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SÈLECTION INDIRECTE PAR CONCURRENCE VITALE DD

certes, s’acquittait fort bien de la tâche qui consiste à tuer, ? priver de subsistances, à restreindre les satisfactions (esclavage, confiscations, défaveurs, impôts, privations de débouchés..….), à hâter lextinction des vaincus. Mais il suffit d’un effacement moindre, de la réduction des individus réellement mauvais et non amendables, à une condition où ils ne gènent pas les meilleurs. En dehors des centaines de mille d'individus qui, chaque an, périssent victimes de la pénurie, un grand nombre descend aux degrés inférieurs, tandis que les autres gravissent les échelons supérieurs de la hiérarchie sociale.

On peut se battre sans se tuer. On peut aussi, sans en venir aux mains et sans lui infliger aucun mal, éliminer autrui ou diminuer l’intensité de sa vie. Une compétition fatale, que Darwin ‘ appelle concurrence vitale en un sens restreint, existe entre les hommes comme entre tous les êtres, par la force des choses, par leur coexistence et par leur besoin des mêmes objets : elle est, par suite, d’autant plus stricte que les êtres se ressemblent davantage. Si l’un, grâce aux moyens les plus légitimes, obtient certains moyens de jouissance (sans même se les approprier définitivement ni les accaparer), il en prive les autres ou limite Pusage qu’ils en auraient pu faire. Par là s’opère une sélection indirecte entre individus qui ne se sont ni rencontrés ni connus. Bien mieux, sans aucun acte personnel de l’un d’eux qui ait un contre-coup sur Pautre, et par la seule influence d’un milieu physique ou social (climat, maladies, vices...) auquel ils résistent diversement, les plus faibles s’éteignent naturellement, comme survivent les plus forts *. Ces deux processus, dont les effets sont très développés dans l’espèce humaine, nombreuse et sans cesse avide de s’élever, présentent même, sur la sélection directe, cet avantage, qu'ils font triompher les plus aptes à la vie et non les plus aptes à la lutte. Or c’est la vie, non la lutte, qui est le but réel et idéal de la vie elle-même.

quer les points : l’inégalité doit être pourvue d’une sanction, l’inapte doit subir les conséquences de son inaptitude.

4. Orig. des esp., p. 15 ; Desc. de l’h., t. 1, p. 262. Il affirme que le progrès humain est possible sans lutte sanglante. — Gerland, Auséerben der Naturvülker, 1868, p. 12.

2, Naudin, Les espèces assises et la théorie de l’évol., p. 9: les faibles périssent non pas tant par la concurrence des forts, que parce qu’ils sont arrivés à la limite de leur force. A l’abri de la rivalité des forts, ils dureraient un peu plus peut-être, mais leur mort ne serait qu’une question de temps. — Cf. pour les peuples : Le Bon, Lois psych. de l’év., p. 46; Novicow, L'avenir de la race bl., p. 53 s: certaines maladies, non mortelles chez les civilisés, le sont chez les sauvages... — Le changement de conditions accentue ces effets, « L'Afrique, a dit M. de Vogüé, est le dynamomètre où chaque race vient essayer son énergie, » (Teillard, L'exp. europ., p. 13).

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La guerre n’est pas la voie indispensable ni même préférable de la sélection. La sélection et la lutte ne sont pas davantage les seuls procédés du progrès.

L’école sociologique sélectionniste, exagérant la doctrine de Darwin, a pourtant admis, comme un credo, que Pévolution sociale est presque tout entière dans le triomphe des meilleurs ". La sélection suppose une modification, une Ctransmutation », sur laquelle elle s'exerce, et pourtant on prétend que cette dernière — à laquelle on attribue faussement parfois des effets dus à la première — est secondaire. Le principal avantage que présente l'élimination des moins bien doués est son caractère eæpédilif, mais il est corrélatif d’une perte sèche pour la société : « La sélection, d’après un de ses plus zèlés partisans ?, coûte en existences ce qu’elle rend en vitesse. » Or il faut réduire au minimum nécessaire la destruction d’individus et de types. N’existet-il donc pas de procédé qui permette d’obtenir le perfectionnement sans cet anéantissement définitif d'êtres peut-être non essentiellement déchus, et en tout cas utilisables, pour lesquels il reste place le plus souvent ?

Libre, ou moins esclave que les autres êtres, des forces et des lois naturelles, l’homme peuf se soustraire en partie à la tyrannie de la concurrence vitale *. Est-ce pour son bien? Ne s’exposet-il pas, en prétendant s’élever au dessus des autres espèces par l'abandon d’un agent essentiel d'amélioration, à retomber plus bas qu’elles ? Tout se réduit donc à une question d'importance respective des rôles de divers phénomènes. Or Spencer luimême à jugé que la survivance des mieux adaptés n’est pas une explication universelle et s’est chargé de démontrer « l’insufji-

1. Lapouge, tb. ; Rev. int. soc., 1894, p. 491 ; Sél. soc., p. 61, 77, 81, 204: la sélection détermine la vie et la mort des nations; toute l’évolution s'explique par le triomphe des nations comptant le plus grand nombre d’eugéniques (c'est-à-dire produisant habituellement des hommes au-dessus de la moyenne de leur temps et de leur nation).

2. Lapouge, ib.: un jardinier qui veut augmenter le volume d’une racine, obtiendra un succès plus sur et plus rapide si, à chaque génération, au lieu de cultiver tous les individus, il n’emploie que les porte-graines pourvus des plus grosses racines.

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