‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 411 sur 471 · ORIGINE DÉS MYTHOLOGIES · texte numérisé non relu

ORIGINE DÉS MYTHOLOGIES

homme puissant... La conquête prouvant dans l'esprit du sauvage la supériorité, les noms de conquérants et de vaineus deviennent équivalents en signification à ceux de dieux et hommes ?. » Les premiers habitants des Olympes furent des héros et des guerriers.

L'homme à modelé les dieux à son image (anthropomorphisme) ; or les deux sentiments humains fondamentaux sont {a haine et Pamour : il à donc conçu les divinités comme des ennemis ou comme des amants. Le phénomène de la lutte frappa de bonne heure Pimagination; sil ne fat pas le premier dont le primitif eut connaissance, ce fut, à coup sûr, le premier qui absorba ses efforts, appela ses ruses. L’homme personnalisa les forces contraires qu'il voyait partout se heurter, pluie, vent, tempête, tonnerre, marée... il les munit d'organes, les dota d’une volonté, semblables aux siens. Pour lutter, il faut au moins deux combattants: les mythologies et même les métaphysiques comportèrent deux principes opposés : d’un côté les dieux bons, les anges fidèles; de l’autre les dieux mauvais, les anges révoltés, les démons ?. Ajoutez une idée qui dut frapper agréablement, et qui n’est point exempte de celle de lutte, ajoutez le coït, la génération, le mâle et la femelle, le principe fécondant et le principe fécondé, — vous aurez une formule assez vaste pour embrasser les mythologies passées et présentes *. Des conceptions analogues, dans les philosophies, représentent le monde comme le produit des principes bienfaisant et malfaisant, de Pamour et de la haine, de l’attraction et de la répulsion.

4. Collins, p. 382; A. Franck, Rev. d’hist. dipl., 1887, p. 171; Lombroso, L'h. crim.. t. 1, p. 38, 49 : nombre de sauvages et de primitifs ont des dieux criminels ou des

dicux du crime. — Mars était entouré de la Discorde ("Ep:ç), la Crainte (Acsïwoc): la Terreur (oïéoc); la Paix (Etorvn), aux larges mamelles, tenait en ses bras ILïoùtoc, dieu de la richesse. — A. Baudrillart, Les divin. de la vicloire en Grèce

et en Ilalie : Nixn…

>». Les dieux se combattent dans les cieux comme les hommes sur la terre, Zoroastre imagine le combat d'Ormuzd contre Ahriman. D’après la tradition aryenne, Indra lutte contre le principe malfaisant el emporte la victoire. Chez les Egyptiens, Osiris est ennemi de Typhon. Brahma est créateur, Vichnou conservateur, Siva destructeur. Chez les Grecs, il y eut la lutte des Titans. Chez les Seythes, Tivus est le plus grand des Dieux, car il est le plus fort et préside aux combats. Hercule, Mars, Pallas, Odin tiennent de lui. Jéhovah est le Dieu des armées, le Walhalla est le paradis des batailles. — La guerre influcrait aussi sur la forme du culte : les sacrifices humains, puis animaux et enfin symboliques (pain et vin) proviendraient de l’immolation et de la manducation de l’ennemi, — propitiation avant le combat et action de grâces après la victoire. (De Maistre, Feuerbach; Proudhon, La g., t. 1, p. 42.)

3. Cette synthèse ressort, sans y être exprimée, de l’œuvre analytique considérable de Ch. Rcenouvier : Phil. anal. de l’hist., not. t. I, p. 6#, 100, 109, 160, 187, 199197 285; etat TT:

Si l'idée de la guerre n’est pas € la seule qui soit innée chez l'homme ‘ », elle a du moins, ainsi que la lutte en général, influé sur nos concepts et fourni à notre langage une foule de mnélaphores. € Le souvenir des luttes à main armée, bien plus que la vue des objets symétriquement inverses, à éveillé d’abord dans l'esprit humain la notion des contraires, et c’est encore en songeant confusément à ses petits combats singuliers avec ses camarades que l'enfant conçoit cette idée. Pour lui, il n'y a rien de plus contraire au monde que les Troyens et les Grecs, les Carthaginois et les Romains, ou deux trains lancés l’un contre l’autre ?. » Ces couples d’ennemis irréconciliables sont nos premières liaisons mentales.

Du domaine de la religion, de la cosmologie, de la métaphysique et de la logique, l'idée de lutte est passée dans les systèmes biologiques, sociauæ et morauæ. Dans le gnosticisme, PEsprit et la Matière s’opposent éternellement et le monde résulte de leur choc ; grâce à l’intervention du Christ, les puissances spirituelles peuvent triompher par la chasteté, l’ascétisme...; d’où le mépris de la chair. Chez Luther, Calvin, Rousseau, Robespierre, Proudhon, Marx, les Etats sataniques luttent contre les états divins, la justice contre l’iniquité. Les rencontres des peuples alimentent toute l’histoire. Hegel fonde sa philosophie historique sur l’opposition de l’Orient et de l'Occident ; Renan en imagine une autre, non moins factice, entre les Aryens et les Sémites ; Ferrari voit partout la lutte entre une royauté et une république; d’autres y soupçonnent la rivalité entre l'Eglise et la laïcité. Aux yeux de sociologues superficiels le monde social est issu des combats des Etats ou des races (Gumplowiez) ; suivant le matérialisme historique, il est le produit d’éternelles luttes de classes; selon certains économistes, il résulte de la concurrence des individus ; des sociologues subtils y mettent en première ligne des oppositions innombrables et internes. Darwin. en tant que naturaliste, ne s’est pas inspiré de la guerre proprement dite, mais 11 en a subi l'influence indirecte par les théories malthusiennes. € Entre la conception du monde toute polaire et symétrique, que se forment les peuples enfants, et la conception toute belliqueuse et antinomique à l'usage des darwiniens, il y a cette ressemblance que l’une et l’autre élèvent le

4. Odysse Barrot, Philosophie de lhistoire, p. 32. 2. G. Tarde, L’opposition universelle, p. 11.

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