LA GUERRE ET. LA CONSTITUTION FAMILIALE D
des belliqueuses. Favorable au triomphe, done favorisée par sélection, la régularité des relations sexuelles n’est assurée que par la subordination complète de la femme et même par sa réduction à l’état de & bête de somme ». Cette condition servile est encore empirée par la polygynie qui résulte de l’excessive mortalité des hommes et de l'enlèvement des femmes ennemies, c'est-à-dire de deux conséquences des combats. À mesure que l’industrialisme se développe, les liens familiaux se relâchent, sans se désagréger, la position des enfants et des femmes s’élève, la monogamie s'étend ".
La thèse est beaucoup trop eæclusive. S'il fallait rechercher ailleurs que dans des attaches organiques ou dans un voisinage topographique, l’origine du groupe social, on la trouverait facilement dans Pexposition en commun à des dangers même non guerriers, et dans la lutte en général. L'existence des sociétés a bien plutôt engendré le caractère collectif des luttes, que la lutte n’a amené l’union des hommes. Quant aux mauvais traitements infligés aux femmes et aux enfants, ils ne dérivent pas de ceux que subissent les vaincus, mais d’une cause commune : la brutalité, le désir d’exploiter les faibles. Ce n’est pas seulement à la suite des hostilités que le mâle fort et brutal s'empare des femmes à sa fantaisie. Il malmène les enfants aussi longtemps que son instinct de paternité ne règne pas, — et Spencer ne montre pas le lien de cet instinct avec l’industrie. La recrudescence de militarisme, à l’heure actuelle, est loin de coïncider avec un retour au despotisme familial.
On comprend mieux influence que Spencer attribue à Pactivité militaire sur l’organisme politique. Les besoins et les sentiments qui interviennent pour unir Phomme à la femme et à ses enfants ne suffisent pas à expliquer lalliance des familles, la fondation de la cité ou l’avénement de lPautorité politique. En des temps où des procédés meilleurs n’étaient pas pratiqués, la guerre a parfois facilité un accroissement des groupes sociaux. Le rapt des femmes, l'adoption des hommes, puis l’asservissement collectif et enfin l’annexion en masse, entrainèrent une adjonction, une superposition, une absorption ou une fusion d’agrégats antérieurement antagonistes ; les dominateurs refré-
4.:Soc., t. II, p. 390, 262, 404, 35, 288, 309, 354, 236, 283; H. Collins, p. 418 ; P. Laffitte, Types de l’Hum., t, II, p. 389; Posada, Orig. de la fam., de la soc. et de l'Etat, 1896 ; Jähns, p. 8 ; Steinmetz, p. 7. :
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naient parmi les populations assujetties € lessor spontané de leur activité militaire, de manière à instituer entre elles une paix permanente ! ».
L’alliance pour le combat contre l'ennemi commun est résultée soit directement de linfluence du milieu, soit de la survivance de ceux qu’une heureuse variation avait dotés de cette condition de succès. € Le fait de se trouver exposés ensemble à des actions externes uniformes et d’y opposer ensemble des réactions a, depuis le commencement, été la cause principale de Funion entre les membres des sociétés ?. » On s’est groupé en présence d’un danger commun, et même en vue de lattaque. Le lien de cause à ellet apparaît clairement lorsque le rapprochement opéré pendant une guerre cesse après sa fin; mais laccord, devenu plus intime pendant la coopération, subsiste parfois après l’action. Les tribus israélites s’unirent durant les guerres de David, les sociétés grecques s’agrégèrent notamment sous la menace de Xerxès; chez les Teutons, Henri lOiseleur et Othon I rassemblèrent les membres épars de la race pour les conduire contre les Hongrois et les Slaves ; l'Empire allemand sortit de la campagne de 1870%. La preuve de la destination spéciale des unions ressort de ce que les sociétés composantes conservent longtemps leur administration interne, et que les seuls services organisés en commun ont une fin militaire.
Ainsi s’élève-t-on de degré en degré depuis la horde errante jusqu’à la nation régulièrement et fortement constituée. € La guerre est donc la fondatrice des nations. » Le mouvement unificateur se prolonge même plus loin : elle rapproche les Etats en des alliances temporaires ou sous lhégémonie de l’un d’eux, contre l’ennemi du moment; et, si la lutte se prolonge ou menace de renaître, des confédérations permanentes se fondent.
1. A. Comte, Phil., t. V, p. 126; Kisselbach, Der Krieg u. die pol. Entw., Vierlelj. Schr., 1859, IV, p. 19: force attractive, unificatrice ; Spencer, Soc., t. III /p. 385, 360, 363; Gumplowicz, Lutte des races, p. 238, 258 : la lutte des races seule peut triompher de la haine de l’hétérogène (?); Novicow, Les luttes, p. 80 : la lutte des forces antagoniques tend à produire l’équilibre, le combat mène à l’alliance ; Lalande, La dissol. opposée à l’évol., p. 345...
2. Spencer, p. 315; Lavisse, Hist. pol. de l’Eur., p. 86 : « Au contact de l’étranger, le pays (la France, lors de la guerre de Cent ans) se prend à se connaître, comme le moi au contact du non-moi. »
3. Spencer, t. II, $ 250 ; €. III, p. 376 ; Gumplowicz, p. 202, 339: Bréhier, La fond. de l’Etat en Grèce, Rev. hist., 190%, p. 18 : défense, conquête, attrait d’un culte.
4. Bagehot, p. 84; Steinmetz, p. 9; P. Devaux, Etudes pol. sur l’hist. el sur l’infl. de l’élat de 9: et de l’état de paix, 1875, p. 17 s. Devaux et Spencer signalent les mèmes effets et semblent s’ignorer (p. 25), mais Devaux, plus large, laisse place aux phénomènes autres que la guerre et l’industrie,