COUT DES GUERRES DU XIX° SIÈCLE
cières de la Prusse et de l'Autriche furent couvertes (mais non effacées) par les indemnités. —La guerre de 1860 atteignit 1.650 millions pour les seules dépenses budgétaires, qui sont les moindres. € En Italie, sévit le triple fléau du papier-monnaie, de Pemprunt forcé et de l’impôt vexatoire et inégal sur la richesse mobilière. » L’Autriche, qui sortait d’une crise, tomba dans une autre. En Prusse, le chômage s’étendit partout, les faillites furent septuplées. — M. Leroy-Beaulieu ajoute que les expéditions lointaines, de 1853 à 1808, ont enlevé au moins 4 milliard à la France. 11 est loin d’exagérer. Celles de Chine, de Cochinchine et du Liban ont coûté 300 millions, celle du Mexique, 336.440.000 fr. !, et ce ne sont pas les seules.
Au total, la guerre aurait coûté pendant cette même période 47.830 millions aux budgets Européens, c’est-à-dire 10 millions par jour. Encore cette évaluation laisse-t-elle de côté les expéditions coloniales des pays étrangers, les guerres extra-européennes, et les dépenses des particuliers.
La guerre de 1870 accrut considérablement ce passif. En 1873, M. Magne estimait les dépenses de la France à 9 milliards 280 millions; en 1875, M. Mathieu-Bodet portait ce chiffre à 9 milliards 820.643.000 fr.'. Cest le montant des seuls paiements de caisse. Les dépenses pour le matériel de guerre, les dommages subis par les départements, les communes et les particuliers montent à 659.339.000 fr., sans compter l'arrêt des transactions ni la diminution de production causée par des centaines de mille morts. La France a contracté, de ce chef, 8.500 millions d'emprunts, dont les charges annuelles ont été de 631 millions, soit près de 2 millions par jour. Selon Bodio, Hendlé, de Molinari, Jähns, de Bloch, le Foyer, Giffen, la perte totale s'élève de 13 à 15 milliards.
Quelques-uns des statisticiens ne comptent dans ce total n1 la diminution de 300 millions de la rentrée des impôts qui leur
4. G. Niox, Exp. du Mexique, p. 763. Berryer en portait le coùt à 600 millions. — La guerre du Paraguay contre le Brésil absorba plus de 315 millions de fr. (J. des Bo MST ten p 200)
2, Hendlé, Les charges de la g. et les progrès de la situation fin., J. des Ec., 48175, IV, p. 197, 290 ; E. Delivet, L’exag. des charges mil., p. 51. — Neymark, Les milliards de la g., 1874 : 10 milliards ; L. Bamberger, Die 5 Milliarden, Berl., 1873 ; pr Soëtbeer, Die 3 Mill., Folgen für die Wirthschaftverh. Fr. u. Deutschl., Holtzendorff'schen Zeit u. Streitfragen, 11, 33 ; J. des Ec., 1871, Les 5 mill., ce qu’ils produiront sur la circul.; ib., 1873, 1, p. 247, Dommages de la g.; 1b,, 1874, nov. et déc., Résult. éc. du paiement de la contrib. — Sir R. Giffen, Ec. inquiries, 1904, t. I, p. 1-74: The cost of the Fr.-German War. — A. de Foville, Ec. fr., sept. 1880: 30 milliards.
semble n'être une perte que pour l'Etat, ni l'indemnité et la valeur des provinces cédées (soit 4.333.000.000 fr., correspondant à un déficit annuel de 66 millions), lesquelles sont gagnées par l'Allemagne. Les comptes présentés par Bismarck au Reichstag accusent une dépense de 1.148 millions fr. à la charge de Ia Confédération du Nord, soit un excédent de près de # milliards. Mais le montant du Trésor de guerre et des emprunts dépassa à lui seul ce chiffre, sans même comprendre toutes les dépenses directes. La levée supplémentaire de 529.000 hommes pendant 9 mois causa à la production une perte certes supérieure à 529 millions. La mort immédiate ou prématurée de plus de 100.000 hommes, lPaugmentation permanente des effectifs de 100.000 hommes, amènent l'opération à se solder en perte. Plusieurs auteurs prétendent que PAllemagne resta en déficit de plus de 3 milliards. — Ilest du moins certain que le versement des milliards et la cession de territoire ont déterminé des troubles dans les deux pays. Loin d’avoir apporté à l'Empire la séeurité militaire, la possession de l’Alsace et de la Lorraine « le force depuis 1871 à vivre dans de continuelles alarmes, à entretenir sur pied une armée énorme, à s’épuiser en construction de forteresses, et elle le paralyse dans toutes les questions de politique extérieure et intérieure !. » L’indemnité n’a pas été appliquée à diminuer les impôts et la dette ou à encourager le commerce : elle a été absorbée plusieurs fois par laccroissement de l’armée et de la dette, qui a réveillé dans toute l’Europe la fièvre des armements, et son paiement a occasionné en Allemagne une douloureuse crise monétaire. Une grande partie des frais du militarisme allemand doit entrer dans le prix de revient, de même que, pour un individu, les précautions que lui imposent la garde du bien mal acquis. Si on en fait état, la guerre francoallemande n’apparaîit-elle pas comme un cataclysme commun aux deux belligérants, où le vainqueur a perdu presque autant que le vaincu ??
Avec la guerre de 1870 nous n’avons pas terminé cette lamentable revue. La Commune de Paris, qui y touche de si près, coûta encore un milliard, sans compter les maisons brülées, les mo-
1. Kamarowsky, Causes de g., Rev. dr. int., 1888, p. 135 ; Molinari, La g., p. 233.
2. Deluns-Montaud, La g, et la paix, Quest. dipl., 1897, p. 388. — R. Worms, Organisme et société, p. 314, effets pathol. de la g. : l’ablation d’un segment ou la saignée sont difficilement profitables à autrui. L’arrivée des milliards à déterminé des troubles circulatoires comme l’ingestion trop abondante de sang étranger.