LA MORTALITÉ DANS LES GUERRES ANTIQUES DAS
vité!. Timur-Bec érigea, paraît-il, aux portes de Bagdad et d’Alep, des pyramides de crânes humains. (Tableau de Verestchaguine). Les Assyriens tinrent une véritable comptabilité de leurs opérations guerrières, et d’après ce qui en reste, on évalue à plus de 100 millions les victimes d’un siècle de leurs batailles. Plus tard, le seul siège de Jérusalem par Titus coûta la vie à plus d’un million de Juifs. Les luttes sans merci entre Athènes et Sparte ne laissèrent guère survivre d’Athéniens ni de Spartiates. À Rome, les massacres, en une année ou même en une bataille unique, se dénombrent par centaines de mille. César aurait tué 3 millions d’hommes et, plus tard, les conquérants tartares et mongols 25 millions *. Les rencontres qu’occasionnèrent les Invasions coùtèrent des centaines de mille de vies humaines (Chalons-sur- Marne, Poitiers...) Durant tout le moyen-âge, les combats. livrés sur une plus petite échelle, furent si fréquents que leurs effets ont été au total aussi meurtriers. En 200 ans, les Croisades firent périr de 2 à 6 millions d'individus, suivant les évaluations. Ensuite commença l’ère nouvelle des armes à feu, dont l'effet vulnérant, sans cesse accru par les perfectionnements (baguette, balle conique, fusils rayés, pyroxiline, petit calibre, magasin) s’ajouta à celui des armes blanches sans le supprimer. Les armées s’accrurent au point de devenir des nations entières : on se bat moins souvent, mais on tue davantage. Les pertes, il est vrai, ne suivent pas la progression des effectifs, car batailles et guerres, sauf si elles sont acharnées, se décident dès qu’un certain pourcentage de tués est atteint *.
Pour la période révolutionnaire et impériale, les nombreuses estimations varient du simple au quintuple, de 2 millions à 10 millions, suivant qu’elles comprennent ou non les pertes étrangères et les pertes dues aux troubles intérieurs *. Quoique le
1, On en emmenait parfois de pleines charretées. Des inscriptions de Karnak signalent que les Egyptiens recueillirent 12.000 de ces dépouilles sous Ménephtah (Letourneau, Ev. pol., p. 498). — Spencer, Soc., t. IN, p. #7 S : formes et raisons des trophées.
2. Lapouge, 1b., p. 215, 219; Veuillot, La g., p. 94; Spengler, La g., p. 17.
3. Chiffres pour les grandes campagnes de l’ancien régime : Larroque, La g., p: 49, 32, 57 : 100.000 pour la guerre des Deux-Roses; 10 millions d’Indiens en 40 ans, suivant Las Gasas. Les autochtones disparaissent devant les colonisateurs. — Berndt, 4b., p. 87 s; C. von B.-K.. Psych. des grossen Krieges, IT, p. 15 s, et (reist u. Stoff im Kriege. — La guerre de Cent Ans a décimé la population françaises; des bourgades qu’elle a abattues ne se sont jamais relevées. La guerre de Trente ans a réduit le peuple Germain d’un quart ou à un quart, suivant les auteurs.
4, Sir Fr. d’Ivernois, Tableau hist. et pol. des pertes que la Rév. el la g. ont causées au peuple françois, p. 4 s :2 millions; Taine, Orig., t. IT, p. 618, et Rég. mod., t. 1, p. 115; Dr Lagneau, ib., p. 465 s. et auteurs cités; Villiaumé (L’espr. de la g.,
chiffre officiel soit de 1.750.000 hommes, la population française a pourtant diminué de plus de # millions pendant ce laps de temps. Au total, on doit s’en tenir, d’après les calculs les plus récents, à un passif de {0 millions d'individus en 20 ans, sans compter les victimes indirectes, mortes de misère pendant les sièges ou par suite de l'absence de leurs protecteurs naturels.
Pour la période peu troublée de 1815 à 1854, le chiffre de 250.000 est très modéré. À partir de la guerre de Crimée, on possède des documents d’une incontestable valeur scientifique, en ce qui concerne les pertes directes en soldats. Sur cette campagne, le médecin militaire Chenu a vérifié, au moyen de 1.150.000 fiches, le sort de chaque soldat : il arrive à un total de 784.991 morts dans les quatre armées. La campagne d'Italie comporta, suivant lui, 63.000 tués, blessés ou disparus, dont 50.000 morts ". La guerre de Sécession occasionna un carnage inouï : d’après le major-général J. K. Barnes ?, le Sud eut 630.000 morts ou estropiés sur 1.074.000 enrôlés, et les deux belligérants, 800.000 morts sur 3.730.000 appelés. La guerre de Sleswig * coûta 3.500 hommes et celle de 1866, 45.000 environ. Les expéditions lointaines de cette époque ont été très meurtrières, à raison non seulement de Péloignement de leur théâtre (Chine, Cochinchine, Mexique, Saint-Domingue), mais de la différence de climat, des fièvres, des fatigues et de l'insuffisance des transports et des secours hygiéniques. M. P. Leroy-Beaulieu ne risque aucun chiffre ; M. G. Pays indique celui de 65.000. — Les pertes directes, en militaires et pour l’Europe seulement, montent ainsi de 1853 à 1800. en 14 ans, à 1.743.000 hommes *.
La guerre franco-allemande a coûté plus de 600.000 hommes ?:
p. 102) cite des régiments réduits de 2000 à six hommes; Richet, Les g., p. 35. — Le Foyer, La g. el la paix par les chiffres, p. 5; Lapouge, 4b., p. 220 : 40 millions. — Le gl Rogniat estime que 300.000 soldats moururent de faim pendant la campagne de Russie.
1. Rapport au conseil de santé sur le serv. médico-chir. de la g. d'Orient, p. 617; De la mortalité dans l'Armée, p. 326; Stalist. médico-chir. de la camp. d'Italie, 1859. — Of. Bon Larrey, Mém. à l’Ac. de méd.; Leroy-Beaulieu, Les g. contemp. (1853-1866), recherches statist. sur les pertes d'hommes el de capitaux, p. 2, 40, et référ.
2. Medical a. surgical hist. of the rebellion (Leroy-Beaulieu, p. 57 s). — E. Reclus, Nell Géogr., t. XVI, p. 810 : 1.320.000 tués ou blessés.
3. Gen.-Arzt Lœffler, Gesundheitsdienst im Feldz. gegen Danemark (Leroy-Beaulieu, p. 71). — Hellwald, Die menschl. Familie, p. 450 : la guerre du Paraguay de 1864- 1870 fit descendre sa population de 1.300.000 à 300.000. Les femmes y exercèrent dès lors toutes les professions.
4. Leroy-Reaulieu, p. 91; Guil. Pays, Le contrat intern. D'abre
5. Lagneau, p. 487; le 24 Empire a coûté 1.500.000 hommes. — Chiffres inférieurs dans : 0. Rommel, Recht zu leben, p. 10; Rochard, Confér. à l’Union des Femmes de Fr.; Kolb, ib.;F.Passy, Alm. de la Paix, 1872; Henry, Le crime, p. 75 : 500.000 hom-