‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 407 sur 471 · LA GUERRE ET LE CRIME · texte numérisé non relu

LA GUERRE ET LE CRIME

van Gate, évêque de Munster, à son armée, doit avoir aussi peu de compassion que le diable. » Les neutres éprouvent un sentiment peu élevé quand ils se réjouissent de la mort de ceux des combattants à qui ne va pas leur sympathie.

Cest la guerre, non la paix, qui détériore le sens de la justice. Elle produit, disait Aristote, plus de méchants hommes qu’elle n’en détruit. Elle fait les larrons, la paix les fait pendre, répète un proverbe italien (Machiavel). L’avidité territoriale de la collectivité, lamoralisme à courte vue des relations internationales, donnent à l’individu exemple de la jouissance immédiate, de la violence, de Phypocrisie, du mépris des droits et de la vie d’autrui. Les hostilités n’amènent pas seulement la dureté de cœur et l’indifférence devant les spectacles sanglants, elles accoutument l’homme à chercher son bien dans le mal d’autrui et le familiarisent avec tous les crimes ; bien plus, la guerre mène tout droit au crime !.

L'observation conclut comme la logique et l’analogie tant du but que des moyens. Le réveil de survivances ancestrales, l’imitation, ont parfois rendu épidémique le penchant à tuer ?. Les meurtres, les viols, les incendies inutiles sont fréquents. Les actes de déprédation sont commis même par les chefs. Masséna, Lannes, Soult, Augereau se sont ainsi enrichis. Bonaparte le constate, mais lui-même n’éerivit-il pas au Directoire, le 18 février 1796 : € La commission des arts a fait une bonne récolte à Ravenne, Rimini, Pesaro... Le tout va vous être expédié. En ajoutant ce qui va vous être envoyé de Rome, nous aurons tout ce qu'il y avait de plus beau en Italie *. » L’influence s’étend hors de l'armée. Les peuples belliqueux, ainsi que le montre Spencer en sa Morale, sont les plus vicieux. Les guerres, affirme à son tour Lombroso, augmentent le chiffre des crimes *. Inver-

disme. — Lombroso, L'homme crim., t. II, p. 291, Influence de la profession : A Cuba, les officiers se faisaient servir des plats d’oreilles de prisonniers et fusillaient les spectateurs au thtâtre.

4. Reichenbrach, Der Kampf ums Dasein u. sein Einfluss auf die Sittlichkeil, p. 30. — Holtzendorff (Assass. et peine de mort, p. 12) et F. Passy (Utopie de la paix, p. 18): soldats, devenus criminels, invoquant les meurtres que leur impose la société,

2. Andral; Dr P. Aubry, La contagion du meurtre, étude d'anthropol. crim., p. 217- 239 : Ex. — Après Rosbach, le comte de St-Germain écrivait : « Je conduis une baude de voleurs, d’assassins à rouer; ils ont pillé, volé, saccagé et commis toutes les horreurs possibles. »

3. Corresp. inéd., 1, 17 (Trolard, De Montenotte au pont d’Arcole, p. 328) ; H. Vast, Hist. gén., t. IX, p. 88. — Hamon, Psych. du milit. professionnel, p. 18-36, et ch. 1v.

4. Le crime, causes et remèdes, p. 68, 264, 544 : Curcio l’a vérifié en Italie en 1S66 et Corre aux Etats-Unis après 1862; le brigandage, d’après d’Azeglio, est fréquent dans les fiefs qui furent troublés au moyen-àge ; pendant les Invasions s’organisèrent des troupes de pillards, et sous Napoléon, « l'armée de la Lune ». —

sement, si elles fermaient leurs écoles de meurtre et de vol, la criminalité se ralentirait !.

Si elles avaient développé et grandi l'amour de la patrie, ce serait un bienfait inestimable : elles l’ont seulement rétréci à des cercles étroits et rendu plus exclusif. € Le patriotisme, dit Spencer 2, est pour la nation ce qu'est l’égoïsme pour Pindividu ; il a même racine et donne les mêmes biens accompagnés des mémes maux. » Tous deux sont également indispensables, mais on les possède naturellement, et, il n’est besoin de les stimuler qu'au cas de perte du sentiment de la personnalité individuelle ou nationale. Ils ne doivent pas pousser à méconnaître autrui ni à le haïr. Or si l’état l'hostilité a spécialisé les sympathies, ce fut au détriment de sentiments plus larges, également recommandables. La guerre d’ailleurs a trop souvent entraîné de graves manquements au patriotisme ?. — Il en est de même de Péducation de la volonté. L’obéissance est portée parfois à un degré nuisible d’automatisme et de passivité, et la fidélité au devoir cache souvent une dangereuse abdication devant lautorité personnelle du chef; l’absence d’initiative dégénère en abolition du vouloir et en servilité. Le subordonné, à la guerre ne peut pas et ne doit pas examiner le pour et le contre des ordres reçus. € Il ne peut y avoir qu’une pensée, celle du commandant en chef. La discipline implique une volonté souveraine maîtresse, d’un côté, et, de l’autre, une soumission complète, favorisée par la religion et incompatible avec Pesprit démocratique #. » Loin de donner Pempire sur les passions les hostilités favorisent souvent lesprit de désordre.

Le courage que nécessite la guerre est bien réel, même à l'heure actuelle *, surtout à l’heure actuelle. Dans les mêlées dominait une excitation passagère propice à l’inconscience du danger ; le perfectionnement des armes, en rendant plus rares les corps à

A. Bournet, La crimin. en Fr. et en Italie, p. 42, #7, 114; J. Socquet, Crimin. en Fr., p. 25; Ferri, Crim. in. Fr., Annal di Slatist., 1881, p. 1467, 483, 189, 194. — Mézeray (Hist. de Fr., 1682, &. 1, p. 279) attribue à la fréquence des guerres au moyen-àge, l’habitude du meurtre, du duel judiciaire, du rachat du crime à prix d’argent ou composition.

1. E. de Girardin, Le droit de punir, p 6, 37 : se tarirait. — La guerre et le crime n’ont pas seulement un rapport direct : elles ont des causes communes contre lesquelles il convient de lutter.

2: Soc., t. III; p. 19%; Sc soc, p.222; H Collins -p. 327. 482.

3. Hamon, 1b., p. 19 s : faits de désertion, trahison, espionnage... Mainte fois la jalousie et les dissentiments des généraux ont nui au succes de leur pays.

k. P. J. Durand, Infl. des idées relig. sur l'état mil., p. 5, 14, 38, 42.

5. Contra : St-Georges d’Armstrong, Util. de l'arb., p. xxv; Mérignhac, L’arb., p. #19 : La guerre est devenue une science algébrique. (2)

Page 1