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LUTTES ET PROCÉDÉS DE SÉLECTION AUTRES QUE LA GUERRE

peut soutenir le choc extérieur, n’est pas enviable. Pour être plus élevées que celles de l’activité guerrière, les facultés de l'esprit qu'exige la vie pacifique n’ont pas moins un corps pour support. La sélection doit donc assurer la coeæistence, dans le même individu, d’aptitudes physiques et intellectuelles, sans laquelle tout être (sauf les abeilles...) risque, ou bien de n’avoir qu’une descendance nulle ou peu longue, ou bien de ne transmettre que des qualités corporelles. L'essentiel est de savoir si cette sélection, complète, efficace, n’est pas réalisable par d’autres procédés que les batailles.

La démonstration est facile pourvu qu’on ne s’attache à aucun d'eux à l’exclusion des autres. À côté de la concurrence collective et violente ét à sa place si elle venait à manquer, d’autres luttes coopèrent ou suppléent à la même fonction de sélection, — luttes Internationales ou nationales, collectives on individuelles, sanglantes ou non sanglantes, réaliséés par des procédés musculaires ou sans eux, contre le milieu ou contre nos semblables...— Quelques auteurs ‘ont admis à tort que l’homme pourrait se contenter de la lutte contre les éléments et contre les espèces non humaines, soit pour écarter leur menace, soit pour les approprier à ses fins. Sans doute lorsqu'il veut se créer de la place, il a avantage, au lieu de détruire ses semblables, à s’unir à eux contre les forces cosmiques, mais il lui est aujourd’hui facile de se mettre à l’abri des intempéries et de se protéger des espèces animales (sauf des infiniments petits). Sans doute il a à perfectionner les procédés de satisfaction de tous ses besoins, à constituer la science : cette tâche ne finira jamais, puisque Punivers ne sera jamais parfaitement adapté à l’homme, mais elle est réservée à quelques-uns. C’est là un stimulant capable d’éviter l’inertie, et non une discipline assez rigoureuse pour opérer une stricte sélection.

La lutte entre êtres humains, que voudraient abolir les logiciens outranciers de l’altruisme, conserve donc des effets utiles au perfectionnement général. Sous sa forme directe, elle ne dure pas seulement pendant les hostilités, mais préexiste, nationale ou internationale. Le canon n’indique que l’état aigu. Nul, même en pleine paix, n’échappe à la nécessité de lutter pour sa vie, de conserver ou d'accroître son bien-être, sa liberté, sa réputa-

1. Notamment Darwin et plusieurs darwinistes qui constatent la rareté de la lutte entre animaux de même espèce. (Wallace; Vaccaro, Bases soc., p. 80 ; Loria, Probl. soc., p. 118.)

tion, ses idées. À ces buts, entièrement distincts de la suprématie militaire, correspondent des moyens tels que les examens, les concours, les compétitions politiques, les innovations artistiques, les inventions, le commerce, les migrations, Pexpansion coloniale, la € guerre des prix de revient et des prix de vente ». Les rivalités plus loyales qui en résultent sont quotidiennes, sans à-coup trop sensibles, et ont une plus exacte signification sociologique ‘. La concurrence sociale et économique, si elle est aussi peu bénigne que la lutte où le sang coule, n'offre pas du moins le spectacle du meurtre ni l’inconvénient de la destruction et procure la victoire aux races les plus intelligentes et les mieux douées socialement. « Ge que la guerre a perdu, la concurrence la gagné ? », et il n’y a pas lieu de le regretter : les luttes collectives laissaient triompher les sociétés les meilleures en bloc, le fractionnement exige que chaque individu ait par lui-même une valeur sociale.

Le progrès biologique et sociologique ne tient d’ailleurs pas plus exclusivement à la disparition d’espèces ou d’unités même peu aptes, que la lutte ne consiste dans le massacre *. La guerre,

4. Novicow, tb., p. 399, 429, 511, 452 : l’activité militaire dresse, aux frontières, des barrières qui restreignent la circulation des hommes et des produits (à cause de la haine, et de l’intérêt qu’on a à se passer de l’étranger). Sa cessation accentuerait les autres luttes.

2. À l’opposé de Lapouge et de Steinmetz, plusieurs sociologues affirment que, par suite de l’industrialisme et l’individualisme croissants, la lutte en masse se fractionnera en luttes individuelles. — Cf. Kidd, L'évol. soc. ; Rignano, tb., p. 3435 : un malthusianisme sainement entendu amènera les mieux doués seuls à laisser des enfants : la destruction portera sur des plasmas germinatifs et non plus sur des individus. L’égo-altruisme, la bienfaisance privée empècheront que les incapables meurent comme des brutes. — Tarde (Psych., p. 283), tout en craignant les platitudes de la concurrence, trouve la clef de l’histoire dans la « petite bataille interne » que constitue, au sein de chaque individu, l’hésitation des désirs et croyances entre deux produits, deux rites, deux idées... — Si l’on ajoute la « lutte de classes » du matérialisme historique, on obtient quatre explications de l’évolution sociale par l’opposition (nations, classes, individus, mobiles): elles se complètent, au lieu de s’exclure.

3. Novicow, R. int, soc., 1905, p. 175, et L’'Expansion de la vie : Le prétendre est aussi absurde que de dire : une diminution de vie équivaut à une augmentation de vie. Eternelle et universelle, la lutte doit avoir lieu différemment dans les domaines physique, biologique et social (invention et discussion). — A l’inverse, une mensuration théorique et platonique des forces et de la valeur respective des nations ne remplirait pas la fonction de sélection. La guerre, qui dresse ce décompte — « les coups de canons étant de tonnantes équations » — deviendrait inutile, dit de Greef (Intr. à la soc., t. 11, p. 22), « si le compte de la puissance des nations, c’est-à-dire de leur énergie, de leurs propriétés, de leurs forces respectives pouvait être rigoureusement établi ; il suffirait de dresser un inventaire et un bilan des pays antagonistes et de modifier leurs alliances de facon à établir l’équilibre. » D’abord, cette mesure n’est pas possible : s’il ne s’agissait que de nombre, espace, temps et lignes, un élève d'école primaire résoudrait le problème (Clausewitz), mais personne ne peut dénombrer les facteurs intellectuels et moraux. De plus, il ne suffit pas de connaître l’inégalité d’aptitudes, de mar-

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