SECTION I. — EFFETS PHYSIOLOGIQUES
Les travaux pénibles, les maladies mortelles, tout en laissant survivre les sujets les plus résistants, Les détériorent au point d’entraîner au total un avilissement de lPespèce : loin que personne les encourage, tout le monde s’efforce de limiter leurs ravages. À supposer qu’elle éliminât les groupes les moins bien doués, la guerre n’en resterait pas moins un fléau, si ce résultat était compensé par le caractère désastreux de la sélection interne ou des effets directs qu’elle produit. Le triomphe du plus vivace où du plus fort n'est-il même pas dépassé par laffaiblissement social, l'épuisement d'hommes et de subsistances, par la dépopulation pure et simple due à des massacres et à des famines dont latteinte se fait sentir aussi bien sur les plus aptes que sur les autres ? Le mode guerrier de prétendu triage des intelligences et des civilisations ne plonge-t-il pas forcément vainqueur et vaincu dans l’ignorance et dans la barbarie !?
Les plus importantes des particularités physiologiques que Darwin attribue à la sélection sont probablement antérieures aux luttes collectives. Les dommages causés par ces dernières à la race humaine sont au contraire certains. Il est arrivé que des peuplades belliqueuses, en s’exterminant réciproquement tout entières, ont fait le jeu de tiers plus vils encore. Dans le cas opposé, où elles n’entraient en lutte que par leurs représentants physiquement supérieurs, le nombre des hommes de qualité inférieure, en état de procréer, était proportionnellement accru, et comme il restait cependant inférieur à celui des femmes, la
4, Lapouge, Sél. soc., p. 216 : En Grèce, à Rome, la guerre a détruit les eugéniques. Les guerres de Louis XIV, la guerre de Trente ans laissent les belligérants
épuisés... Les Mexicains et les Péruviens n’ont la valeur ni des anciens habitants du pays, ni des conquérants espagnols.
polygynie apportait son tribut de conséquences nuisibles même au point de vue physiologique. S'il n’était perdu pour la production et pour la vie, le vaincu demeurait avec ses seuls rebuts encore avilis par l’assujettissement; et le fort, le triomphateur devenait de beaucoupinférieur à ce qu’il était auparavant. — Les effets ne sont plus aujourd'hui aussi profonds, mais ils n’ont pas changé de caractère et ils s’étendent à des cercles plus vastes. Jamais la Suède ne fut plus dépeuplée, plus appauvrie physiologiquement, qu'après les glorieuses campagnes de Charles XIT, l'Allemagne qu'après la guerre de Trente ans, la France qu’après les victoires de Napoléon. (La conscription prenait dès 1806 les jeunes gens de 18 ans sur les bancs des lycées.) La qualité ne se ressent pas moins de la guerre moderne que la quantité: chaque grande campagne fauche lélite de la jeunesse valide. On a remarqué, après les plus récentes, un abaissement de la taille moyenne réelle (Sécession), suivi à bref délai — alors même que les effectifs ne sont pas augmentés — de l’abaissement du minimum exigé en vue du service militaire (de 5 pieds 1 pouces à 4 pieds 9 pouces après 1871). Plusieurs spécialistes ont même été jusqu’à ranger la guerre et le militarisme parmi les plus puissantes causes de dégénérescence !.
Un point reste plus douteux. Les rencontres des peuples sur les champs de bataille ont-elles favorisé les croisements de race, et, si ces croisements sont réels, faut-il s’en louer? Les réponses contraires peuvent se combiner de quatre manières différentes. En fait, mainte expédition a eu, dans les temps primitifs, comme but Pexogamie, ou bien comme résultat la soumission de tribus sédentaires à des nomades, la conquête d’autochtones par des tribus guerrières. Des races se sont ainsi juxtaposées, pénétrées, fondues. La guerre, par contre, a mis obstacle à d’autres mélanges de sang, et sans elle les rapprochements auraient été et, plus sûrement encore, seraient à l’avenir plus fréquents. Au (otal, elle isole et maintient les caractères. — Quant à la bienfaisance des croisements, elle était autrefois presque incontestée. Spencer attribuait à l’exogamie une heureuse fusion de caractères et à la conquête entre peuples une très propice plasticité tempérée, s'ils étaient assez semblables pour coopérer au même sys-
1. Dailly, Dict. des sc. médic. ; Dallemagne, Dégén. et déséquil. ; — Sur les guerres de Napoléon : Raudot, Dégén. ; — Infra : pessimisme, — Les qualités telles que sangfroid, intrépidité, coup d’œil..., peuvent être acquises par des exercices sportifs, chasse, gymnastique.