INFLUENCE DU MILIEU. — ACCORD POUR LA VIE
sance de la sélection naturelle ! ». De ce qu’elle influe sur tous les domaines, on n’est pas en droit de conclure que ces domaines se réduisent à sa seule action. A côté de l’opposition, il existe, selon Tarde, la répétition et l'adaptation. Le progrès est théoriquement possible par la simple transmutation, qui seule erée les types nouveaux, tandis que la survivance, qui conserve et ne crée pas”, est inconcevable sans ces modifications. Après l’engouement darwiniste, qui faisait n’envisager les variations que comme matière à sélection, on s’est aperçu que certaines d’entre elles ne donnaient pas lieu à sélection. L'influence du milieu physique et social a une influence non seulement préliminaire, mais capitale, sinon prépondérante *. Les particularités avantageuses se répandent et se vulgarisent : une sorte d’émulation pousse chacun à les adopter pour soi-même et à élever les autres à son niveau, au lieu de les maltraiter. Il en résulte, quelquefois même après la conquête, un courant ascensionnel très propice au progrès. On est allé jusqu'à affirmer que si l'on aspire à ce que l'unanimité des individus possède les variations avantageuses, il n’est pas besoin d'éliminer répressivement ceux qui en sont dépourvus : la méthode préventive d'amélioration directe suffirait, dans l’état actuel de l'humanité, à effectuer le progrès social À.
L'association pour la vie, pour la lutte même, joue également un rôle considérable et favorable au progrès. L'accord, Pappui mutuel, la coopération sont des phénomènes aussi généraux que la lutte. C’est par l'association que l’homme s’est élevé au dessus de Panimal, plus que par les dissensions. L’union et la régularisation des rapports procurent à chacun une vie plus in-
1. Probl, de mor. et de soc., p. 281-376. — A vrai dire, personne, pas même de Quatrefages, ne conteste l’indéniable réalité de la survivance des mieux adaptés. La controverse s’élève sur sa portée.
2. Tarde (Oppos. univ., p. 25) le dit inexactement de la lutte ; Psych. soc., p. 11 : la sélection est une des clefs de la vie, non un passe-partout. Son efficacité est principalement négative, éliminatrice. C’est une erreur « de lui prêter une action inventive de nouveaux types, au lieu de borner sa vertu à l’épuration et à la défense des anciens ».
3. De Quatrefages, Darwin et ses précurseurs, p. 24%. C’est la manière de voir de Buffon, Geoffroy, Darwin, Cl. Royer, Vogt, de Lanessan. — Fages, L’évol. du darw. biol., R. int. soc., 1898, p. 4985.
4. L. Büchner, L'homme selon la sc., p. 206: « Comme la substitution d’un type plus tlevé à un type inférieur peut s’effectuer sans violence, par la seule puissance victorieuse de la conviction, la généralisation et l’uniformité du progres deviennent plus vraisemblables que la destruction des races. »
5. Kessler, Büchner; Kropotkine, L’entr’aide (Fages, loc. cit., p. 506). — J. L. de Lanessan revendique cette idée (La lutte p. l’exist. et l’assoc. pour la lutte, 1881; Le Transf., 1883 ; La lutte p. l'exist. et l’évol. des sociélés, p. 17.)
tense que la lutte! : aussi tendent-elles à se développer. L’homme est ou devient plus sociable que guerrier.
1. Des instinctifs, comme Nietzsche, Mahan (Phil. de la g. en Amér.), préconisent la guerre comme un moyen de donner leur plénitude de développement à toutes les virtualités qu’on possède en soi. Leurs « monstrueux » aphorismes se dressent contre tout le passé de l’humanité, contre l'univers entier, dont les éléments tendent à s’équilibrer, à se coordonner, à s’harmoniser (morale, droit..). Cette passion indisciplinée de grandeur se heurte à mille dangers. Celui-là « éclate » ou se brise (Nietzsche lui-même), qui n’a pas su se limiter ni modérer ses appétits et ses aspirations. Même en dehors de cette extrémité, il atteint mal son but. « Nietzsche oublie que la puissance qui rencontre un obstacle et est obligée de lutter est par cela même diminuée, tandis que la puissance qui s’'épand sans obstacle et sans lutte a un sentiment plus grand de sa plénitude. La paix dans la plénitude n’a-t-elle pas, elle aussi, sa joie, qui vaut bien la joie du conflit et de la mêlée... Comment donc [un philosophe qui veut restituer à l’âme humaine toute sa richesse, commence-t-il par l’appauvrir, en lui retirant la joie de triompher sans combat, le droit d’aimer et de se faire aimer, de vivre en autrui comme en soi, de multiplier ainsi sa propre vie par celle de tous! » (Fouillée.)