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ROLE SECONDAIRE DE LA SÉLECTION PAR LA GUERRE

— Au fond, lorsqu'elle n’est pas le fruit du hasard, la victoire appartient, toutes choses égales, au nombre de combattants, au génie militaire, à l’industrie appliquée à la guerre, aux qualités belliqueuses. La sélection qu’elle opère ne signifie, souvent, pas autre chose que le triomphe d’un peuple préparé à la guerre sur un peuple qui ne l’est pas { : à moins que l'idéal de la civilisation ne consiste dans cette préparation, {a supériorité miliaire ne correspond donc pas à une supériorité sociale. À des buts différents conviennent des aptitudes différentes : le meilleur pour la guerre n’est pas le meilleur pour la paix, et c’est la paix qu’on doit viser.

SECTION IV. — INSUFFISANCE DE LA SÉLECTION GUERRIÈRE. PROGÉDÉS DE SÉLECTION RATIONNELLE

]. La guerre n’est pas le seul ni le meilleur procédé de sélection. — II. La sélection n’est pas le seul procédé de progrès.

Des partisans de la guerre et même quelques pacifistes ont vu dans la guerre seulement un procédé de sélection, ou trop eæclusivement un mode de lutte pour la vie, au sens darwinien, ayant sa cause en un excessif accroissement de la population humaine ou en une insuffisance des subsistances. Cet aperçu est doublement insuffisant. Le € struggle for life » ne dépend pas uniquement, quoi qu’ait dit Darwin, de la tendance des espèces à se multiplier suivant une progression, et, d’autre part, la guerre,

spécialistes aboutissent ainsi à la conception soit d’une armée professionnelle soit de la nation toujours en armes.

4. Bagehot, 1b., p. 54. — Vaccaro, 1b., p. 48 : le peuple qui se livre aux occupations pacifiques devient inapte à manier les armes. L’arme triomphe de l’outil. Le progrès n’a pu s'effectuer que parce que les sociétés industrielles ont été à l’abri de la lutte ou ont su l’éviter pendant un temps assez long pour qu’elles s’élèvent de beaucoup au dessus des autres. — Les peuples pasteurs et agriculteurs ont été souvent, malgré leur supériorité, battus par les pillards; les civilisés par des barbares belliqueux (Ex. dans Wallon, Hist. de l'escl., p. xxt); des cités brillantes et cultivées ont été détruites par des « hommes de basse extraction et de ferme résolution ». (Magnéto; Gumplowicz, 4b., p. 271.) — I1 se peut que le peuple qui triomphe sur le champ de bataille possède la culture générale la plus élevée (c’est le cas normal entre races de niveau très différent) : cette coïncidence, qui fait croire à une influence bienfaisante, peut ne pas se présenter. — Le terrain de la lutte s’étant déplacé, les vertus guerrièree des Latins et des Germains seraient, prétend-on, en voie d’être supplantées par l’énergie durable, l'esprit d’entreprise, d’initiative et de méthode des Anglo-Saxons. (G. Le Bon, Psych. du soc., p. 149; Demolins, À quoi tient la supér. des Anglo-Saxons ; Bazalgette, À quoi tient l’infér. franç., et Le Problème de l'Avenir latin.)

plus souvent que les luttes animales provient de mobiles non alimentaires.

Il ne serait pas moins exagéré d’y reconnaitre le seul procédé de sélection, ni même le plus fondamental ! : il en existe d’autres et de meilleurs. De plus la survivance des mieux adaptés n’est pas le seul ni peut-être le principal agent de perfectionnement.

Loin de faire de la sélection militaire le processus le plus essentiel du progrès, Darwin affirme formellement que la guerre est loin de tout eæpliquer et mème qu’il existe des qualités incontestablement heureuses qu’elle eût plutôt contribué à détruire (esprit de sacrifice ; témérité qui pousse à s’exposer au premier rang pour autrui...). Ces traits de caractère demandent une autre explication. Darwin la trouve dans la sympathie, approbation ou le blâme, le remords, que suscitent certains actes ?.

Il faut aller plus loin. Si la guerre entretient quelques € vertus préliminaires », il est un grand nombre de qualités que la paix seule engendre. € Tout ce qu’on peut appeler une grâce en même temps qu’une vertu ne lui doit rien (à la guerre) ; l’humanité, la charité, un sentiment délicat des droits d'autrui, sont des vertus qu’assurément elle n’encourage pas *. » Le mépris pour la faiblesse physique et en particulier pour la femme s’atténue parallèlement à la rareté des violences : la compassion qui sy substitue ne doit certes rien à la guerre. Il en est de même de la plupart de nos instincts moraux et de nos dispositions intellectuelles.

Il serait toutefois erroné de croire que la société n’a plus besoin de posséder et même d'acquérir des qualités physiques, des forces matérielles et que la sélection doit se cantonner sur le terrain psychologique en vue de buts et par des moyens mentaux ?. Le sort d’une nation qui brille par sa culture, mais ne

1. Lapouge (loc. cit., p. 436, et op. cit., p. 60, 197 s, 204) en exagère l’imporlance relative : L'homme, étant sociable, la sélection est, chez lui, surtout sociale. Il n’a plus guère à lutter contre le climat, les bêtes féroces, il lutte surtout contre son semblable. — Selon Gumplowicz, les actions et réactions des groupes conquérants et conquis constituent l’objet même de la sociologie.

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