‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 40 sur 471 · PATHOLOGIE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE DE LA GUERRE

Pont prétendu certains sociologues: il est né et a été conservé sous lPinfluence de « causes accidentelles » (?) et anormales, qui se trouveraient dans Poflense que suppose toute défense. Passant à la séméiologie de la guerre, l’auteur compare cette dernière à une psychose de l'organisme psychologique (?) qu'est la nation. Elle suppose une altération morbide de la conscience collective. € La dégénérescence psychique se manifeste d’abord avec (par) une exubérance de la vie affective, un excès du sentiment au préjudice de la vie représentative, c’est-à-dire de la raison, » Le militarisme manifeste € les altérations qu’on rencontre dans le cerveau d’un individu avant qu’il se trouve en proie au délire furieux. » Au lieu d’être suspendue par la réflexion, l’activité réflexe se transforme immédiatement en acte, comme dans limpulsion physiologique. L'acte est empreint de l «égotisme » le plus absolu, puisque le moi social ne connait que lui-même et reste indifférent à tout ce qui lui est étranger. La guerre suscite en outre chez les individus, qui y sont entrainés aveuglément, des actes réflexes, instinctifs. — M. Celso Ferrari à posé un problème plutôt qu'il n’en à éclairei la solution. Il reste encore beaucoup à faire sur ce terrain.

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Comment se manifeste, notamment dans l’enrôlement, la préparation morale et l’exéculion, cette impulsion qu'il signale en dernier lieu? Est-elle seulement réelle ?

Si la réflexion et le calcul interviennent actuellement avec plus d’ampleur chez ceux qui décident la guerre et ceux qui en dirigent les opérations‘, lirréflexion et limpulsion ont conservé une grande part chez ceux qui les effectuent. Le guerrier, a-t-on dit, est un homme de foi et d’élan; entendez: un impulsif des croyances et de l’action. Beaucoup de soldats ignorent le but de la guerre. & Dans cette bataille, il ne se trouvait pas cent hommes sachant pour quelle cause ils combattaient, et parmi les vainqueurs, il n’y avait pas cent hommes pouvant expliquer les

1. Encore faut-il signaler que nombre de grands guerriers se refusent à faire de la stratégie et de la tactique une science véritable. Is ne veulent point assujettir à des préceptes leurs inspirations intuitives, qui ressemblent fort au désir et à la foi non réfléchis. Comte voyait là la preuve de leur esprit « théologique », au sens où il entend ce mot (Phil, t. IV, p. 514).

joies insensées que fit naître en eux la victoire. Il ne s’en est pas trouvé cinquante auxquels elle ait causé prolit. À cette heure, on n’en trouverait pas six d'accord sur la cause et les résultats de cette affaire. En un mot, personne n’a jamais rien su de certain à ce sujet "».

Cherche-t-on à exciter l’ardeur des combattants ? Ce n’est pas en leur rappelant le but véritable de la guerre, les causes originaires du conflit. On se contente d’invoquer le devoir général de défendre la patrie en danger ou bien tout autre sentiment légitime, qui ne s’applique pas toujours aux circonstances présentes, faute de pouvoir leur indiquer un devoir concret d'agir en ces circonstances. On fait parfois appel à leurs instincts les plus bas. L’odieuse proclamation où Bonaparte Invite, en termes à peine voilés, Parmée d'Italie au pillage est restée un modèle de ce genre : € Soldats, vous êtes mal nourris et presque nus. Le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces; vous y trouverez honneur, gloire et richesse... »

L'usage des proclamations n’est d’ailleurs pas très répandu. Les soldats ne savent pourquoi on les fait tuer, et on juge prudent de le leur laisser ignorer ou de ne pas leur fournir Poccasion de remarquer qu’on ne la leur précise pas, de peur qu’ils se refusent ou mettent moins d’ardeur à poursuivre un but qu’ils réprouvent peut-être. Chacun d'eux ignore pourquoi on se bat et il ne le cherche même pas, mais il sait pourquoi &{ se bat, etson but, à lui, n’est pas toujours très noble : souvent il veut seulement éviter la répression, à moins qu’il ne souhaite la guerre, ses profits, ses risques, ses émotions, pour eux-mêmes. Au xv° siècle, en Italie, le but de la guerre était tellement indifférent que les Sforza, les Braccio et d’autres tournèrent leurs armes contre ceux qu’ils avaient d’abord servi. Nul doute que, en des temps où l’on se savait appelé à participer à une campagne, et dans la mesure où les engagements étaient libres, le goût des aventures, linstinct belliqueux n’aient été un mobile puissant d’enrôlement.

Même s'ils n’ont pas été les raisons déterminantes de la guerre ou de la participation à la guerre, ces instincts guerriers, cette brutalité native sont inévitablement suscités au cours de la lutte,

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