LA GUERRE ET L’ART. — SUBSTANCE ET ESPRIT DANS L’ART
cette branche de Part (Gérard, Gros, Géricault, H. Vernet, Yvon, Protais, Bellangé, Neuville, Detaille; A. Menzel, Peter Hess, Monten, Adam, Steuben, Norden, Diez, Camphausen, Bleibtreu.….). Le choc des masses offre des scènes d’une violence pathétique ; les costumes sont pittoresques. On va jusqu’à observer que la fumée permet des effets 1.
La musique est redevable aux combats des marches et sonneries au son desquelles on marchait à la victoire. On rappelle le Leyer und Schwert de Weber, la puissante Symphonie héroïque de Beethoven, les Æuguenots, Guillaume Tell... Quant à la littérature, au drame, à la poésie, on ne tarit pas sur les ressources que leur offrent les batailles. La guerre a créé des légendes remplies de pittoresque. Cest elle qui a « ouvert la bouche » à la poésie, dont la première manifestation, l’épopée, fut héroïque. Le Ramayana et le Mahabarata, VIliade, V Enéide, les chansons de gestes, les Niebelungen-Lieder, le Romancero du Cid, le Roland furieuæ, la Jérusalem délivrée, les Lusiades, et jusqu’à Hermann et Dorothée, chantent des faits ou des héros de guerre. Parmi les drames, on cite les Perses d’Eschyle, Henri V de Shakespeare, Wallenstein de Schiller... La poésie lyrique a puisé maintes inspirations dans Îles combats. Jusque dans les temps modernes, chaque peuple possède ses hymnes de guerre : les Anglais le God save the King et le Rule Britannia, les Allemands le Chasseur de Lützow, la France la Marseillaise et le Chant du départ. À côté de ces chants presque officiels, 1l existe une quantité de poésies belliqueuses et de chants patriotiques. L’Allemagne les compte par centaines *. Quoique l'inspiration n’en soit pas toujours sublime, les écrivains allemands en concluent que la guerre € élève la pensée et les sentiments des peuples à la hauteur des buts idéaux qu’elle poursuit ».
— Le paradoxal Proudhon seul affirme que Part lui doit à la fois son fond et sa forme. Elle n’a fourni que des thèmes et ne les a pas traduits en poèmes ou en tableaux : or, ce qui est essen-
4. Vischer, p. 18-27. Sans la guerre, pas de fêtes triomphales, pas de légions couronnées de lauriers. La vie du soldat offre mille sujets (Vernet, Meissonier).
2, Des Allemands ont dressé de riches anthologies, même pour la France, la Russie, l'Angleterre, la Hongrie... : Vischer, p. 36 s; Teicher, 4b., I. Die deutsche, II. Die ausländ. Kriegspoesie (11 confond dans le même dédain Banville et Déroulède); Hetzel, Die Human. des Krieges, p. 130, 207 s, 175. — B. Arnold, Krieg. u. Poesie bei den Hellenen u. Germanen, Westermann Jhb. der d. Monatshefte, 1872, p. #33. — Qui ne connaît le Rheinlied de Becker, le lied de Heine Nach Frankreich zogen zwei Grenadiere, la Wacht am Rhein de Schneckenburger, le Ich hall’ einen
Kameraden de Uhland, les Deux grenadiers de Béranger, le Bonaparte de Lamartine et l’œuvre considérable de Hugo ? ne
tiel à la représentation, c’est l’artisle el le sentiment esthétique et non pas tel objet représenté, à l'existence duquel Pimagination pourrait suppléer. La poésie provient du sentiment poétique, et celui-ci n’est pas dû à la guerre et ne s'exerce pas seulement sur elle, qui est une occasion parmi beaucoup d’autres. La peste aussi à inspiré de beaux vers, de beaux tableaux, par Les douleurs et la pitié qu’elle éveille. Proudhon lui-même confesse avec.Boileau qu?
Il n’est point de serpent ni de monstre oilieux Qui par l’art imité ne puisse plaire aux yeux.
En fait, il y a eu des œuvres d’art produites en dehors de toute donnée belliqueuse. La décoration, qui fut une des premières activités spécifiques de Phomme, exista peut-être avant les guerres véritables. Le nombre de toiles inspirées par les combats est relativement restreint dans nos musées. L’épopée et Ia poésie Lyrique, qui ne sont pas toute la poésie, sont loin d’être exclusivement remplies par les batailles. Les protagonistes des spectacles ét parades militaires citent plaisamment la flûte de Virgile, les vierges de Raphaël, les moutons de Florian et de madame Deshouillères, les ondines du Rhin, les soupirs de Werther, le calumet de paix de Longfellow : il est loisible d’y trouver autant de poésie que dans la massue, la hache ou surtout la mitrailleuse. La paix n’a pas inspiré que des bucoliques, des idylles, des pastorales et d’autres chants € amollissants » : elle a su trouver des accents, plus mâles et plus héroïques !. En admettant même que Pabondance même des tableaux de bataille n’ait pas épuisé le genre, la paix, jusqu'ici infréquente, n’a certes pas donné tout ce dont elle est susceptible. La Nature, la Vie, le Travail, la Juslice, la Charité, sont aujourd’hui célébrés, et si l’ordre juridique pouvait supplanter les mœurs barbares, Part ne manquerait certes pas de sujets.
L’essor artistique qui coïneida avec certains troubles extérieurs, leur est-il même attribuable ? Les guerres persiques auraient été suivies en Grèce d’une éblouissante floraison intellectuelle. On associe les noms d’Eschyle, de Phidias, de Cicéron à ceux des généraux qui les ont précédés. « Les luttes entre Espagnols et Maures aboutissent aux civilisations de Cervantès et de Calderon ; des querelles entre Guelfes et Gibelins sortent Dante et Pétrarque; après de longues rivalités avec la France, après la guerre