ABAISSEMENT DE L'ESPRIT PAR LA GUERRE
gent vers linvention, la fabrication et emploi des engins de destruction. Des excitants supérieurs se rencontrent dans toutes les difficultés de la vie courante et ils ont certainement existé longtemps avant l'apparition des premiers conflits collectifs. — En ce qui concerne Pintelligence pure, ou simplement appliquée à la recherche des lois générales et à la prévision scientifique, les batailles n’y ont même pas contribué pour leur part. L’Cidée » a un rôle fort restreint dans la décision et dans l'exécution. De l’aveu même des stratégistes, les opérations militaires exigent, chez le plus grand nombre, non de Pesprit, mais de la force et de l'énergie. Elles sont à la fois le produit et la source de l’impulsivité, elles entraînent une régression de l’âme entière et en particulier des mobiles d'action !.
La guerre n’est point le stimulant opposé à la prétendue léthargie mentale de la paix : c’est elle, au contraire, qui entretient le marasme. & Chaque fois que le militarisme est très prédominant, la culture de esprit, peu en honneur, est négligée *. » Les maîtres, les élèves même et aussi les subsides, sont enlevés aux écoles, c’est-à-dire à l’instruction. Il s’ensuit, après toute longue période d’hostilités, un abaissement du niveau intellectuel. Quant aux génies, les guerres ne les forment pas : elles les utilisent ou elles les tuent, sans compter ceux qu’elles empêchent de naître. € Elles ont fané quelques-unes des fleurs les plus délicates et les plus parfumées de l’espèce humaine : Athènes, Florence. Ces centres merveilleux ont péri sous les coups d’une soldatesque abjecte et brutale. Voilà comment les combats développent l'intelligence humaine *. » C'est la paix qui est le milieu le plus favorable à l’éclosion du génie, à la production scientifique, à la civilisation. Il est à présumer que si le règne de la force venait à cesser, les hommes ne retourneraient pas à lPanimalité.
Si la guerre n’est pas l’ancêtre vénérable de toute Pintelligence, n’a-t-clle pas du moins donné le jour à certaines idées ? Proudhon # affirme qu’après avoir donné lessor à la conscience,
1. Quel rapport présente le déchaînement de la brutalité avec la culture des facultés mentales? Ferrari (La g., essai de pathol, soc., R. int. soc., 1896, p. 72+) la compare au délire furieux des monomanes, aboutissant à la dissolution de toute la vie psychique : misonéisme, folie et mysticisme, dernier repaire des esprits labourés par la psychose héréditaire,
2. Herbert Spencer, Les institutions professionnelles, p. 122.