COUT DES GUERRES DE LA RÉVOLUTION ET DE L’EMPIRE
entière à la misère : un dixième de la population était contraint à la mendicité, cinq parties ne pouvaient lui faire l’aumône, étant réduites à peu près à la même condition ; des quatre autres parties, trois étaient @ fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès », et la dernière, celle des gens d’épée et de robe, des bons marchands, et des bourgeois rentés, comprenait à peine 10.000 familles qui fussent à l'aise !. On connaît Les fameuses remontrances que Fénelon adressait au roi en 4709 : € Vos peuples meurent de faim ; la France n’est qu'un grand hôpital et sans provision. Vous craignez d'ouvrir les yeux; votre gloire vous est plus chère que la prospérité du peuple. » On fit la Révolution pour échapper à cette misère, et l'Histoire recommença.
De 1793 à 1815, en vingt-deux ans, l'Angleterre perdit près de 23 milliards de francs. Le 26 février 1797, elle décréta le cours forcé pour vingt-cinq jours : il dura vingt-deux ans ?. Et pour-tant, la lutte n’a pas ravagé son territoire. — La France, elle, subit lPinvasion. Ses dépenses avouées, de 1802 à 1813, montent, d’après un travail de M. Hennet à 4.733.000.000 fr., et celles de 1814-15 ne peuvent être évaluées à moins de 267 millions : au total 5 milliards *. Mais qu'est-ce, auprès des dépenses réelles ? Une seule campagne coûta à la France, en tributs, plus que le triple de ceux qu’elle avait imposés aux autres nations. La dette augmenta par centaines de millions. Au retour des Bourbons, le déficit était, d’après Pabbé de Montesquiou et le baron Louis, de 1,300 millions. La courte rentrée de Napoléon endetta encore
dant une génération le sang du peuple, comme un vampire, » Le comté d’Henneberg, qui ne fut pas le plus éprouvé, perdit 75 0/0 des familles, 66 0/0 des habitations, 85 0/0 des chevaux, tous les moutons... En de vastes régions, la population et la richesse antérieures n’ont été de nouveau atteintes qu’au xixe s. (G. Freytag, Deutsche Vergangenheit, 1; Jähns, tb., p. 240.)
4. Vauban, Projet d'une Dixme Royale, 1707, préf. (64. 1843, p. 34.) — Les Mémoires dressés par les intendants du royaume (CY de Boulainvillers, L'Etat de la France, extrait des —) dressent l’inventaire de ces ruines. Ils se plaignent des guerres, du recrutement, de l’arrêt du commerce, des terres en friche, de l’abattement général, À Rouen, 50.000 personnes à peine, sur 100.000, mangent du pain à leur suffisance et couchent sur autre chose que de la paille. — Dès lors, la royauté vécut d’expédients : emprunts, créations d'offices, anticipations sur les revenus ultérieurs, billets, impôt du dixième. A sa mort, Louis XVI laissait une dette de plus de 3 milliards 460 millions, et un Trésor vide, un crédit ruiné, un peuple écrasé d’impôts, misérable. (Levasseur, Syst. de Law, p.11.) — Cf. Mémoire de Desmaretz, et ouvrages cités par : Stourm, Bibl. hist. des fin., p. 58; Vuitry, Le désordre des finances et les excès de la spécul. à la fin du règne de L. XIV..., 1885, ou Rev. Deux-Mondes, 1883. Law parut comme un sauveur, et quel sauveur!