SECTION III. — EFFETS DOMESTIQUES, POLITIQUES ET SOCIAUX
La guerre, par le fait même qu'on s’y prépare, qu'on s’y livre ou qu’on s’y est livré et indépendamment de Pintention des belligérants, entraine des résultats politiques généraux, distincts de ceux qu’elle a en telle ou telle circonstance donnée. Ce sont, de tous les effets qu’on lui attribue, sinon les plus bienfaisants, du moins les plus exacts : un phénomène social d’une telle fréquence et d’une telle gravité, qui se saisit du corps et de lesprit de tous les hommes, dut avoir nécessairement une Influence profonde sur la constitution des sociétés. Spencer, avec plus de vraisemblance que dans les autres domaines, explique ainsi toute l’évolution politique, c’est-à-dire, suivant sa conception, d’une part Pintégration par accroissement et par fusion ou refusion des masses, et d'autre part, la différenciation par le passage de l’homogénéité à l’hétérogénéité, et, en particulier, par la création d’un gouvernement dont Pinfluence assure une cohérence croissante. Façonné par la guerre, notre système social tendrait, depuis qu’elle est en voie de disparition etsous l’action des activités pacifiques, à devenir linverse de ce qu’il était auparavant.
L'éminent sociologue anglais applique, avec moins de bonheur, une théorie analogue aux institutions domestiques. La famille (et, par suite, la tribu, PEtat, dont elle est l’élément composant) serait redevable de son existence et de sa forme à l’activité militaire. Le père n’aurait conservé ses enfants près de lui que pour les dresser aux combats : sans ces combats, il les eût abandonnés à eux-mêmes, comme font les animaux. Les êtres humains ne se seraient réunis que par l’impossibilité de vivre isolés au milieu de linsécurité. La forme autoritaire de la famille antique ne serait qu’un cas particulier de la coopération forcée que la vie militaire entraîne partout avec elle. La sujétion extrème des enfants accompagne, en fait, presque partout le type déprédateur : ils n’ont aucun droit, € pas plus que le bœuf » (Mommsen); le père ou l'aîné mâle, qui en est le maître absolu, a sur eux, comme sur les esclaves, droit de vie et de mort: il peut les rendre esclaves en les vendant. La condition des filles est encore inférieure à celle des mâles : souvent on les tue dès leur naissance. afin d’obtenir une plus grande proportion de guerriers, et ainsi l’exogamie provient indirectement d’habitu-