ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DU MILITARISME
de voir les Etats hypothéquer leurs fonds pendant la paix même et employer, pour se ruiner, des moyens qu’ils appellent extraordinaires, et qui le sont si fort que le fils de famille le plus dérangé les imagine à peine. »
Les dates qu’attribuent les auteurs à la cause et à la naissance du militarisme sont diverses. Les uns remontent jusqu’à Frédéric Il et même au delà ‘ ; d’autres, à la Révolution française et à l’Empire ; d’autres encore à léna et au mouvement prussien de 1813, ou bien au signal donné par la Prusse en 1860 et à sa campagne de 1866, dont l’avertissement poussa Napoléon IT à la réorganisation des forces militaires de la France. Ceux qui rattachent origine de la transformation à la guerre de 1870 sont les moins bien informés, puisque l'impulsion était donnée depuis longtemps. Toute nation en rejette la responsabilité sur les autres. À vrai dire, chacune de ces dates correspond à une étape. Sous les causes particulières se cachent d’ailleurs des causes plus générales dont aucun peuple en particulier n’est le fauteur. Les Etats, en cessant de reconnaître aucune loi au-dessus d'eux-mêmes, ont rompu la précaire unité morale de l'Europe, amoindri le droit des gens, suscité les rivalités et les défiances. À la fois comme effet et comme cause de l'augmentation des armements. 11 s’opère une recrudescence des occasions de guerre, un redoublement de violence dans leurs procédés et dans leurs conséquences. Quand, à Pinverse, les risques diminuent momentanément, les intéressés poussent néanmoins au maintien intégral d’un organe dont la fonction se restreint. Depuis 35 ans, le militarisme a joué un rôle plus considérable que la lutte elle-même. Toutes les nations ont entretenu des troupes formidables et toutes n’ont pas eu de guerre à soutenir. Elles ont dépensé davantage à ne pas se battre qu’à se battre, pour la paix armée que pour la guerre ?. En tant que les armements découlent de la possibilité et des risques de conflits, la question du militarisme, subordonnée à celle de la guerre, west pas moins pressante. En tant qu’elle en est, pour partie, indépendante, elle est plus facilement susceptible de solution.
Les dépenses de la paiæ armée et celles du service des deltes — dont la majeure partie est due à la guerre — sont, de leur
4. Thuillier, Le désarm., p. 3; Larroque, G. el armées perm , p. 16 S; Schultz- Bodmer, Rettung der Gesells. aus den Gefahren der Militärherrschaft, p. 24 s. 9, Bastiat disait dès 1850 : L’ogre de la guerre dévore autant pour ses digestions que pour ses repas. — G. Pays, Le contrat intern., p. 96 ; R. de la Grasserie, Moyens de suppr. la paix armée, p. 11.
*e sens qu’elles sont appelées à se renature, permanentes, en ce sens quelles St appelées à $ 4 Nr "areé à nouveler sans cesse. Leur montant reste néanmoins forcément imprécis et estimé trop bas. Les évaluations officielles, celles des budgets de la guerre, de la marine et de la dette, sont insuffisantes : il faudrait, pour se rapprocher de la vérité, y ajouter les frais supportés par les Etats particuliers, les provinces ou départements, et les communes, (en défalquant les sommes versées de lun à l’autre). Intentionnellement ou non, certains crédits sont disséminés en divers chapitres de tous les ministères (alors Sue que l’inverse est beaucoup plus rare) : pensions, maisons d’invalides. décorations, frais militaires des colonies, entretien de forteresses, publications... La confusion est encore augmentée à raison de ce que ces chapitres ne sont pas les mêmes dans tous les Etats. Les chiffres officiels devraient en moyenne être majorés de 20 0/0 ‘.
Sous ces réserves, qu’il ne faut pas perdre de vue, le professeur Hickmann ? a évalué, à la fin du siècle dernier, dans l'Europe entière, sur un budget global de 25.150 millions à : 4.150.000.000 fr. les dépenses de Parmée, 1.450.000.000 celles de la rnarine et 5.715.000.000 celles des intérêts et de l’amortissement, soit 23,2 0/0 pour la guerre et la marine (et bien plus de 25 0/0 si on y ajoute les pensions et les travaux publics militaires) et 24 0/0 pour la Dette *. Il reste 5,6 0/0 pour l’Instruction publique. Le total des dettes des Etats européens s'élevait à la même époque à 130 milliards de francs.
Tel est l’état actuel. M. E. Théry “ établit ainsi la progression des dépenses militaires et maritimes des principales nations européennes : de 2.754.200.000 fr. en 1865, à 4.596.500.000 en 1897, soit environ 80 0/0 d’accroissement. — Suivant M. Dudley Baxter 5, le montant du capital nominal des dettes publiques s’est élevé de 7.500 millions en 1745 ; à 12.650 en 1793 ; à 38.000 en 1820 ; à
1. Justifications dans: G. Moch, L'armée d'une démocr., p. 288 s, 482; Ce que coûte la paix armée et comment en finir, p. 14, 16 s.
2. Détails dans: Moch, 1b., p. 22 s. — Pour 1905, v. Almanach de Golha, 1906. (Les chiffres y sont épars, parmi les dépenses ordinaires et extraordinaires, et exprimées dans la monnaie du pays.)
3. En 1865, Hausner (Séat., t. I, p. 402) estimait à 64,3 0/0 des budgets les frais des guerres passées et les préparatifs de guerres à venir. M. P. Leroy-Beaulieu (Sc. des fin., {. II, p. 759) dit 3/4 ou #/5. On dit d'ordinaire 2/3.
4. Europe el E.-U., 1899 (v. G. de Molinari. Gr. et déc. de la g., p. 23175 ; G. Moch, 10., p. 24, 67.) — Evaluations et comparaisons à diverses époques: W. Schultz- Bodmer, ib., p. 10, 409-435; Hausner, Sfat., t. II, p. 8 ; Dupasquier, Le crime, p'u710 P. Larroque, 1b., 1e et 2e 64., p. 194 s ; R. de la Grasserie, 1b., pD'M2 Bloc LEE Ur:
pol. el soc., 2e ëd., p. 139; Die Waffen Nieder, 1893, p. 257; Richet, Les g., p. 40... 5. National Debts (Leroy-Beaulieu, ib., p. 630 SJ des EC, 1880/2IN- pp 252: