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AFFAISSEMENT MORAL PROVOQUÉ PAR LA GUERRE

Les saignées de la Révolution et de l'Empire ont substitué à optimisme humanitariste du xvine siècle (Leibnitz, Herder, Rousseau, Bernardin de St-Pierre), le pessimisme naturaliste de la lutte pour la vie ‘. Il en est résulté aussi un grand nombre de tableaux, outrés, de la cupidité, des violations de droits, de l'anarchie internationale, qui ont contribué à décourager les espoirs de paix. Or rien n’est plus désastreux que de douter de sol et de Pavenir.

L'influence délétère ne se borne pas aux spéculations théoriques : elle s'étend au caractère et à la constitution psychologique des individus. De fortes émotions, des dangers de mort soudains, entrainent des désordre nerveuæ ? et parfois même la folie : or, dans la guerre, plusieurs centaines de mille hommes sont exposés à des impressions analogues répétées *. Ils ont devant eux le spectacle de la dévastation, de l'incendie, des blessures et de la mort. En même temps. ils sont soumis à de rudes fatigues, que le manque de sommeil et de nourriture ne leur permet pas de réparer. Les plus forts, les plus sains, les plus pleins de vie sont enlevés #.

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Le point de vue esthétique n’est pas négligeable. Le Beau est estimable; mais qu’a-t-1l de commun avec le massacre, avec l’ossuaire, avec le charnier? On à prétendu pourtant que le spectacle des batailles ennoblit l’âme par sa majesté et son caractère

4. Lévy-Brubl, L'AIL., p. 160. — Novicow, Avenir de la race bl., p. 1 s; Human. nelle, n° sur la G., p. 212 : manie de la persécution par l’étranger.

2, Montaigne (6d. 1657, p. 348) rapporte des vers de Lucrèce, où sont dépeints les troubles du sommeil de ces pauvres chevaux de guerre « que nous voyons trémousser et frémir en dormant estendus sur la litière, comme s'ils estoient dans la mêlée. »

3, Dobrogeano-Gherea, Les causes soc. du pessim., R. int. soc., 1894, p. 14 : puissance des engins, menace permanente de coups recus de loin, on ne sait d’où...; d’où, sentiment d’accablement.

4. Max Nordau, Dégénéresc., t. I, p. 368 s, 78 : « Chaque grande guerre est une cause d’hystérie des masses et de dérangements nerveux, surtout chez le vaincu. » L’orgueil de la France, soudain détruit, fut remplacé par la folie obsidionale et la neurasthénie. De là les modes délirants de l’art et de la littérature. et aussi l’irritabilité et les violences. — Musset, Confess. d'un enfant du siècle, ch. 11 : « Pendant les guerres de l’Empire, les mères, inquiètes, avaient mis au monde une sénération ardente, pâle, nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés dans les collèges au roulement des tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’un œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs..…. »

émotionnant, et qu'il à contribué à fonder les arts ou leur a tout au moins fourni une riche matière !, «€ La guerre réveille des forces qui sans elle auraient toujours sommeillé, elle aiguillonne les peuples qui s’engourdissent dans la mollesse; en un jour, elle accomplit ce qui arriverait à peine en des siècles. Elle met au jour des profondeurs inconnues de la pensée. Elle n’est donc pas inesthétique. Elle évoque les tristesses de la séparation (Hector et Andromaque) et éveille la pitié (Priam devant Achille). Qu'y a-t-il de plus beau que le spectacle offert par un blessé que soutient un camarade et que panse un médecin, tandis qu’un prêtre le réconforte? » Le touchant n’est pas tout le sentiment esthétique. La guerre est sauvage, effrayante, mais elle forme des héros. Le terrible aussi possède son charme (Nisus et Euryale dans l'Encide ; mort du due d’York et du comte de Suffolk dans Henri IV de Shakespeare...) La force est belle : l’art la chante ou la représente *.

Parcourant la série des divers arts, on montre ce que chacun est censé devoir aux luttes des peuples. L'architecture? La guerre détruit, mais elle reconstruit aussi. Le temple de Pallas, lErechteon dans la citadelle d'Athènes et tant d’autres choses sacrées tombèrent sous des mains profanes, mais tous ces monuments se relevèrent plus brillants de leurs ruines. Les arcs de triomphe, les colonnes, les Ruhmes-Hallen dressent encore leur témoignage des gloires passées. La statuaire a illustré les héros et leurs faits d'armes. L’ornementation des armes fut sans doute la première manifestation des arts décoratifs; le bouclier fut le premier des tableaux *. La peinture plus récente doit à une origine semblable une foule de ses chefs d'œuvres (Kaulbach, Falcone, Bourguignon, Tempesta, Salvator Rosa, Rugendas..….). Depuis la Révolution, les tableaux de batailles ont donné un renouveau à

1. Proudhon, La q., t. 1, p. 62, La g. révélation de l’idéal : Les flots de sang que répand Bellone sont pour Apollon et les chastes muses, la véritable Hippocrène, C'est, de tous les sujets, le plus inépuisable, le plus varié, le plus attachant. Sans la guerre, la vie serait frappée d’un insupportable prosaïsme. Si la guerre n’existait pas, la poésie l’inventerait. — Borde, Phil. de la g., p. 24; gal Jung, La g., p.34; R. de la Sizeranne, L’esthétique des batailles, R. Deux-Mondes, août 1895, pb. 613 (ou Le Miroir de la Vie, essai sur l’évol. esth.).

2. Friedrich Vischer, Der Krieq u. die Künste, p. 1-15; Rev. bleue, 7 juin 1813.— Fried, Teicher, Die ideale Seile des Krieges, 1, p. 3-1 : la guerre est idéale et poétique. — La G. et l'Art, Neue mil. Blüller; R. Amador de Los Rios, Revista Contemp. ; critiqués par J. Rives, L’esth. de la g., Rev. des rev., 1894, I, DAME

3. Jähns, p. 73 S : schildern, peindre, rappelle schild, bouclier. — Vischer, D. 16. — B. Kiessling, Ew. Krieg, p. 78-100 : les pittoresques ruines qui hérissent nos montagnes sont l’œuvre de la guerre; l’expression « Style de caserne » est injuste...

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