qu’en eux-mêmes. À la guerre, comme dans la plupart des autres domaines d’activité, le succès couronne généralement ceux qui ont le plus fait pour FPobtenir, en ce sens qu'il ne suffit pas des aptitudes naturelles, mais qu’il faut travailler à acquérir celles qu’on n’a pas. Comme il en manque à tous un grand nombre, la victoire appartiendra à ceux qui auront le mieu et le plus longuement préparé la guerre. La nécessité est évidente pour le matériel qui, aujourd’hui surtout ne saurait s’improviser. Elle est également vraie du moral: il ne s’agit pas de qualités, de confiance, brusquement surgies, de volonté instantanée de vaincre, mais d'efforts appliqués longtemps d'avance à ce qui rendra puissant. Il faut non pas compter sur une Coordination subite au moment du combat, mais veiller à instituer une harmonie préétablie ?, en instruisant les intelligences, et disciplinant les caractères de manière à étouffer l'instinct puissant de la conservation. Le courage, s’il n’est pas inné, est conditionné par l’expérience accumulée de périls évités ; l'absence de découragement, par l’accoutumance à la confusion des combats. L’armée doit avoir une pensée, une âme commune, une foi en elle-même et en ses chefs, préexistantes, engendrées par lPhabitude de vivre ensemble ?, ou tout au moins de se connaître et de s’apprécier.
4. Rignano, 4b., p. 325; Letourneau, L'év relig., p. 233; Guyau, L’irrél. de l’avenir. — B. Kidd admet que la religion a eu une fonction, mais lui en attribue une inexacte,